verte

Elle s’appelle Verte. Pas Brune, Blanche, même Violette ou encore Lucie. Non Verte. C’est sa  mère qui a choisi son prénom : Verte. Tu parles d’une facilité. Non mais c’est vrai quoi ! Pourquoi pas Mélusine, Marine, Laura, Elbinel, Melian, Milwen… La honte !
Faut dire aussi que Verte descend tout droit d’une famille de sorcières et rien n’est plus fatigant qu’une mère et une grand-mère sorcières, jeteuses de sorts qui ont décidé que sa fille et petite-fille, Verte donc, devait absolument apprendre à devenir sorcière elle aussi.
Impossible !
Pour rien au monde, Verte accepterait ce don futur !
Rien à faire. Elle ne veut pas !
Et même si sa mère est un peu étrange, qu’elle l’aime pour cette étrangeté, Verte n’a pas envie de lui ressembler, n’a pas envie de devenir sorcière.
Un point c’est tout !

Pourtant posséder de tels pouvoirs représentent des avantages non négligeables, notamment la possibilité de rendre amoureux Soufi, le garçon dont toutes les filles de la classe ont envie. Et Soufi, bah quand même ce n’est pas rien.
Alors
  peut-être que pour exaucer ce rêve, Verte serait prête à faire confiance à sa grand-mère, réviser son jugement au risque de ressembler à sa rousse et flamboyante mère et à pénétrer dans l’antre des sorcières un peu et doucement folles dingues, à faire preuve d’artifices, de poudres bleues, de mandragores un poil remuantes et de philtres d’amour qui donnent envie d’aimer.
 

Quand Magali Le Huche nous dépeint l’univers de Marie Desplechin, garez-vous ça déménage et pour notre plus grand bonheur. Un pur régal à lire et à regarder pour son graphisme, ses mises en couleur, la générosité absolue déployée dans ce récit. C’est gourmand, truculent, riant, rieur à souhait.

Tiré du roman jeunesse Verte de Marie Desplechin paru il y a quelques années à L’Ecole des Loisirs, Magali Le Huche a croqué cette histoire et en a fait une bande dessinée que l’on ne peut qu’aimer, adorer, garder précieusement pour soi et le cas échéant mais vraiment en un ultime geste d’amour maternel, troquer contre une fraise Tagada ou un Carambar, à sa fille ou son fils, histoire de rire avec elle ou lui.
Car contrairement au roman-jeunesse de
Marie Desplechin, la bande dessinée dévoile la vue de Verte et c’est peut-être ceci qui fait que l’histoire est irrésistible et cela quel que soit l’âge lu. On se retrouve dans le personnage de Verte (mais aussi de sa mère).  

 

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Beaucoup de thèmes sont abordés au cours de cette belle histoire : l’amitié, la/les différence/s, les relations mère-fille et grand-mère-petite-fille, l’adolescence et le besoin de se différencier, l’absence et la quête du père. Et lire cela sous le graphisme, les illustrations de Magali Le Huche est d’une générosité, douceur, délicatesse belle, haut en couleurs et irrésistible.  

Les couleurs pastelles laissent place à la luxuriante des mandragores, des filtres et d’une nature-jardin où l’on a juste envie de se reposer, des jardins secrets, des endroits délicats et des personnages que l’on a envie d’aimer pour leurs excès et leur figures caricaturées. Les escaliers sont interminables et mènent à une caverne magique où les potions se mélangent, se dégustent. Les traits donnent envie de se replonger avec tendresse dans nos années têtes de bois et cœur en chamade, cette période un peu révoltée et à la fois très réconfortante de la préadolescence et des découvertes des premières lectures.  

Les personnages ont chacuns leur caractère, leurs traits. Ursule la mère est sèche et un poil folle furieuse, hystérique, mais aimante, d’une bonté à faire pâlir d’envie les autres mères ; la grand-mère Anastabotte est ronde, généreuse, folle dingo, à l’écoute et d’une bienveillance qui donnent envie de faire quatre heures à sa table ; Soufi en amoureux mais qui ne le sait pas est à croquer et Verte… oh Verte, quelle charmante et espiègle sorcière que voilà.

C’est bon, doux, espiègle, ensorceleur et on a qu’une envie… la garder précieusement pour la relire les jours où les philtres de joie ne font plus trop effet. Un univers à la Sempé que j’ai aimé retrouver et dans lequel je me suis sentie d’une jeunesse à souhait.

Verte est un petit bonheur à lire, relire, découvrir, redécouvrir et à passer de mère en fille, de fille en mère. C’est juste génialement bon et pour cela je dis un grand OUI à Verte. J’en veux encore des rires et de la tendresse comme celle-là. Banco : j’ai 10 ans et même si « c’est pas vrai », j’ai dix ans !!! Et ce n’est pas Verte vous dira le contraire. Foi de sorcière.

 

Verte
Marie Desplechin – Magali Le Huche
Rue de Sèvres