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Comment vous parler de cette histoire, l’histoire d’une rencontre, une histoire d’amour, une histoire comme il en existe peu. Une histoire où la musique s’écrit dans toutes les pages, développe ses gammes, monte en puissance, nous enveloppe de sa mélodie, de ses arpèges et sonates. Comment vous parler d’une histoire qui n’est que volupté, délicatesse. Une histoire où les corps se cherchent, trouvent celui qui le galvanise, l’oblige à se mesurer, à entendre sa petite musique prendre possession de son être.  L’histoire d’une passion mais pas n’importe laquelle, l’histoire d’une enfant de neuf ans qui découvre la musique, celle de Mozart, la Maitre, le Maestro d’une musique qui ne se lit pas mais se vit. 

« Mes doigts se posent doucement, respectueusement sur les touches. Mes mains s’unissent aux siennes. Nos mains se rencontrent par-delà les siècles, nos chairs s’effleurent et se caressent. Nos mains se rejoignent et s’épousent à travers la sonatine que je connais par cœur, les trois premiers accords de l’allegro dansant que je joue prestement, le petit andante si tendre. C’est la rencontre, l’union sensuelle, spirituelle, merveilleuse avec l’Homme. Miraculeuse. Impossible.
[…] Je cours à en perdre le souffle, je cours et crie à pleins poumons. J’ai joué sur le piano de Mozart. » 

Et puis il y a aussi cette autre histoire, celle qui se mêle, s’entremêle à Mozart, celle qui nous fait revivre la sensualité de sa musique, la mesure des corps qui se désirent, la délicatesse des voix qui se chuchotent, se tendent, s’appellent, la douleur des mots qui ne lisent pas, s’attendent, la prudence et la peur de ceux qui se sont là, la jouissance de la mélodie de l’amour.
Il y a l’histoire de Cécile, des décennies plus tard qui interview un homme, celui qui se fait appeler  Maestro. Son Maestro. Son Mozart revenu habiter son cœur, se faire une place sur son corps. Cet homme qui un soir s’est installé autour d’elle, en elle, ne l’a plus quitté. Il y a une histoire, celle de leur rencontre, celle de leur désir, celle qui devient musique, mélodie, une sonatine, un allégro léger, des triolets envoutants qui emportent loin.  

Il y a Cécile, Maestro et Mozart. Wolfgang Amadeus Mozart. Celui qui les réunit et les réunira bien au delà de ce que la musique peut donner, offrir. Le trouble de l’amour. 

« Votre voix s’installe autour de moi. Sonore. Rassurante. Dans cette chambre d’hôtel aux rideaux entrouverts. Vous. Cette voix qui est la vôtre. Et aussitôt, à peine m’a-t-elle effleurée, à peine est-elle entrée dans mon corps qu’inévitablement, irrépressiblement, j’ai huit ans. Dans votre voix j’ai huit ans, Maestro… Et je ne sais pas pourquoi. » 

Il serait peu de dire que j’ai été submergée autant par cette histoire que par l’écriture. Quand on prend conscience que l’auteure écrit son premier roman, la mesure de ce qu’elle a produit, on réalise que Cécile Balavoine ne peut que continuer dans ce chemin, le chemin de l’écriture. Car il faut le dire Maestro est juste un pur bijou d’une très grande finesse et délicatesse, une grande qualité, maturité. Il est la réalisation de ce qu’est une lecture envoutante, précieuse, mélodique et littéraire.

D’une plume sensuelle, délicate, tendre, poétique, envoutante, elle nous décrit la musique de l’amour. Et c’est dans les silences, dans les corps qui s’appellent, se désirent, se cherchent, se mêlent que la beauté des arpèges se fait entendre. Mozart prend l’ampleur, sa place, devient ce troisième personnage qui est le premier, celui qui fait, celui qui est. Les lèvres s’entrouvrent et laissent passer le souffle, les notes de l’amour. La passion devient gamme, pureté.  

Il y a dans l’écriture de Cécile Balavoine, la pureté des silences, la vibration des mesures, la mélodie de la beauté. On se pose, on entend, on entre dans son livre, dans sa  captivante délicatesse, dans cette lumière d’un soir où des voix se reconnaissent, dans une aube où des corps se reposent. Il y a oui la beauté, la délicatesse, la fragilité, la lumière et l’explosion sublime d’une sonate jouée pour deux cœurs qui se sont trouvés. 

A la fin de ma lecture j’avais écrit ses quelques mots à l’auteur : « Cécile Balavoine, je viens de finir votre roman, votre Maestro et il reste en moi cette beauté, cette tendre rencontre, ce bouillonnement de notes, cette sensualité des corps qui se trouvent, cette musique qui devient symphonie. Je n’ai ni l’envie, ni la force de quitter vos personnages. Comme eux, ils deviennent mon oxygène, ma raison d’aimer, de vivre. Comme eux, j’attends qu’ils reviennent et m’emportent à nouveau dans la lente montée des croches et des triolets. Je glisse au delà de ce que je lis. J’entre et je ne veux en sortir. Envoutée. Il est beau votre roman, Cécile. Il est le silence, la passion qui électrise, la musique qui nous emplit. Il est l’amour et votre écriture en est sa plus belle preuve. » 

Je ne changerai aucun mot. Laurence Tardieu a été votre marraine, vous en êtes sa douce élève d’écriture. Continuer, vous avez la maturité et la beauté d’une écriture pour y arriver.
 

A découvrir chez Charlotte, Nicole, Mirontaine et les 68 premières fois, édition 2017.
 

Maestro
Cécile Balavoine
Mercure de France

 

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