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« Chaussette est une vieille dame qui vit à côté de chez moi. C’est pas son vrai nom, mais quand j’étais petit, je savais pas bien prononcer "Josette". Et finalement, c’est resté. »

Encore une fois j’ai succombé au charme de Loïc Clément et Anne Montel (les jours sucrés). Sous le titre de Chaussette on retrouve leur tendresse, leur petit côté acidulé et doux sur la vie et leur crayonné qui pourrait tirer sur l’enfance mais qui n’est pas moins une vision adulte.

Chaussette est une vieille dame que Merlin, son jeune voisin aux cheveux ébouriffés, aime regarder. Perché sur son arbre, il l’observe, dans sa jolie cuisine aux vieux carreaux usagés, dans son potager qui resplendit de salades et de petits pois ou encore dans son salon où installée dans son fauteuil, elle lit un roman, les pantoufles oreilles de lapin aux pieds et la soupe cuisant doucement sur la cuisinière à bois.
Il fait bon chez Chaussette Josette. C’est un petit bout de bonheur, d’une enfance retrouvée, une petite madeleine que l’on aime regarder, se souvenir. Cela sent les gâteaux, la couverture qui dort aux pieds du canapé, le gramophone qui retentit d’un vieil air oublié. chaussette02

Accompagnée de son corgi Dagobert, « véritable cauchemar des boulistes de la ville », elle sillonne les rues, armée de ses grosses lunettes rondes et de son cabas besace à roulette « plus gros qu’un coffre à trésors ». Inséparable dans les balades comme dans les pires bêtises à écouter, leur rituel s’organise entre places, petit pont enjambant la rivière où nagent canards et barques, lectures au parc avec ses « vieux bouquins abimés qui craquent quand elle les ouvre trop fort » ou encore chez le boucher, la libraire, le bar tabac et le boulanger du coin qui s’amusent de sa venue.  Une vraie petite musique de la vie, un air de piano enchanteur, un rituel train-train quotidien métronome. « A la revoyure » et tous les deux, recommencent le lendemain.

« Je crois qu’il y a des gens qui se rassurent avec la routine... Elle leur fournit des repères dans un monde qui change et qui ressemble un peu moins chaque jour à celui qu’ils ont connu. Ça aussi, c’est maman qui me l’a expliqué. Ça peut parfois nous faire sourire de les voir, comme ça, répéter inlassablement le même rituel, mais pour eux, c’est une affaire très sérieuse. C’est leur vie. »

Alors quand ce matin-là, la machine s’enraille et que Merlin voit sortir Chaussette seule, il se doute que quelque chose ne tourne pas rond. Oui mais quoi ?

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Que c’est bon de lire cette petite bande dessinée. Que c’est bon de replonger dans la douceur de l’enfance, les couleurs, la mélancolie des jours qui passent assis sur le fauteuil ou à gambader dans les terrains vagues, à courir les buttes et les recoins de nos mémoires.  Que c’est bon de se rappeler de ces personnes qui deviennent des essentiels, des veilleurs de nos quotidiens et de nos habitudes. Une vraie tendresse, une vraie petite bulle de jouvence, de petits riens qui deviennent importants, essentiels, de ces détails qui font la vie de tous les jours. Un vrai cocon, une vraie bulle.

Le duo Clément - Montel a encore une fois su trouver la bonne mesure, la douce musique pour accompagner cette histoire où sont évoqués les solitudes, les jours  qui passent auprès de ceux que l’on aime, les us et routines de nos vies. Tout en délicatesse et couleurs ils allègent d’une douce poésie la douleur de la perte. 

« Avec cette histoire, j’ai compris que les gens cherchent l’amour où ils le peuvent. Ceux qu’on ne remarque pas, ceux qu’on traite comme de vieilles chaussettes vivent parfois des joies et des peines sans un bruit. Juste à côté de chez nous, certains drames peuvent se jouer en plein silence. Car finalement, les grandes douleurs sont parfois muettes. »

Le dessin d’Anne Montel est frais, doux, espiègle, des bouilles de plaisir et à croquer, des petits détails qui sont un quotidien, un crayonné qui sent bon l’enfance et un certain air à la Joann Sfar des débuts, des couleurs à la fois douces et acidulées. Elle nous mène au fur et à mesure à mesurer la douleur de l’absence, la vie qui passe et l’amour dans les petits gestes, les petits riens qui constituent notre chemin. Le dessin est frais, pétillant, entre enfantin et rayonnant. Il apporte la beauté, la force et la sensibilité de cette histoire qui n’est que tendresse et douceur.

Une bande dessinée qui rappelle que ce sont les valeurs de l’amour, de l’amitié qui nous aident à tenir debout, qui font les souvenirs des petites perles à ne pas oublier, à se constituer en collier et porter dans un cœur qui sera allégé et nous aider à passer ce temps qui inexorablement ne peut s’arrêter.

Et si les yeux picotent à la fin, si le cœur se serrent un peu, c’est juste pour nous prouver que nos cœurs battent encore la mesure, éprouvent encore de l’affection et qu’il est bon de pouvoir compter sur des amis, des inconnus qui nous donnent un peu d’amour, nous aident les jours de peines et de douleurs à tenir debout.

 

A lire chez Noukette, Mo, Jerôme et retrouver la BD du mercredi chez Noukette

 

Chaussette
Loïc Clément – Anne Montel

Delcourt Jeunesse