L-adoption

Il m’arrive tout comme les romans de tomber sur des bandes dessinées qui me deviennent des essentiels, impossible à parler, commenter. Des scénarios qui se nouent dans ma gorge, des illustrations qui me prennent aux tripes, ce quelque chose de fort, poignant, fragile. Comment d’ailleurs parler de L’Adoption sans révéler ce qui est écrit. 

« L’amour ne se vole pas. L’amour ne s’achète pas. L’amour se mérite. » 

«
 On a beau savoir que, par nature « end » et « happy » ne feront jamais bon ménage, on se force à y croire. Cette espérance, cet aveuglement, c’est notre force à nous, les hommes. Les histoires ne se terminent pas bien. On peut juste faire en sorte qu’elles nous laissent une bonne saveur en bouche. Se lécher une dernière fois les babines avant de sortir de table, ce ne serait déjà pas si mal, non ! »
 

Zidrou m’avait déjà  emportée lors du « tome 1 de l’Adoption », me laissant dans cette incroyable émotion et beauté de son histoire et de ma rencontre avec Qinaya et son vieux grincheux de grand père, Achachi. J’étais restée sur ces petites bulles dans le ventre, les rires et les sourires, les larmes qui perlaient de bonheurs et de vérités, ces petites étincelles qui vous disent que la vie est courte, belle, magnifique dans les bras d’un enfant, que la vie est sereine lorsque celui-ci ressent la chaleur, la complicité, l’élan du cœur, l’amour. 

J’étais restée sur cette phrase qui m’avait serré l’estomac, pris en étau cet organe rouge qui bat la mesure. Cette phrase qui donnait juste envie d’aimer Qiraya, d’aimer cet enfant de l’autre bout du monde. 

« Qui inventera une échelle pour mesurer l’amplitude des émotions dans le cœur d’une petite fille de 4 ans ? »

Oui qui inventera un baromètre déterminant l’amour donné à un enfant par un père, une mère, une famille qui accueillent un enfant venu d’un autre pays, d’un autre ventre que celui désiré. Qui inventera un instrument qui déterminera les pulsations du cœur face au bonheur éprouvé ? Qui sera porter son amour au delà de ce qu’il est possible de donner ? Qui résoudra l’équation impossible à solutionner de cet amour pris, porté, offert sans rien demander ?
Qui comprendra que l’amour donné ne peut être repris, divisé, emprisonné ? Qui comprendra que laver des couches, des draps salis, faire sécher des larmes qui coulent sur des joues d’une petite fille, que de jouer avec elle, forment des maillons, ces petites choses secrètes que seuls des parents peuvent comprendre ? Qui peut savoir qu’une tranche de pâté tartinée sur du pain et enrobée de cornichons peut devenir ce lien qui unit deux êtres et cela bien des années après avoir lavé les draps et autres vêtements ?
Qui comprendra que quelque soit ce qui se passe, les liens tissés se retrouvent, se pansent dans la douleur d’une adoption qui ne sera jamais adoptée, d’une enfant qui se perd, meurt et ne revient jamais ? Qui comprendra « qu’un homme [… peut…], lui aussi, ressentir cruellement le manque d’un enfant ? » Qui ? 

« Achachi ! » 

Zidrou et Monin ont décidément encore frappé juste. Tellement juste que l’on ne sait comment parler de cette bande dessinée sans avoir le cœur qui se serre, trouver où faire un arrêt, se perdre dans les dédales d’une ville péruvienne, une montagne où l’air se raréfie, où les prisons sont aussi bien de cœur que de béton.

Comment revenir sur son passé, revenir sur les erreurs commises, comprendre au fil des pas hésitants et des rencontres fortuites que toute une vie ne suffit pas pour aimer et le dire. Comment comprendre que c’est dans le douloureux, qui restera une souffrance, que l’on se reconstruit, que de ses erreurs il faut faire table rase, renouer et qu’il est impossible de chercher « parfois à porter son amour plus loin qu’on ne le devrait. » 

Et puis il y a ce dessin, ce dessin où l’émotion est palpable, où l’enfance est dans tous les coins de page, où la moindre couleur compose l’histoire, l’illumine, l’enracine. Un graphisme comme un compagnon, une tranche de vie, un morceau de douleur que l’on partage. Des couleurs vives, chaudes, franches et ce bleu lumineux, ce bleu qui apporte l’espérance, l’espoir d’un monde où justement tout n’est pas bleu. 

Alors lorsque l’on referme ce dytique, lorsque l’on termine cette histoire, lorsque les dernières pages de l’adoption arrivent, la gorge se noue, le cœur bat un peu plus vite, les yeux s’humidifient et l’on se dit que jamais une bande dessinée n’a été aussi humaine, aussi forte en émotions, aussi fragile, aussi fine et sincère.
Une envie nous prend alors de retourner voir dans leur chambre, leur sourire, leur rêve d’une nuit devenir aussi léger qu’une bulle de savon, de consoler leur peur , leur pleurs d’une tranche de pain garni d’un morceau de pâté et de cornichons.

« Quand tu fais des enfants, t’hérites de leurs conneries. De leurs conneries, de leurs chagrins d’amour, de leurs joies. T’hérites de tout. »

« Les larmes parlent mieux que les mots »

 

A lire chez Noukette et retrouvez la BD de la semaine chez Moka

  

L’adoption
Zidrou et Monin
Grand Angle

 

 

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