sans-titre

« Dans ta tête d’enfant, il y a de brusques ciels clairs arrachés à une peine lente, basse, impénétrable. Ta mère a disparu. Elle avait beau ne jamais être complétement là, c’est à son odeur, à sa chaleur, à ses mains silencieuses que tu prenais appui pour sentir que tu existais vraiment. »

Il y a des auteurs où quoi qu’il  se passe, est écrit, nous savons que nous serons emportés. Quelque soit notre lecture, les mots nous toucherons, seront des couvertures ou au contraire des uppercuts.

Jeanne Benameur est cela.

La lire, c’est être certain de trouver l’apaisement, la sensation de lumière, l’instant suprême où une phrase nous offrira l’émotion, la grâce, la chair de poule. Trouver ce moment de lecture qui ouvre vers un possible, une histoire qui nous emporte et nous transperce.

Et « L’enfant qui » n’échappe pas à cela. 

« Reste immobile, n’aie pas peur du gouffre. Le temps va passer. »

Car au-delà de l’histoire, Jeanne Benameur nous mène dans les chemins de la solitude, de la perte de repères, de l’absence de ceux et celles qui nous maintiennent, nous tutorisent, nous grandissent, nous offrent l’espoir et la vie.

Dans une langue et un écrit épuré, poétique, onirique, elle nous transporte de par son chant, dans sa prose, ses silences, sa longue marche intérieure. Les mots ne sont pas dans la bousculade. Au contraire. Posé, reculant le moment où l’on devine derrière les mots, l’histoire même, Jeanne Benameur nous livre quelque chose, un enfantement. L’enfantement d’un roman, d’une histoire. L’enfantement de l’enfant qui est en nous, cette part minuscule qui nous accompagne, que l’on oublie, enterre et qui pourtant nous poursuit, nous invite à nous aimer, nous  réconforter.

Renaitre. Revenir à la vie. Retrouver celle qui n'est plus là, partie mais qui demeure au fond de nous celle qui, l'enfant qui.

« Avec quoi protège-t-on un enfant comme toi ? »

Roland Barthes disait « Ecrire c’est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l’écrivain, par un dernier suspens, s’abstient de répondre. La réponse, c’est chacun de nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté. »  Jeanne Benameur nous donne une pierre, sa pierre, nous montre la possibilité de, nous offre des clés, la sienne. C’est une palpitation, un souffle, un effleurement, une inépuisable source de lumière qui se déploie, se dépose sur la peau, infime pellicule de soi. « L’enfant qui », l’enfant qui est elle, l’enfant qui est nous.

« La réalité du monde n’y perd rien. Bien au contraire. Nous nous rappelons les paumes ouvertes des mains de notre mère, et tout ce que nous y voyions d’inconnu et de beau. Nous comprenons que le Plus jamais ne prend pas cela, qu’il y a là des trésors pour toute notre vie. Ça, ça ne disparaît pas. »

 

A lire chez Noukette, L’or des Livres, Jérôme

 

L’enfant qui
Jeanne Benameur

Acte Sud