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« Mauvaise journée ?
Bon sang, tu pourrais prévenir quand tu débarques !
T’es retournée à la ferme ?
Oui…
Et alors ?Toujours rien… Et j’ai fait comme tu m’as dit, hein !
C'est-à-dire ?
Ben tu sais, ton truc pour faire peur là, comme ça… graou arf !
Je fais ça moi ?
Mais oui ! Tu sais bien avec le regard menaçant et tout !
Ah d’accord ! Tu veux dire ça : GRAOUU !!!
Oui voilà c’est ça… »

 

Il y a le feu dans la basse-cour. Le renard vient de pointer son museau tout raplalpla et a bien la ferme intention de se faire une ou deux poules au passage. C’est la grande frousse, la mémorable tremblote, la sévère chair de poule, la peur bleue de la vie de la mère Poularde et de ses célèbres omelettes !! Le renard, cet animal sanguinaire aux yeux perçants, la salive au coin des dents et à la queue en panache a mis son nez dans le poulailler. Le renard, maitre Goupil, celui qui fout la trouille dans les campagnes et forêts. Le Renard, le maitre de ces bois est aux abois.  

Oui mais ça, c’était avant. Oups !
C’était avant que Le Grand Méchant Renard ne débarque.
Avant que la légende ne soit un poil renversée et devienne la plus grande risée de toutes les époques renardes !!  

Car être Renard ce n’est plus ce que c’était. Et les poules de maintenant, elles sont super méga hyper entrainées dans la  lutte anti terroriste renard and co. Cela ne rigole plus dans le poulailler d’à côté. Ca morfle sévère et ne laisse guère le choix à la négociation d’un crêpage de croupion.
La vie de Renard est devenue vraiment très compliquée. Guère le choix de manger autre chose que les navets que t’offre le cochon de la ferme. Il a beau essayer de faire son GRAOUAOU légendaire, peine perdue, cela laisse de marbre la gente des gallinacées pondeuses. A peine si cela leurs défrisent la crête, leurs défroissent leurs ailes plumées.

Rien, nada, que de chique.

 

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C’est le Renard roux à la mine dépressive qui peut aller se rhabiller. Il n’aura même pas le droit de chicaner un bout de la petite poule rousse (qui est aussi psychopathe que Renard est un looser nait). Il faut dire aussi que le renard en question est aussi balèze qu’une huitre, a autant de charisme qu’une limace séchée dans un pot de sel et qu’il est aussi féroce qu’une tortue anémique à la retraite. et c'est peu. Il a beau tenter et retenter sa chance, d’escalader murs et palissades, creuser des trous et autres tunnels (en rapport avec la grande évasion peut être mais dans le sens contraire), rien n’y fait. La prévention « coup de poing » mis en place par le chien fidèle fainéant et maitre garant du bon ordre du poulailler, fait son effet. Telle est désormais sa vie. La vie d’un renard complètement neurasthénique et découragé de ne pouvoir croquer une chair fraiche et plumée.  

« Je te préviens, on ne veut plus te voir ici. C’est compris ?! »  

Jusqu’au jour où en bon voisin ami, le Loup, cet animal aux dents pointues et à la mine patibulaire lui propose un deal. Un deal carnassier et bien entendu de bon aloi. A défaut de se faire une poule, il lui propose de dérober les œufs et attendre sagement leur éclosion pour les croquer. Niak niak niak…  Le Grand Méchant Renard va pouvoir revenir sur la scène et ne plus être la risée de ce bout de campagne poulailler. Rira bien qui rira le dernier ! Clac, niak, slurp… A lui les œufs et les poussins à dévorer d’un grand coup de mâchoire bien aiguisée !! 

 

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Tout a été dit sur cette bande dessinée. Tout a été chroniqué, dépecé, grillé, mit sur la toile. Et je ne vous surprendrais pas en vous disant que je me suis sacrément poêlée en lisant « Le Grand Méchant Loup ».
Non mais quel looser, quel bourricot et quel talent de comédien aussi.
Voilà enfin un renard qui
  sous ces aspect d’être menaçant et fort méchant, est aussi doux qu’un agneau, aussi pleutre qu’un chaton.
 

Il y a une vraie jouissance à lire cette fable des temps modernes, une vraie joie à découvrir cette ferme des animaux qui, sans y prendre garde, est un miroir de notre société moderne. On y retrouve les Chikens Runs et autres Wallace et Gromit, les contes de la mère Oie et compagnie, la fable de la petite poule rousse qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf. Tout est mis en dérision et le loup devient une pantomime à lui tout seul. C’est du grand art, du grand Benjamin Renner.
Le dessin quand à lui, est simple. Sans chercher à enfermer ses « personnages » dans des bulles ou cases prédéfinies, l’auteur laisse faire son pinceau et les aquarelles à l’air libre. Tout cela se débat dans une campagne luxuriante, une forêt où les saisons passent tranquillement, un ciel d’un bleu lumineux et ce poulailler quasi camp militaire retranché. C’est jubilatoire et rien n’est épargné. 

Bref j’ai mis deux ans avant de me faire plumer par Le Grand Méchant Loup et franchement j’ai adoré. Certainement un restant de mère poule en moi. GRAOUUUUUUU !! 

 

A retrouver sur les grands écrans ce jour !! Faites attention à vos bambins, ça fout la chair de poule !! Et la BD de la semaine est à lire chez Stéphanie

 

Le Grand Méchant Renard
Benjamin Renner
Delcourt

Le Grand Méchant Renard - La Bande Annonce du film