004501058« Moi le moine qui étudie, je partage mon logis avec Pagur, mon chat blanc. A la lueur d’une chandelle jusque tard dans la nuit, nous vaquons chacun à nos occupations. » 

Au fin fond des collines, quelque part au milieu de nul part, on dit même que ce lieu serait une île, l’ile de Reichenau ou peut être est-ce d’un autre endroit, en Irlande ou au fin fond d’une contrée lointaine, vit un moine, reclus de tous bruits et civilisations.
Simple copiste à la recherche de pensées qui pourrait trouver des lecteurs, il espère que la flamme qui illumine sa cellule l’aidera, au secret de la nuit noire et profonde, à trouver la lumière, l’imagination, le plaisir des écrits.

Aucune gloire, aucune mise en avant, le retrait lui procure la paisible quête du savoir, le trésor des manuscrits.

Au fin fond de sa chambre-monastère, ce moine copiste dont on ne sait le nom, copie et copie encore. Son carnet se remplit de poèmes, d’enluminures.
Tout est beau.
Tout est silence, recueillement.
Il distribue la beauté en écoutant les autres.
Il conte. Il raconte à l’affut du sens et de la connaissance.
Et la vie s’écoule ni plus ni moins, au rythme de la chandelle qui se consume nuit après nuit. Sans un bruit autre que celui des pages qui se tournent  et de la plume qui crisse sur le papier.

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Seul un chat vient briser cette solitude acquise, cet éloignement au monde. Un chat au pelage blanc et luisant qui se pose auprès de lui le soir à la lueur des bougies sans jamais troubler son travail, sans que jamais le moine vienne troubler le sien. « Pangur bàn » 

« L’un et l’autre, nous aimons la vie que nous menons. Notre histoire est une belle histoire. » 

Chacun se contente d’une joie simple et profonde, sans concurrence ou jalousie, une joie qui ne demande rien, n’attend rien et donne tout dans sa vraie composition.
Penché sur son grimoire, le moine cherche des réponses comme Pangur cherche des souris. Quand le chat en trouve une, sa joie déborde. Pour le moine, sa joie jaillit lorsque la réponse cherchée, trouve la voie. Alors au plus profond de la nuit, la lumière arrive. La lumière d’une joie simple, d’une vie simple ayant pour unique réponse celle que l’on cherchait au creux de la nuit profonde.

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 Est-ce un conte ? Est-ce une histoire ? Nul ne sait. Traduit à maintes reprises, ce poème du 9ème siècle est une véritable ode à la beauté simple de la vie, aux réponses que l’on se pose et qui s’éclaircissent au cœur des nuits.
Vous ne trouverez nulle réponse à la question que vous vous posez, nulle réponse aux quêtes indicibles qui s’éternisent dans vos mémoires et ventres.
Il est des livres, des poèmes où la réponse est en vous, comme la vie, comme un chat blanc qui vous montre qu’une simple souris est source de bonheur, de ravissement, comme d’un rien, une aurore, l’aube qui jaillit, la vie s’illumine dans le silence et le recueillement. Sans bruit mais avec une force en vous qui vous sourit. Une force simple, comme l’est la vie.
 

Les illustrations sont à elles seules une entrée dans ce monde du silence et du recueillement, de beautés simples. Nulle fioriture, nul besoin d’en mettre plus. D’une simple patte féline, la simplicité est là. On ressent la joie, le bonheur simple, le dépouillement de ce qui nous pèse, nous obstrue la vue. Les traits sont gras et à la fois d’une bouleversante simplicité. Un broc qui se penche sur un gobelet et on entend l’eau qui le remplit. La brindille allume la bougie et la pièce s’éclaire d’une douce lumière.
On cherche à savoir, à comprendre, à s’entretenir avec nos questionnements. A en perdre la raison, à en faire un défi. Les pages se tournent, les cases se racontent sans bruit juste séparées par une phrase. Une phrase qui suffit à combler de joie notre lecture et ses réponses qui sont au fond de nous et qui nous font avancer, nous lever, trouver nos solutions, notre lumière.
 

Dans la nuit noire et profonde, Pangur Ban nous guide de sa patte féline vers la simplicité de la vie. Sans rien d’autre qu’un trou et une souris. Sans rien d’autre qu’un trait de lumière, un parfum de joie qui jaillissent. Sans rien d’autre que ce qui est soi et nous grandit, nous pousse à devenir, sans rien d’autre que la confiance en ce que nous sommes et sans chercher à nous nier, renier ou laisser tomber. La simplicité de la vie qui procure notre joie. Une joie unique et complice, en paix. La notre. Celle qui réside en chacun de nous dans la nuit. 

 

«  A tous ceux qui cherchent la lumière dans les ténèbres »

 

Le chat blanc et le moine
Jo Ellen Bogart et Sydney Smith
kaléidoscope
(d’après le poème Pangur Ban »