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« Enfance  - Définition : première période de la vie humaine, de la naissance à l’adolescence ; « ces petits ont une enfance heureuse ». Enfance ça rime avec innocence ou encore insouciance. Et parfois aussi avec souffrance, fulgurance ou méfiance. Mais chut ! Surtout ne pas en parler. Tout garder, toujours, à jamais. Apprendre à vivre avec ces images, ces cris qui résonnent, ces absences et avancer malgré tout. Avancer et, un jour, parvenir enfin à … dire ? »

 

Bastien, 8 ans. Enfance somme toute classique. Classique jusqu’à un point… sa mère est malade. Pas la petite grippe ou simple dépression saisonnière. Non malade.
Souvent.
Très souvent.
Trop souvent. Et cela depuis sa naissance. « Elle part souvent dans des centres psychiatriques ».
Les médecins ont diagnostiqué des troubles bipolaires à tendances psychiatriques. Mais malgré les différents « séjours », son cerveau reste coincé sur off. Les cris, comme ceux d’un animal blessé, continuent à résonner dans la maison et la rue, le corps se tord comme possédé par le diable,  rampant et se brisant contre le moindre choc. La camisole de force ne suffit plus à l’isoler de son propre mal, mal qu’elle se fait et qu’elle fait à ceux qui l’entourent, l’aiment.
Bastien voit tout cela, vit tout cela. Il vit l’absence, la maladie, l’abandon de sa mère, sa douleur, ce quotidien qui n’est que cris et souffrances.
Autour de lui, son père et ses grands-parents tentent vaille que vaille de le protéger, de lui cacher  ce terrible mal dont souffre cette mère qui n’est pas comme les autres, cette mère sans sentiments ou au contraire exacerbés. Mais rien n’y fait, Bastien voit, vit et grandie avec cette réalité.
Il a beau essayer de s’inventer un monde imaginaire, de convoquer une super héroïne  qui ressemblerait à sa mère, de camoufler sa vie à ces copains en créant des histoires, il ne peut oublier ou faire comme si. Sa mère est bipolaire à tendance psychiatrique, schizophrénique.

Et Bastien vit avec.
Et Bastien grandie avec.

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Il y a des bandes dessinées qui vous prennent là, en plein plexus, cœur, ventre, estomac. Vous y laissez vos tripes, votre âme, vos yeux et cette émotion qui ne vous quitte pas. Cette émotion qui vous dit que vous êtes en vie mais que lui, cet enfant qui raconte son histoire, l’histoire de sa mère bipolaire, n’y est peut-être qu’à moitié, qu’il subit, qu’il camouffle ses cicatrices sous une imagination, des jeux de super-héros, sous des bouts de papier déchirés. 

 

Vous lisez « Le Perroquet » et vous ne savez plus que dire, que lire. Désœuvré, déboussolé.

 

Avec ses mots, une force et une sensibilité peu commune, les mots d’un enfant de 8 ans, Espé nous raconte la vie de ce gamin, une partie de la sienne, celle qu’il a cachée, tue pendant toute son enfance, ce moment d’innocence et d’insouciance qui est propre à cette période. Terriblement fort, troublant, à la limite même de ce qui est urgent et impossible à lire. On entre de plain-pied dans la maladie, celle qui rend fou, devient quasi invivable, difficile à raconter. Survivre ou vivre. On ne sait plus très bien.
Par une plume aiguisée, expressive, quasi expressionniste tant le dessin est criant de vérité, Espé nous bouscule et témoigne de son enfance, de son amour face à cette mère qu’il ne peut qu’aimer à travers la dépression, la schizophrénie, une mère qui devient inaccessible physiquement comme moralement. La palette de couleurs utilisée est exceptionnelle, des traits sont à la fois un vrai chambardement et une douceur incroyable. 

C’est terrible à lire, terrible à laisser la fin se désagréger en nous, devenir nous aussi orphelin de l’histoire, déchiré de connaitre et de ne savoir que faire pour donner l’amour, cet amour maternel que Bastien n’a pas connu, n’a pu connaitre. Et la  culpabilité est grande. Trop grande pour un enfant de 8 ans. Trop grande pour qu’adulte, il puisse s’appuyer sur ses racines et grandir avec l’image de sa vie d’enfant. 

Une vraie claque, un vrai amour, un perroquet qu’il faut absolument lire pour comprendre que la maladie est rampante mais qu’elle n’empêche nullement d’aimer, de vivre, de poursuivre à croire aux super-héros et de transmette la vie.  

Une BD comme une claque oui. Une claque qui nous pousse à lire ce Perroquet. Indispensable.

 

A lire chez Stéphanie, Mo, Noukette, Cathulu

 

Le Perroquet
Espé
Glénat

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