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« Vivre dans le silence nous réduit à l’essentiel. Je suis chartreux. Cloitré depuis vingt-cinq ans et sept mois. Aujourd’hui, c’est le temps de la récréation : la promenade hebdomadaire. Trois ou quatre heures pendant lesquelles on peut parler… Mais on perd l’habitude. Le bruit des mots dans ma bouche me parait étrange, inutile. Le vent se lève. On le sent. L’orage arrive. On le voit » 

 

Il m’arrive d’ouvrir une bande dessinée dont tout le monde à parler et de ne pas savoir trouver les mots tellement elle m’a emmenée loin de ce que j’ai l’habitude de lire sous le nom de cet auteur. Et pourtant c’est dans cette veine décalée, pleinement inspirée que j’aime Philippe Chappuis, alias Zep. C’est dans cette palette de couleurs, d’histoire que j’apprends à aimer, à lire, à prendre le recul et entendre le bruit de son dessin et scénario. C’est dans cette rencontre qu’il fait avec son soi, qu’il me donne envie de continuer le chemin avec lui, d’être portée par son rythme.
J’avais déjà découvert cette intime plume, ces couleurs douces et loin du monde de Titeuf dans son carnet de voyages, un carnet intime justement. J’avais aimé ce ton, cet éloignement, ce besoin de se recentrer sur un soi, un moment comme une coupure, comme un besoin. Et puis est arrivé, quelques années après, « une histoire d’homme », l’histoire d’une bande de potes qui se retrouvent loin de leur jeunesse, nostalgique de cette part en eux. Un immense coup de cœur. 

Et puis Zep est revenu vers ses premiers amours. Titeuf a refait son apparition. Tchao Philippe.  

 

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Mais on ne quitte jamais vraiment un ami. On ne quitte jamais vraiment quelqu’un qu’on apprécie. On se dit à bientôt, à très vite. On fait chacun un bout de vie et puis on se retrouve encore plus heureux, plus mature aussi.  Tout simplement.

Alors oui j’ai retrouvé Zep. Je suis de nouveau revenu vers Philippe Chappuis, celui que j’apprécie. J’ai ouvert « un bruit étrange et beau ». Un peu plus doucement d’ailleurs, sans faire de bruit, parce que cette bande dessinée c’est ce doux son, celui du silence qui est en nous, cette petite musique que l’on n'entend plus parce que trop longtemps enfouie.
Et puis il y a des instants que l’on porte en soi, des bruits remplis de silences et de sons, de soi et de foi, d’amour et de générosité, de bonté.  Des bruits qui sont des rencontres, des chemins, des êtres qui nous obligent à sortir de nos croyances, nos habitudes, cette fameuse zone de confort, cellule dans laquelle on se reconnait, chemine.
Et il y a la foi, celle qui est absolue, qui nous donne cette croyance en une autre existence, en un possible Dieu qui nous forgerai, nous bâtirai. Est-ce une vie, est-ce une mort ? Que faire quand soudain notre monde vacille, quand d’un pas fait de côté, la vie dans toute sa complexité, sa beauté, ses chamboulements, nous accueille. Que faire quand la fureur d’un monde nous bascule, nous fouette, réanime, ravive, réveille ? Est-on certain de ce que l’on croit croire ? 

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Elle est belle cette bande dessinée. Elle donne envie de lire et relire, se replonger, tel le personnage principal, dans ce qui nous structure, nous fait peur ou croire. Elle est belle et le dessin de Zep est d’une beauté troublante, sensuelle, émouvante. Les traits sont fins, les couleurs remplies de ce je ne sais rien, qui nous pousse à tourner les pages, nous amener à ralentir, prendre notre temps, comprendre ce silence, ce besoin de pauvreté et de croyance. Oui elle est belle. Terriblement belle car loin de tout bruit, de toute envie. Elle est une naissance une intimité.

Pour ce moment procuré, cette lecture silencieuse, merci monsieur Zep. Merci Monsieur Philippe Chappuis. Décidément j’aime quand vous faites vos pas de côté, quand vous sortez de vos chemins et que vous m’emmenez dans ces zones où vous prenez le temps de vous retrouver. 

 

Un bruit étrange et beau
Zep

Rue de sèvres