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« Les spécialistes nous envoient de la documentation sur toi, faut voir ça. On dirait un guide d’assemblage pour un meuble Ikea avec cinq morceaux en moins… Comment vivre avec une bibliothèque sans étagère. Je te parle, tu m’entends à peine. Je veux te faire un câlin, tu me repousses, tu fais des crises pour des trucs que je ne perçois même pas… Quand je dis Olivier, sais- tu seulement que c’est toi, Olivier ? »

L’amour commence souvent comme un grand plongeon dans le vide. On saute du perchoir, on se jette à l’eau et on rencontre celle ou celui qui devient notre bulle d’oxygène, notre bulle d’eau. Les corps s’attirent, la bulle se développe, devient couple puis cellule familiale.
Et l’enfant vient. Miracle de la vie.

En fait je me rends compte que je n’ai pas envie de vous raconter l’histoire de cette bande dessinée, une histoire somme toute classique, et je dis bien classique car quand l’enfant né, on éprouve tous, en tant que parents, des questionnements, des joies et des peurs. Tous. 

« La peur de traumatiser l’enfant est devenue une psychose : on craint tellement de mal faire qu’on finit par ne plus rien faire du tout. »

 

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Il est vrai que si cet enfant connait un handicap, la vie se complique, le désespoir et les rêves rentrent en conflit, les doutes nous assaillent deux ou cinq fois plus encore. Que faire pour lui, qui être, comment tenter de lui donner l’affection qu’il a besoin, la confiance qu’il doit accueillir pour grandir au même titre que les autres enfants ? Comment faire de chaque moment de sa vie, de la nôtre, de grandes défaites des petites victoires, ces petits sommets que l’on grimpe et qui nous offrent un moment de pause, une étape cruciale dans la vie ? Comment résoudre l’équation autisme et vie ?
Sincèrement je n’ai pas de clés. Et je ne porterai aucun jugement ou raccourci sur ce qui ou doit être dit ou fait.
Je pense que chacun de nous possède une force qui le moment venu agit, donne l’impulsion à tenter, à trouver la confiance en soi et la partager. Faire le deuil de cet enfant qu’on aurait aimé unique, « normal », ne pas voir notre monde s’effondrer, poursuivre sa vie, la vie comme si de rien n’était. 

« Je voudrais te dire que tu es le petit garçon le plus fantastique du monde. Mais les mots restent pris dans ma gorge comme des oursins. »

Je ne sais pas ce qu’est l’autisme ou du moins pas au sens parental. Je connais le handicap mais pas les troubles liés à la difficulté pour des parents d’avoir un enfant asperger ou autres (l’autisme relevant de multiples facteurs et degrés).
Ce que je retiens de ce récit dessiné, ce roman graphique, c’est l’émotion, le langage de l’amour et de la confiance,  la persévérance de parents devant leur enfant. Yvon Roy n’a pas cherché à faire un livre sur le pourquoi ou le comment, sur ce qu’il faut ou ne faut pas faire avec son enfant. Il a juste tenté, à travers son expérience de père, de partager, donner de l’espoir, de crier les victoires lorsqu’elles sont là, de croire en la vertu de la confiance, de tenter toujours et encore sur chaque épisode et aventure de la vie, à ne pas baisser les bras même si le désarroi, le désespoir, les doutes et les craintes sont là.

« Quand j’ai su qu’Olivier était autiste, j’ai été terrifié pour son avenir. Puis je me suis souvenu qu’un enfant très doué peut tout rater si ses parents ne lui donnent pas confiance dans la vie. A l’inverse un enfant handicapé mais confiant peut tout réussir. »

Il n’y a rien à dire, juste vivre. A 200 % peut-être et encore plus. D’aimer sans condition et « sans jamais faiblir, qu’importe l’enfant qui nous est donné. »

Les petites victoires
Yvon Roy
Rue de Sèvres

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