J'étais comme une pieuvre tu sais
Et je voulais vraiment
Qu'elle s'endorme au fond de mes bras
Dans les tréfonds de mes bras
Rien ne m'intéressait plus alors
Que mon destin de pieuvre
il n’y avait plus d’existence aucune
j’étais comme une pieuvre et la lumière
ne m’atteignait même pas
ni celle du soleil
Ni celle de la surface
Pas même celle des autres
j’attendais ce moment où sa lumière à elle
ne m’atteindrait plus
alors je nierai
en la présence des autres que je me suis intéressé à elle
une seconde je nierai
je nierai l’amertume et le désir
je nierai les nuits à me rendre malade
à ne pas dormir je nierai
je nierai le sud et je nierai le nord
je nierai les régions traversées avec penser à elle pour seul paysage
je nierai la souffrance quand elle se détournait de moi
pour les plaisirs simples
je nierai la brûlure de mes genoux loin de ses genoux
je nierai que les foules ont un visage
que les fêtes ont un visage
que les projets ont un visage
et que les visages au quotidien ont le visage
laid et glaçant de nos séparations
je nierai que penser à elle m’a permis de m’endormir
autant qu’il m’a tenu comme un animal apeuré
au cœur des nuits solitaires
je nierai le plus possible
pour en dire le plus possible
comme pour en taire le plus possible
Tout garder,
Garder chaque sensation jusqu’à l’étouffement
Le juste étouffement des circonstances perdues.
J’étais comme une pieuvre tu sais
avec trop de bras pour une seule idée fixe.

 

Jérôme Attal

 

P1000886 b

 

 

(Pour le respect de celles et ceux qui ont accepté de publier sur ce blog, les textes et les photographies sont protégés par le droit d'auteur. Merci de ne pas les reproduire sans autorisation) 

 

Jérôme Attal est un poète. Un poète de l’éternel, celui qui d’un sourire caché derrière des lunettes noires nous fait voir la vie, une vie lumineuse, une vie qui oscille entre gouttes de pluie et rayon solaire. Un poète des jours mélancoliques, un poète déchu maudit comme le sont les anges que l’on aime parce qu’imparfait mais d’une noblesse de cœur, d’une générosité sensible, douce, belle. Jérôme est un ange oui. C’est cela. Le genre d'ange que l’on croise et qui nous émeut, nous fait rire d’un petit cœur colorié, dessiné à la pointe d’un stylo bic aux quatre couleurs, d'un son sorti de sa guitare qu'il ne quitte jamais.
Ecrivain aux multiples talents, chercheur d’un imaginaire aux accents de l’enfance perdue,  une madeleine que l’on savoure religieusement, tendrement dans la clarté lumineuse d’un soir anglo-normand, des chansons plein la tête, sa voix aux accents proustiens…

Oui Jérôme c’est tout cela, une tendresse, une saveur de cette part que l’on cache en soi une fois devenue adulte, un sourire mélancolique et qui tient chaud, bien chaud, un pilier d’une amitié aux saveurs castelleroussines. Et des romans qu’il faut apprendre à lire, découvrir dans sa bulle, sous un édredon et garder précieusement dans son cœur.

  

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