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Hop hop hop… on stoppe tout et on se précipite chez son libraire du coin pour acheter la suite de Momo de Jonathan Garnier. On se précipite car lorsqu’on découvre un tel univers, une telle histoire et un graphisme qui réussit à nous mener sur de beaux sentiers, nous émouvoir, on a plus qu’une seule envie, continuer à cheminer très loin avec Momo, à tenter d’autres aventures, d’autres malices et retrouver toute la tendresse de cette petite fille. Et cela faisait longtemps que je n’avais pas eu le cœur qui battait la chamade, les yeux qui se plissaient pour éviter la goutte débordante, le sourire qui gesticulait sur les lèvres par les propos et la bienveillance de ce roman.

 

Momo est une jeune demoiselle âgée de 5 ans et quelques mois rayons de soleil en plus. Dotée d’un caractère à ne pas se laisser marcher sur les pieds et d’une bouille à se faire croquer le bout du nez, on avait laissé la fillette dans de sales draps. Sa Mémé venant de partir pour un monde bien éloigné, Momo se retrouvait seule sans trop savoir ce qu’elle allait devenir, où était son père, ce qu'elle allait faire dans cette galère d’un bout du monde aux saveurs embruns-océan-campagne, des côtes rocheuses, des loustics gros caïds du coin qui lui cherchaient plus de poux que de coquillages d’amour.
Difficile de savoir si le cœur se tord de nostalgie mélancolie, tendresse, tristesse ou tout simplement parce qu’on a envie de prendre nous aussi Momo dans nos bras mais de ne pas savoir comment faire. Surtout lorsque les différents intermédiaires, notaire, voisins, assistante sociale se réunissent dans le salon de celle qui vient de décéder et qu’ils décident du sort de notre petite fille aux cheveux roux pétards.

« Qu’est ce qu’on va bien pouvoir faire d’elle ? Pas de famille dans le coin, son père est injoignable… »

Heureusement qu’il reste le poissonnier, celui à la barbe grise et à l’allure un peu rustre pour prendre l’enfant sous son aile de merlan. Et puis il y a toujours des amis qui se rappellent à vous, des amis sur qui on peut compter pour l'aider à retrouver un père perdu sur un navire quelque part en pleine mer. Des amis pas très crédibles, pas très fréquentables mais des sacrés amis quand même qui n’hésitent pas à se prendre des beignes, à rouler des mécaniques, à se révéler d’une bonté et générositéshors normes, être présents et enfourchés des bécanes qui rivalisent d’astuces et de routes à faire. Des amis tout simplement qui d’un tour d’une mobylette vous emmènent au bout du monde, de la campagne et prennent Momo sur la selle.

 

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Et quelle est belle cette bande dessinée ! Elle fait un bien fou et vous laisse le cœur tout flagada, chamboulé, gros comme un dolmen menhir pachyderme, des larmes qui perlent aux coins des yeux et vous fait sortir le mouchoir pour essuyer celles qui ont trouvé le chemin de vos joues. Quelle est belle, tendre, merveilleuse, rieuse aussi, beaucoup même.
Elle est cette madeleine nostalgique de nos années d’enfance, de nos souvenirs et de l’affrontement, des premières et dures réalités de la vie.
Quelle est douce de cette envie de rencontrer au coin d’un bois un ermite plus Robin des Bois que Thoreau dans sa forêt.
Dieu qu’elle fait un bien fou. Le genre de bien qui vous donne envie d’aimer le monde, d’aimer ces petits bouts de têtes blondes, rousses, brunes, têtes de mule qui d’un sourire vous désarme le cœur.  

Le graphisme est toujours aussi tendre, avec des rappels mangas à la Mayazaki, Ponyo aux larges yeux délurés et sauvages. Il y a une vraie candeur, une atmosphère digne aussi des plus grandes bagarres de l’ouest. Les couleurs sont à la fois saturées et très douces, comme le temps qui tourne à la pluie et laisse entrevoir des jours gris qui se rehaussent d’une lumière lorsque le soleil apparait, le bonheur revient, la vie renait. Il y a une unité avec le scénario qui lui nous emmène à se laisser prendre par la main et partir avec Momo pour de nouvelles aventures. 

Momo est vraiment un coup de cœur, un coup au cœur. Et une fois finie l’histoire on a qu’une seule envie, la retrouver. Retrouver sa petite gueule d’amour, serrer bien fort sa main dans la sienne, s’enivrer d’aventures burlesques et incroyables au détour d’un chemin, se laisser embrasser sur la joue et ressentir immédiatement la chaleur de ce baiser, construire des châteaux de sable et se laisser embarquer vers de nouveaux territoires grandes comme un lopin de terre se terminant sur la plage.  

Juste cette envie de retrouver son enfance, celle qui n’est jamais loin de nous et qui frappe au cœur, au ventre, dans tous nos replis souvenirs madeleines de Proust. C’est bon, tendre, doux, joyeux, douloureux des fois, mais d’une saveur si exquise qu’on en redemande encore et qu’on se met à danser la danse des patates et à rigoler lorsqu’un ermite nous fait le coup de jouer aux fantoches, voleur de bouquins jaunes qui obligent les gens à lever la tête et se voir. 

Momo a cette capacité à nous faire redevenir enfant, nous émouvoir diablement, nous tirer les larmes des yeux et d’un mouvement de tête, de gros yeux, un caractère bien trempé, nous prendre par la main et dévaler les plages et les collines, à se rouler dans les prés.

  

Momo, Tome 2
Jonathan Garnier – Rony Hotin
Casterman

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