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Encore une fois j’aurai pu passer à côté de ce roman si ce n’est que l’auteur me tendait un diable de miroir, une histoire qui me renvoyait dans mes cordes, dans mes retranchements, dans une psychologie de bazar. J’aurai pu l’éviter, tout faire pour ne pas le lire, pour ne pas me prendre en pleine figure cette histoire qui pourrait être la mienne, la notre, une histoire qui nous raconte, nous laisse un goût de réconciliation avec les nôtres, ceux de notre sang, ceux qui nous connaissent peut-être le mieux et qui pourtant ne sont pas épargné par nos fausses rancœurs.
Car oui « David Bowie n’est pas mort » de Sonia David a ce goût légèrement salé des madeleines sucrées et à la fois des choses qu’on s’interdit de faire ou de dire, des conflits et errances entre fratries, des éloignements propres à nos vies opposées, à nos caractères et nos histoires qui commencent sur un chemin semblable et se perd dans les labyrinthes parentaux et ceux de la vie. 

Alors bien sûr, on n’est pas obligé d’aimer sa mère, son père ou ses frères ou sœurs. On n’est pas obligé d’aimer à 100% cette famille, on n’est pas obligé non plus de se sentir reconnu ou aimé, on n’est pas obligé d’entendre ou de remarquer tous ces signes, ces souvenirs communs qui se bousculent lorsque la disparition des parents intervient.
Non, on n’est pas obligé.
Mais ça revient et ça vous flanque une claque, ça crépite dans le cœur, ça ouvre de nouveau les cicatrices qu’on avait tenté vainement de recoudre, encore fallait-il être une parfaite couturière pour y arriver. Cela arrive comme ça, sans vous prévenir, au fil des pages que vous lisez, que vous  découvrez. Comme l’armoire que l’on vide, comme les albums photos qu’on redécouvre. On ne s’y attend pas. On ne s’attend pas à se découvrir dans cette histoire, à se reconnaitre dans une ou les trois sœurs, dans les souvenirs d’un David Bowie partagé. Non on s’y attend pas et ça vous flanque oui une claque, ça vous flanque par terre. On ne s’attend pas à croire de nouveau que peut-être l’amour entre sœurs existe encore.  

Car que reste-t-il  lorsqu’une mère détestée et un père adoré partent, disparaissent, nous laissent l’un après l’autre orphelin de notre enfance ? Que reste-il quand les piliers, nos racines cessent de nous oxygéner, de constituer ce terreau, cette roche à laquelle on s’agrippe les jours de mauvais temps ? Que reste-t-il quand plus rien ne reste ? On se raccroche à nos souvenirs, on s’appuie les uns sur les autres, on fait référence à nos personnalités, sachant que l’une des sœurs aura le pouvoir de prendre en charge toutes les démarches, l’autre aura le besoin de prendre l’air et la troisième de se relever et continuer à entretenir ce qui ne s’entretient plus.
Que reste-t-il de l’enfance, des vêtements que l’on retrouve dans le fond des armoires, des mots qui soudain nous reviennent comme une évidence, des étreintes que l’on oublie vite ? Que reste-t-il de ce jour où la vie part et pourtant inlassablement nous rappelle combien elle a été vie. Une vie ensemble, une vie semblable, une vie qui un jour à changer de destin.

 

Sonia David a écrit un roman qui aurait pu ne pas me toucher. Construit en trois parties, les deux premières avaient ce parfum de déjà lu, déjà vu. La mort des parents, la perte, la difficile période qui s’ensuit, les difficultés entre sœurs, les tempéraments, les caractères, les vies si différentes. J’aurai pu ne pas être touchée.
Mais c’est dans cette troisième partie qu’elle m’a prise en traitre.
C’est dans cette troisième partie, que toutes mes cicatrices se sont de nouveau ouvertes, que j’ai posé le livre et ai eu envie d’appeler cette sœur pourtant si proche et qui me semble si loin, l’envie de rouvrir l’album photo de ma jeunesse et m’apercevoir que nous portions nous aussi les mêmes habits que ma mère nous cousait, ce sous pull jaune et cette salopette verte,  que nous marchions la main dans la main sur des chemins de terre, que nous étions assises les unes à côtés des autres, toutes les trois, dans la vieille 4L verte de mon grand père, que nous rions aux éclats, des fleurs dans les cheveux sur les sentiers montagneux. Que s’est-il passé pour que nos routes se perdent, partent vers des horizons diamétralement opposés ?

Oui Sonia David m’a eue. Elle m’a terrassée. Et pour cette dernière partie qui finalement est peut-être celle qui nous dit pourquoi David Bowie n’est pas mort, que je peux dire que ce roman est une vraie réussite.
Pour tout ce qui nous donne envie de faire, de retrouver, de se rappeler et de renouer.  Parce que la vie sans ceux qui nous sont intimement liés, ne peut-être une vie parfaite. Parce qu’on a toujours dans le cœur cette place qui ne demande qu’à être comblée. Parce que lorsque je finis un billet avec dans les yeux des larmes qui scintillent, c’est que ce livre m’a profondément touché. Et je me dis que l’auteur a diablement et horriblement raison « … les enfants uniques sont terriblement à plaindre. »

 « ça va aller toi ? » «  Tu es assise ? »

 

 

Sonia David sera à la 25ème heure du Mans le 7 et 8 octobre 2017 et participera à la rencontre et à l’atelier d’écriture organisés par les 68 premières fois.

 

David Bowie n’est pas mort
Sonia David
Robert Laffont