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« Auparavant, un arbre géant reliait les hommes au très grand. Ils vivaient heureux et ne manquaient de rien. Ils obéissaient aux lois divines. Dieu leur donnait nourriture, viande et eau en abondance. Personne ne travaillait. Il n’y avait pas de guerre. Mais avec le temps, les hommes devinrent jaloux, envieux… Ils eurent besoin de toujours plus de femmes et les querelles commencèrent à naitre au sein du village. Les hommes en oublièrent les codes les plus originels. Voyant le comportement hautains des villageois à son égard, Dieu décida alors de couper le tronc de cet arbre géant, ne laissant qu’un seul homme posé sur sa souche afin de garder le lien sacré et raconter sa vérité. »

 

Difficile de ne pas penser au pays Dogon et ses habitants, à ses cases qui se multiplient aux pieds des falaises et montagnes ocres, à proximité des plans d’eau d’un Mali qui s’assèche, d’un Mali et de son âme Sorcière, d’une âme au Mali.  

Au pied de la Montagne sacrée, dans la nuit illuminée par la pleine lune, des cris et des sons venant d’instruments de percussion résonnent, comme se répète la scène de de la vie, des ombres, de la mort. Les griots chantent, les femmes dansent. Sur leurs dos, les petits dorment encore, bercés par les tam-tams. Dans la nuit qui tombe, on commémore le départ vers d’un nouveau monde du Grand Père. Seul dans un coin, assis sur son rocher, le très jeune Akou pleure et ne saisit pas pourquoi sa mère ne comprend pas son désarroi. 

« Akou… la vie, c’est la mort. Et inversement. Sèche tes larmes et tâche de lui faire honneur si tu veux qu’elle t’accompagne dans tes choix… » 

 

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Et la vie reprend ses droits, accompagnant Akou dans son chemin, périple et besoins. Dans sa vie de garçon, d’adolescent et de futur d’homme. Au fil des histoires qui cheminent au long de ce récit initiatique, on suit le parcours d’Akou, petit héros espiègle, débordant de tendresse et de malice, au cœur généreux et grand.
Avec lui on se confronte aux expériences, à la perte du vieillard, de l’initiation, des amis et des ennemis. On porte les jarres remplies d’eau, les mains chargées de poissons péchés. On écoute les bruits du village, les rires des femmes à la rivière, les paroles des sages. On respire le cours d’eau qui s’assèche, se tarit. On rencontre le vieillard au pied de l’arbre et on écoute les palabres des femmes, des hommes qui se chamaillent, se querellent et attendent le jugement du chef du village, père d’Akou. On garde le troupeau de buffles en lançant des pierres sur leurs flancs en compagnie des copains. On court, on esquive, on se confronte aux sorciers et à ces guerriers lutteurs. On chemine sur les sentiers sableux et poussiéreux, on apprend les joutes, les labours de la vie, les vérités à dire à taire, l’amour... On apprend, on comprend que :

 « … qu’ici, malgré les apparences ce n’est que de l’amour… »

 Et on grandit. Deviens. 

« Ma famille, c’est comme ma maison où les enfants sont les briques de terre qui délimitent la grandeur du foyer. Je ne suis que le toit de paille qui les protégera de toutes les intempéries… le pilier central étant ma soleil ! » 

 

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C’est un voyage au cœur de l’Afrique, au cœur du pays Dogon, de ces endroits verdoyants où le cours d’eau coule au pied du village et permet aux villageois de se retrouver et de donner vie. C’est un pépiple, une aventure humaine, une aventure de vie, de ces petits moments comme grandes vérités, de ces deuils et de ces joies, de ces naissances qui déviennent le cours et donnent vie.
On entre dans le conte, dans la fable africaine, celle qui se transmet de génération en génération, de palabre en palabre, au pied du vieil arbre, seul maitre de ce village. On écoute l’histoire des sorciers, des griots, des vieux sages et on en ressort grandi. Grandi au son des tam-tams et des percussions, au feu qui crépite le soir sous la nuit illuminée par les étoiles et la pleine lune. On se parfume aux odeurs épicées, envoutante, enivrante. On entend les silences immenses et bienfaiteurs de ce pays sableux, poussiéreux, vrai. La force nous viens de la terre, de ces craquelures et varices ornant sa surface, du manque d’eau. On se prend à escalader cette falaise pour mieux admirer, comprendre la grandeur de ce petit village, à faire de la pluie un moment de recueillement à des fins utiles et nécessaires, verdoyants.  

« Au pied de la falaise » est un album de poésie, une ode à l’enfance, à la vie qui coule, aux racines qui ne poussent plus mais donnent notre nourriture, aux vieux sages, aux jeunes garnements, aux jolies filles qui sont maitresses universelles de la vie. Empli de ces sons africains, des koras et tam-tams des griots, de ce qui est innommable mais tellement fort, des danses, des corps qui épousent la vie, ByMöko a coproduit avec Abdou Diouri, Semmoy Demmou (photographes), Tismé (beatmaker), Afroriginal Me, Connie, Daz-Ini (slameurs, chanteurs, artistes pluridiscianaires), Miel (danseur), un album à l’univers visuel et sonore très fort. Un petit chef d’œuvre dans les couleurs sépias (ce gris, marron, ocre qui ressemblent tant aux paysages poussiéreux et solaires de ce pays),  le dessin précis,  le scénario, les paroles émises, la rythmique. Un vrai joyau à lire et relire, à entendre, voir et comprendre. Un vrai coup de cœur oui. Un vrai. Comme j’ai pu l’avoir pour ces pays d’Afrique, ce continent vivant, chantant, rageant de vivre, sage bien plus que nos continents « civilisés ». Sans morale mais avec une lumière, une chaleur, les valeurs du respect, de l’échange, de l’écoute, ByMöko a réussi son tour de magie, son tour de griot chantant. 

A découvrir l’album sonore sublime, la chronique de celle qui m’a donnée envie de posséder cette bande dessinée odyssée.

 

Le rendez vous BD de la semaine est à retrouver chez Noukette.

  

Au pied de la falaise
ByMöko
Noctambule - Soleil