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« Nour aime les anniversaires. Les anniversaires, c’est rare. Nour aime les instants rares et pour les garder plus longtemps, elle les note dans un carnet. » 

Nour déménage. Mais elle ne sait pas où aller et devenir quoi ? Elle était bien jolie sa maison où se réunissaient Nour et ses amis mais elle doit trouver un autre endroit pour vivre. Alors avant de partir, Nour organise son dernier repas d’anniversaire où elle convie ses amis.
Autour de la table, illuminée de bougies, chacun raconte sa nuit et ses rêves, ses envies. Il y a Roman qui a fait un cauchemar, Eliott qui a rêvé qu’il était un éléphant blanc, nageant dans une rivière de limonade, Mitsu, reine d’un pays lointain, Oko, perdu dans une tasse de thé, Nestor qui ne se rappelle de rien, Nour qui a rêvé « qu’elle volait mais [… n’osait] pas raconter ». Et puis la fête se termine et tout le monde reprend le chemin de son chez soi après avoir donné un cadeau surprise à Nour. Tous y ont pensé sauf Oko, son plus fidèle ami. Celui avec qui Oko rêvait qu’elle volait.
C’est qu’il n’est pas facile de trouver un nouvel endroit où vivre. Nour doit chercher, oser, s’aventurer sur de nouveaux territoires, elle qui est un peu peureuse. Elle aimerait bien que son ami Oko soit à ses côtés pour tenter l’aventure. Mais Oko semble occuper à autres choses. Alors Nour « se sent comme une boite vide. Elle a juste envie d’être seule, dans un petit coin où personne ne viendra la chercher. » Elle apprend la patience, celle de l’amitié absente, celle de la pièce qui viendra compléter son puzzle, sa vie. Elle cherche et entreprend de grandir, de « traverser le ruisseau aux deux cailloux, le champ de blé et le pont cassé, passer entre le lapin et l’entonnoir, aux trois genêts, suivre les flèches… » et de tomber dans un trou profond où l’amitié se révèle sous les traits d’une toute petite taupe douce et bégaillante qui ne recherche qu’une seule chose, savoir qu’elle aussi existe.

« C’est bon de poser la dernière pièce d’un puzzle. »  […] Car toutes les histoires sont rares et s’écrivent petit à petit. »

 

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Il y a dans l’univers de Mélanie Rutten, ce petit « je ne sais quoi » qui me fait tourner les pages et réciter l’histoire tout doucement, sans bruit pour ne pas casser le charme envoutant. La finesse, la poésie, le trait, la richesse des mots, des couleurs, l’onctuosité, la délicatesse sont autant de trésors que l’on découvre au fil des pages et des récits qui retracent la vie de ces personnages. Chaque mot posé, écrit se révèle et devient joyau. Chaque élément dessiné est beauté. C’est juste beau, tendre, poétique et parsemé de sagesse, d’un univers d’instants offerts comme des cadeaux.
Chaque personnage évoqué ont tous une petite fêlure, une contrariété ou une légère cicatrice qui leur donne leur caractère, leurs doutes, craintes, peurs. Ils ont tous un cœur qui bat sous leur peau d’une sensibilité douce et immense, comme les cétoines qui s’ébrouent dans le vent et donnent la couleur du temps ou d’une journée. Tous se posent des questions et avancent à leur rythme, leur envie sur un coup de dé ou le nez au gré des saisons et des jours. Et ils sont beaux ces personnages. Ils nous ressemblent lorsqu’ils ressentent l’ennuie, la détresse, la solitude, le besoin de se recroqueviller loin d’un monde qui bouge trop vite, l’élan et l’envie d’aventures ou de trouver, rencontrer d’autres amis. Ils nous ressemblent dans leur clairvoyance, leur obstination à rendre ce monde plus beau, sincère, à parcourir de nouveaux horizons, à trouver la pièce qui manque au puzzle. Ils sont beaux, doux, tendres et généreux. Essentiels. 

Mélanie Rutten a la grâce de nous emmener tout doucement dans son monde, d’ouvrir les horizons et de nous dévoiler des histoires où les émotions, la délicatesse, la poésie font leur chemin en nous, où chaque trait agit comme un baume, une caresse, une chaleur qui se propagent et se répandent. Chaque page nous amène à défaire des nœuds, se réchauffer au contact d’amis, à découvrir ce qui serre le cœur, à entendre ses émotions, les écouter, leur parler, à tenter de s’offrir des répits, entrevoir de nouveaux territoires et oser, grandir.
Il est difficile de parler de son trait, de ses encres tant ils évoquent un univers onirique où on entre sur la pointe des pieds et où la vie, la nature renaissent. C’est un peu une magicienne de l’enfance, une fée qui se serrait emparée de crayons fins, pastels et nous aurait offert d’un coup de couleurs magiques, la délicatesse, la poésie, la gravité et la tendresse de l’instant. D’une très grande attention, elle dépose dans le coin d’une page, un personnage ou un objet et attire notre regard, nous tend un miroir, comme si lire son histoire nous amenait à avoir moins peur, à poursuivre notre chemin, faire preuve de curiosité et de bienveillance. C’est à la fois mélancolique et porteur de rêves, d’espoir, de gaieté et surtout de chaleur. 

Et quoi de plus onctueux, de plus réparateur que la chaleur lorsque le soir arrive, le vent souffle, le froid dépose sur les vitres une couche blanche et la flamme de la bougie dépose sur les murs, une ombre bienfaitrice. Quoi de plus tendre, délicat, fin et émouvant que de lire Mélanie Rutten et tout doucement voir les yeux se fermer pour rejoindre le pays des rêves et des petits mystères. Quoi de plus subtile que de découvrir derrière chaque personnage, chaque coup de dé, un destin qui se révèle, un nouveau pays qui se dévoile, une petite touche de poésie qui se propage. 

Mélanie Rutten où l’art délicat de revenir en enfance, de s’assoir bien au fond du canapé, siroter un chocolat chaud un soir d’hiver ou un jour d’automne pluvieux et de sourire indéfiniment devant la grâce et la beauté de chaque mot et couleur déposés. A lire et découvrir inlassablement, tendrement.

 

Nour, le moment venu
Mélanie Rutten
Editions MeMo

 

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