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Aujourd’hui est un jour spécial, très spécial. Le genre de jour que l’on n’oublie pas, qui a lieu qu’une seule fois dans l’année et que l’on attend impatiemment. Enfin moins que le roi, que dis-je Sa Majesté Le Roi ! Vive Le Roi ! 

« Majestéééé… Le jour est levé… Il faut vous réveiller … » 

Au pied du lit de Sa Majesté suprême, tel un sbire valet de chambre 1er ministre au nez Cyrano Pinocchio, notre bon courtisan dévoile le jour spécial en tirant le rideau. Sur son ventre s’inscrit en ombre portée ce « Jour spécial », ce jour que sa Majesté, encore endormi,  au ventre bedonnant et aux cheveux hirsutes, semble attendre avec une folle impatience. Car aujourd’hui, c’est LE jour spécial, le jour où « ENFIN C’EST MON ANNIVERSAIRE !!! ». Et tel un marsupilami bondissant, notre roi embarque sa couronne et sort de son lit, tonitruant, vêtu d’une simple tunique blanche mousseline. Dans la chambre royale, le 1er courtisan et le valet semble étourdi par sa vitesse et son allégresse. C’est son anniversaire !! Rien ne peut le retenir de le fêter à sa guise !  

« Voyaux Anniversaire mavesté »
« Joyeux anniversaire majesté » 
« Ne bougez plus » 

Coiffeur, parfumeur, habilleur se précipitent à ses pieds. Et la liste des cadeaux reçus se dévoile. Rien est trop beau pour notre Majesté de pacotille, un arlequin fantoche, un roi fou, un roi égoïste.  

« - Une pince à sucre en or massif, un gorille savant qui tricote, deux beaux dés en dent de baudet, un long manteau en cupules de gland cousues ensemble avec du fil doré et rehaussé de plumes de fesse d’autruche…
- Oui, bon, merci ! » 

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Car le roi s’en fout ! Sa Majesté Suprême s’en moque ! Cavalant sur son cheval de bois « Sultan » porté à bout de bras par sa garde, le Roi ne veut qu’une chose : la plus belle création, l’objectif de cette journée royale, son GATEAU ! Un gâteau rien que pour lui, un gâteau immense, une tour vertigineuse, une orgie de sucre et de crème ! « GA-TEAU ! GA-TEAU ! ». La création unique et spectaculaire réalisée par la brigade des pâtissiers royaux, le « Vertige crémeux aux fruits exotiques » surmonté de sa précieuse cerise. La fameuse cerise sur le gâteau. Ainsi tout la garde royale et son bon peuple se plient devant ses exigences, tel un enfant gâté, l’enfant-roi, le ROI !! 

Mais au pied de son château bâtit à l’abri des villageois et autres gueux, deux enfants se réveillent et enfilent leur masque de renard. Le ventre creux, bondissant de toits de pisés en toits de chaumes, Ils ont rendez-vous avec celui que « On le cherche et on ne le trouve pas. C’est arrivé plein de fois. On le sent il est là, mais il nous échappe. SI on le voit pas, c’est qu’on ne fait pas suffisamment attention… » et « Aujourd’hui, on n’a pas le droit de se tromper. C’est un jour spécial. On doit le trouver, le comprendre, sentir sa force. »

Au loin le linge séchant entre deux fenêtres, dévalant les escaliers et les rues où rien ne pousse à par la poussière et quelques feuilles, le cheval de vent arrive au galop, fougueux et intrépide, bondissant d’escaliers en tour de garde, s’emparant avec l’aide des deux enfants montés sur son dos, du suprême GA-TEAU, le vertige crémeux aux fruits…  

« Aux armes, on me pique mon vertige crémeux !
Aux fruits exotiques !
Police !!
Faites tirer les canons ! Hissez les voiles !!
CHARGEZ !! »

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Et c’est reparti pour un festival de délires, de rires et de « faut pas pousser mémé dans les orties », Lupano est de retour encore une fois, accompagné ce coup ci du chevalier Gradimir Smudja, le Grand Gradimir Smudja lui-même, le pourchasseur de rois fantoches, de régimes totalitaires, le portraitiste de Van Gogh, le caricaturiste au sens inné des couleurs. 
Les deux réunis ne pouvaient que faire de ce « Cheval de bois Cheval de vent », une cavalcade de petits détails et quiproquos face à l’égoïsme et la démesure insensée d’un roi de pacotille. 

La bande dessinée se lit, devient farce, conte, chevauche les mille et une fresques flamboyantes d’idées et de complicité. Il y a la tendresse insensée d’un Lupano qui s’en donne à cœur joie, sa délicatesse, sa joyeuseté et son goût immodéré contre toutes formes de  régimes, de totalitarismes. Lupano et son irrévérence. Lupano comme je l’aime. Juste à point pour raconter son histoire et tirer à boulets de canon et de cheval de bois sur un roi bouffon, rempli d’un nombriliste outrancier. 
Quand à Smudja, son graphisme rayonne. Les couleurs transportent cette fable qu’un Molière- Voltaire aurait adorée. Il transgresse et rend le roi d’un ridicule à souhait, soulève les inégalités. Les heaumes rutilent, les cuirasses s’en donnent à cœur joie, les valets se courbent à en nettoyer le sol et le cheval de vent galope dans le vent aidé d’une population qui lave son linge sale dans les rues et escaliers. On perd son regard dans les détails, on admire le dédale de ce village qui se déploie à l’infini, on ressent la fougue du cheval galopant dans le vent, les deux enfants sur son dos. C’est amusant par les scènes et à la fois transgressif à souhait.  

Bref encore une très belle réussite pour les enfants turbulents et gâtés que nous sommes. Un vrai vent de liberté face aux inégalités. Et en cadeau à la fin de cet ouvrage chevaleresque… un dédale de jeux de l’oie pas comme les autres. Il n’y avait que Lupano et Smudja pour l’inventer !!! A vos dés, prêts ? Jouez !
 

La BD de la semaine se retourve ce mercredi chez la grande Moka. Il y aura encore de belles pépites à trouver et comme c'est bientôt Noel, nous aurions tord de ne pas aller y mettre notre nez. 

 

Cheval de bois Cheval de vent
Wilfrid Lupano – Gradimir Smudja
Editions Delcourt

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