Et c’est parti pour un 4ème trimestre sous le signe e l’automne et des feuilles qui se ramassent à la pelle. De très belles découvertes notamment un coup de cœur pour un roman italien « Ouvre les yeux », une Isabelle Flaten en grande forme, des bandes dessinées qui m’ont prises en flagrant délit de fan de Lupano et des 68 premières fois toujours aussi surprenant. 

 

 

Dimanche en poésie, dimanche en photo

  

Sans Abuelo , la petite (Cécile Guivarch) : Cecile Guivarch nous parle d’exil, de langue, des difficultés liées à la double nationalité, à savoir où se placer, reconnaitre ses racines, les accepter. Elle fait revivre les absents, leur donne chair et âme. Tendresse et douceur, sans cri ni révolte. Elle témoigne avec ses mots, accepte sa différence, accepte cette mémoire intérieure qui ne peut se partager avec un collectif national, accepte ses frontières, les accents, les pertes, les vibrations et sensations, l’espoir encore et toujours.

L’albatros (Charles Baudelaire et Mathilde Magnan) : Sans bruit, Mathilde Magnan a accompagné les mots du poète. Et elle a déployé l’oiseau aux grandes ailes, lui a donné corps et vie, la rendu fragile et gracile.

Trouver refuge (JB Pedini) : « Ici on se sent bien. Quand on perd la distance entre une aurore aphone et le bruissement des blés. Quand la vapeur monte. Quand on ne distingue rien au-delà de la voie ferrée. Quand ça crisse. Quand l’arbre plie. Quand une ombre va de main en main sans obscurcir les branches. Quand personne n’y prend garde. Quand la fragilité du ciel est un regard qui nous tient. »

La géographie absente (Jeanne Benameur) : Les armoires vidées en silence, les valises remplies à la hâte, les lourdes malles portées à bras le corps, le chien délaissé sur le quai, perdu, la côte qui s’éloigne… et les mots qui se disent, se chuchotent, reprennent leurs droits, leurs places, leurs origines. Vibrant de résonnance, d’une alchimie qu’est l’exil, la vie.

L’homme qui penche (Thierry Metz) : Il y a des livres qu’il faut lire, et relire, savoir entendre chaque mot posé, chaque mot déposé. Doucement. Prendre son temps, ne rien précipiter. Surtout ne pas précipiter. Entendre le mouvement du geste, voir la parole se préciser comme se construit un mur, une porte, un toit. Bâtir et solidifier son sol, entrevoir son ciel. 

 

Ma bib à jeunes

  

Rendez-vous n’importe où (Thomas Scotto, Ingrid Monchy) : beaucoup, des regards qui parlent longtemps. Un petit livre, un indispensable, celui que l’on meurt d’offrir à son amoureux, son amoureuse, un ou une amie pour lui rappeler ces moments cadeaux. Un livre qu’on a envie de partager avec tous les amoureux, tous ceux qui croient en l’amour, en ces moments lumineux, doux, poétiques. Ces instants universels que l’on meurt d'envie de retrouver au détour d’une lettre, d’un mot.

Les petites émotions (Martine Delerm) : Chut… en douceur et tendresse, laisser parler les petites émotions et lire Martine Delerm. Un vrai coup de cœur dont on a juste qu’une seule envie… s’imprégner de la poésie et la magie de l’auteure, la laisser couler en nous et entendre, comprendre nos émotions, les émotions de l’enfance, de nos enfants.

La tribu qui pue (Elise Gravel et Magali Le Huche) : Elise Gravel a produit avec Magali Le Huche un petit joyau de rigolade, de tendresse, et surtout de poilade. Et juste pour cela c’est un pur régal de lire et contempler les dessins qui accompagnent l’histoire.  On retrouve le trait burlesque de Magali Le Huche, cette façon de dessiner les corps et les visages, de croquer les mimiques des adultes et d’en tirer le meilleur d’entre eux sans tomber dans la caricature. C’est tordant, désopilant à souhait et on a qu’une seule envie, replonger dans l’histoire, les mots et l’imagination débordante d’Elise Gravel et de la Tribu-qui pue.

Nour, le moment venu (Mélanie Rutten) : Mélanie Rutten où l’art délicat de revenir en enfance, de s’assoir bien au fond du canapé, siroter un chocolat chaud un soir d’hiver ou un jour d’automne pluvieux et de sourire indéfiniment devant la grâce et la beauté de chaque mot et couleur déposés. A lire et découvrir inlassablement, tendrement.

Le loup en slip se les gèle méchamment (Lupano, Itoïz, Cauuet) : 100% humour garanti, 100% vieux tontons flingueurs pas rapiécés du ciboulot, 100% théâtre du loup. 100% jeunesse qui n’a pas pris une ride. 100% décalé !

Petit jardin de poésie (R.L. Stevenson et Ilya Green) : Tout en poésie et douceur Ilya Green revisite les poésies de Robert Louis Stevenson et nous entraine dans son imaginaire  et poétique graphisme. Les enfants jouent, rêvent, imaginent, transgressent, sont libres. 

 

Ma bib à Lire

 

Les Jouisseurs (Sigolène Vinson) : Il n’y a pas de plus belle chose que la pudeur des mots qui conduit aux ellipses et aux blancs qui se devinent entre les lignes. Il n’y a rien de plus beau que de lire et relire Sigolène Vinson et de comprendre que Les Jouisseurs sont ce quelque chose qui nous relit à la vie, à nos envies, nos silences, nos désirs, aux yeux mouillés et aux sourires. 

Ouvre les yeux (Matteo Righetto) : Un roman qui donne envie de s’envoler vers l’Italie, de renouer avec nos amours passés, de se donner rendez-vous, de se souvenir et progresser délicatement, tendrement, lumineusement vers sa vie. C’est beau comme un roman qu’on lit et relit, qu’on glisse doucement sur l’étagère de ceux qu’on ne peut oublier, de ceux qui deviennent des essentiels, comme des cadeaux qu’on se fait dans une vie pour ne jamais oublier que l’amour est vital pour grandir. Eblouissant et lumineux.

Un bruit de balançoire (Christian Bobin) : Il ne faut pas lire Bobin pour trouver, rechercher la construction ou la littérature. Il faut lire Bobin pour la colère qui est en nous et nous assaille, la foudre qui nous tombe dessus sans qu’on sache y trouver les mots, la blessure qui ne se ferme pas ou se ré-ouvre le temps d’un instant. Il faut lire Christian Bobin pour sentir les mots se répandre comme un baume, pour faire vie tout ce qui ne se dit pas mais se ressent. Il faut lire Bobin pour laisser de côté l’adulte qui nous oblige à ne plus rêver et retrouver la trace de l’enfant que l’on était.

Lettre ouverte à un vieux crétin incapable d’écraser une limace (Isabelle Flaten) : Et tu as ri. Tu as ri à gorge déployée. Tu as ri et tu t’es esclaffée : « Bien joué Isabelle. Bien joué. J’ai adoré ! »

Barbara, roman (Julie Bonnie) : C’est cette petite cantate que l’on entend, cette « petite cantate du bout des doigts, entrainante et maladroite » qui vient nous émouvoir, nous fragiliser et à la fois nous rendre forte, nous « passionner ». On ressent l’attachement nous effleurer la poitrine, le sein, le cœur comme effleurer le piano-papier la fillette devenant chanteuse. Il y a ce papier magique qui nous tient, nous retient, nous fait devenir, comme des accords sur une partition, comme une voix devenant, résonnant, chantant. Il y a l’âme de la grande dame et le cœur de l’auteure. Il y a les deux qui se tiennent ensemble, main dans la main, cœur contre cœur. Il y a les mots secs, la nervosité qui ne cachait que la partie tendre et faite d’amour de Barbara. Et il y a les mots de Julie Bonnie qui lui donnent son âme, sa tendresse.

Un vertige (Hélène Gestern) : Hélène Gestern analyse, décortique, sans pathos ou superlatif cet anamour, cette désaffection du sentiment amoureux, cet état qui nous mène vers la séparation. Des cris poussés, de la violence de l’instant, elle nous ramène à la compréhension et nous tend un miroir, une photographie où l’on en ressort apaisé, aimé. Sa force des écrits, la sublime littérature qu’elle s’emploie à écrire, la précision et la fluidité qui en découle vient juste terminer de manière délicate ce merveilleux récit à deux voies, à deux vies, à deux amours qui se terminent. 

Ô vous sœurs humaines (Mélanie Chappuis) : « Ô vous, sœurs humaines » est ce recueil de fragments, portraits, nouvelles que l’on a envie d’offrir à toutes ces femmes qui nous touchent, que l’on aime, admire, celles qui naissent ou qui partent, nos mères, nos grands-mères, nos amies, nos copines, nos épaules droite et/ou gauche. Il y a tant de cadeaux, de mots portraits, miroirs, mains, couvertures. Il y a tant de nous, de toi, de moi, de nos attentions et amitiés…. On se reconnait tant dans ces six moments d’intimités partagés, les rivalités, les solidarités, les dualités, les complicités, les fidélités et les vanités.  

 

Ma bib à bulles

 

L’oiseau de Colette (Isabelle Arsenault) : Un éloge à l’enfance et à ses capacités de savoir faire fi de tous ces petits riens, d’union et de mille petits trucs qui font que l’on savoure encore plus cet « Oiseau de Colette »… Même mieux : on en redemande.

L’écorce des choses (Cécile Bidault) : Simple, épurée, sans chercher à en faire de trop ou pas assez, il ya une grande douceur à ouvrir ce livre, ce récit graphique. Il y a une grande poésie à découvrir ce fil, cette histoire sans bruit, sans bulles ou quasi. Il y a un tour de force à nous prendre par la main et nous laisser dériver dans des sentiments partagés. Et Cécile Bidault nous donne ce sentiment, ce ressenti que l’intelligence n’est pas d’entendre un son, un bruit, de formuler un langage cohérent mais de le ressentir, sentir, que l’esprit entend lorsqu’il ressent. 

Quand le cirque est venu (Lupano et Fert) : parce qu’il est bon de ne pas prendre les enfants que pour des enfants (surtout ceux de cœur), qu’il faut aussi leur inculquer la notion de liberté d’expression et de citoyenneté, « Quand le cirque est venu »  est tout simplement la cerise sur le pudding, the cherry on the cake, la tarte à la crème bien fouettée… Bref si vous devez lier une bande dessinée, livre illustré jeunesse…  Ruez-vous sur Lupano et Fert.

Journal d’un enfant lune (Chamblain et Nalin) : Parler de cette maladie et de des enfants de lune sans tomber dans la pathos ou la lourdeur plombante d’une histoire n’est pas si facile surtout lorsqu’il est abordé sous le prisme de l’adolescence, une adolescence difficile qui peut basculer facilement.

Le rêveur (Muriel Bloch et Christophe Merlin) : Il y a des rêves qui deviennent prémonitoires nous faisant traverser des histoires que l’on croit impossible à traverser et qui pourtant deviennent de vastes territoires explorés. Il y a des rêves qui deviennent réalité. Ou peut-être est-ce la réalité qui devient un rêve ? Nul ne le sait.

Au pied de la falaise (ByMöko) : C’est un voyage au cœur de l’Afrique, au cœur du pays Dogon, de ces endroits verdoyants où le cours d’eau coule au pied du village et permet aux villageois de se retrouver et de donner vie. C’est un périple, une aventure humaine, une aventure de vie, de ces petits moments comme grandes vérités, de ces deuils et de ces joies, de ces naissances qui deviennent le cours et donnent vie.

Les vieux fourneaux, la magicienne (Lupano et Cauuet) : Décidément rien à dire j’adore Lupano et j’adore nos 3 vieux déglingués mais pas du ciboulot, nos trois vieux fourneaux qui à coup de répliques bien placées me font hurler de rire, réconcilier avec la vie, me donne envie de prendre ma carte au parti de ni yeux ni Maitres. Quel trésor, quel bouquet de saveurs, de volupté, de tendresse, de griserie que ces trois vieux loustics. Rien n’est laissé en suspens, tout est à décortiquer, à lire, à intégrer.

La saga de Grimr (Jérémy Moreau) : Jérémie Moreau nous entraine de nouveau dans une vraie aventure hors du commun, dans la somptuosité et l’immensité glaciale et terrifiante d’une île qui se mérite, ne donne rien, n’offre rien, n’est que dureté et apprêté.

Telle une légende, il nous raconte l’histoire d’un enfant différent, hors des espérances et la générosité de la vie. Un corps rond, une force herculéenne, un esprit soumis aux pires conditions, à l’esclavage, à la volonté de son seul courage à devenir un héros légendaire. Un enfant qui va connaitre une vie qui le mènera dans les pires conditions et existences, dans les replis d’unehumanité qui n’a que le nom, dans la sauvagerie de l’homme et d’une ile qui ne laisse rien passer.

Et si l’amour, c‘était aimer (Fabcaro) : mixez les vieux Harlequin de grand-maman (ceux de votre adolescence boutonneuse), Nous Deux et autres magazines de rêves, assaisonnés d’un bon vieux Dallas à la sauce Feux de l’Amour, un bout d’un Jean-Pierre François-Compagnie Créole cultissime, une histoire à l’eau de rose, et vous obtenez le dernier de Fabcaro, rires à gogo et éclatement des côtes en prime. Un OBDNI désopilant, irrésistiblement kitchissime.

Cheval de bois, cheval de vent (Lupano et Mudja) : La bande dessinée se lit, devient farce, conte, chevauche les mille et une fresques flamboyantes d’idées et de complicité. Il y a la tendresse insensée d’un Lupano qui s’en donne à cœur joie, sa délicatesse, sa joyeuseté et son goût immodéré contre toutes formes de  régimes, de totalitarismes. Lupano et son irrévérence. Lupano comme je l’aime. Juste à point pour raconter son histoire et tirer à boulets de canon et de cheval de bois sur un roi bouffon, rempli d’un nombriliste outrancier. 

Le petit rêve de Georges Frog (Phicil et Drac) : A vos bulles, à vos vieux disques… Georges Frogg et une sacrée bande dessinée qui en dit bien plus sur l’histoire du jazz et des States que tous les vieux ouvrages. Il sent le whisky, cet air qui swingue, la misère et les rêves of blues d’une variation improvisée.

 

68 premières fois

 

Le courage qu’il faut aux rivières (Emmanuelle Favier) : Une écriture qui happe, une sensualité à fleurs de peaux comme l’épiderme devient tendre et sensuel sous la main caressante. Un roman à tiroirs que l’on ouvre et d’où on enlève les tissus un par uns de peur de les froisser, les dénoter par un bruit ou un geste trop bruyant, rapide. Un livre comme ces poupées russes où chaque personnage semble empiler les uns dans les autres, où tout se tient sur la corde raide de la vie, où chaque pas dans la neige crisse, terrifie car ne pouvant sortir des ornières, des traces originelles.

Une fille, au bois dormant (Anne Sophie Monglon) : Anne-Sophie Monglon réapproprie une reconnaissance, redonne visibilité à tous ces invisibles, ceux que l’on laisse sur le bas côté. Elle offre une nouvelle naissance, une réappropriation d’un monde, un toit, un cocon qui laisse le droit d’exister, d’être et ne plus paraitre. 

L’absence (Emmanuelle Grangé) : Comme un secret qui se révèle, une photo qui se dévoile peu à peu, un brouillard qui finit par se lever mais garde son mystère, l’auteure nous amène au bord du précipice, d’une mer où le mot devient douceur et nudité. Que faire, qu’être, comment vivre quand l’absent est toujours aussi présent.

La fille du van (Ludovic Ninet) : Fort comme un tsunami qui emporte tout et laisse entrevoir une reconstruction après avoir dévasté les corps et les âmes. Une vague, une brèche et un possible. Comme une bataille, une guerre avec soi. Peut-être. Sans jamais lacher prise, sans jamais les lâcher, les laisser se perdre, il nous bouscule dans un présent dévastateur où pourtant un avenir flamboyant, roux, fragile semble se dessiner, se profiler. Tendre, sensuel, terrible, désespéré, fort, lumineux. Comme peut l’être la vie.

Mademoiselle à la folie (Pascale Lécosse) : Je pourrais vous écrire des passages, des mots puisés comme on recueille la mémoire fuyante, les oublis qui sont les éclats, les diamants de la vie. Je pourrais vous lire sa poésie, la légèreté de ces instants et la dureté, la fatigue de ceux qui résistent. Je pourrais vous décrire les sourires, innombrables parce que la vie est cela, des sourires, ceux que l’on n’oublie pas, ceux qui sont nos couvertures de survie, nos souvenirs tricotés, brodés, cousus au fil doré.

Et soudain la liberté (Evelyne Pisier et Caroline Laurent) : Il y a des livres qui sont des mères, des pères, des amis et puis il y a le votre qui est plus que cela. Il est « Et soudain, la liberté ».

Sauver les meubles (Céline Zufferey) : Il faut vraiment lire Sauver les meubles et se poser la question de comment les sauver, sauvegarder, comment ne pas rentrer dans ces stéréotypes d’une solitude conceptualisée (comme aurait dit Alain Souchon, cette ultra moderne solitude), contemporaine, casser ces clichés, regarder, toucher  et oser les rencontres autrement que derrière un écran, se parler, arrêter de se dissimuler derrière des mots quand la vie ne fait qu’être là, autour et en nous, quand un monde ne tourne pas que rond et autour de réseaux sociaux, de catalogues aux lumières et familles artificielles, de vies formatées.

 

 

Rétrospective 2017
4ème trimestre
Le blog du petit carré jaune

IMG_0245pm