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Tout a commencé avec une histoire d’amour, d’un amour impossible à vivre, à dire, à concevoir. Un amour de jeunesse auquel on se raccroche comme on se raccroche à une bouée pour ne pas sombrer, affronter la vie, la mort qui pointe son nez alors que l’on n’est pas préparé, ou du moins  pas complètement. Un amour nos quatorze, quinze ou seize ans qui s’égrène au fil du temps, sur lequel on s’appuie, on espère toujours autant. Un amour comme un ami à qui l’on tient. Un amour comme un été, un automne, un hiver, un printemps qui renait et une vie qui s’en va.

L’été de notre adolescence et ses êtres qui deviennent important, capitaux, qui nous aident à grandir, nous devenir, concevoir que nos rêves peuvent maintenant devenir d’autres rêves, prendre d’autres chemins, sentiers ou océans, entrevoir les écluses, les tours de pédales dans le vide, les bateaux en cale ou en mer, et cela malgré la perte, les disparus, les lendemains que l’on croyait chantant.
L’été de nos jeunes années où tout est encore possible où l’on comprend que la vie est un fil qu’il faut apprendre à lâcher, croiser, tisser, barrer pour devenir. L’été de nos jeunes années et l’amour comme une jeune pousse à aimer. 

Ce triptyque je le cherchais depuis de nombreuses années. Comme un rendez-vous je ne voulais pas le commander mais j’attendais patiemment de le trouver dans une librairie au hasard de mes pas. Il en fut ainsi. Je rencontrais Mona, le 1er de la série, à St Pol de Léon, en Bretagne. Et il ne pouvait en être autrement. Il ne pouvait relevait d’autres paysages que ces « Petites marées » ont pour lieux les rivages marins de cette terre d’ouest qui me parle tant.

 

couverture-test-siteMona et son adolescence bousculée par le décès de sa grand-mère et de son amour pour son ami d’enfance, bousculée par ses croyances et la vie qui s’étale devant elle, ce qu’elle rêve et ce qui est. Une belle adolescente que cette Mona. Une belle Mona Lisa que l’on rêve de rencontrer pour l’amour qui nait en elle et qui demeure dans sa fidélité. Une belle ado qui annonce une femme a aimer comme on se prend à aimer ce St Malo dessiné par Mathieu Bertrand. Un St Malo qui devient poésie, tendresse. Un St Malo avec des personnages qui nous touchent, nous caressent, nous aiment et que l’on aime à notre tour. Et un vert couleur Mer d’Iroise

«  Ça sera sûrement pas les grandes marées, je serai loin des tempêtes, mais au moins, ça sera doux. Je me trouverai un copain qui ne change pas d'avis, et accessoirement d'amoureuse, tous les deux mois. Un type solide et droit dans ses bottes de pluie. Un amour calme. Un truc qui ne déborde pas. Un ruisseau. Voilà les deux gros projets que j'ai pour l'année qui vient : trouver un ruisseau et finir d'oublier Gaël. » 

 

les-petites-marees-jules-de-severine-vidal-1091890650_LMais la Bretagne recèle d’autres terres, toute aussi sauvages, imprévisibles, d’autres terres qui abritent des amours et l’Ankou qui rode toujours. Toujours cette adolescence qui est passage de l’enfance vers le monde adulte, comme l’apprentissage de ce que l’on ne sera plus et avec lequel il faut apprendre à devenir. Un beau personnage que ce Julot, ce titi parisien qui s’échoue sur l’ile de Groix, skate en main. Un personnage tout en instinct, l’instinct de la vie, l’amour. Un Julot emplit de liberté, cheveux aux mille vents battants les falaises et ports de ses iles bretonnes qu’il faut apprendre à aimer, comprendre pour grandir. Un bel ado croqué par le dessin tout en finesse et lignes de Israel Parada. Ton bleuté, crayonné fin rehaussé d’un simple trait pour accentuer les contours.

9782354190897_cgEt puis concevoir son amour en tour d’un demi-monde comme un demi-chemin qu’on entreprend pour devenir, grandir un peu mais encore de trop. Partir parce qu’il faut des fois savoir affronter ce que l’on ne veut pas voir.
Faire face à la maladie de ceux que l’on aime et ne plus pouvoir apporter l’aide nécessaire.
Apprendre à lâcher la main, partir vers sa destinée et entrevoir les amours naissants et rêvés.

 

« Je te tiens, ça ne craint rien, pédale ! Vas-y roule ! T’es la meilleure. »

Ces trois triptyques abordent l’adolescence et les difficultés rencontrées lors de ce passage entre l’âge adulte pour lequel on n’est pas encore armé et l’enfance qui s’éloigne comme s’éloignent les rêves auxquels on se raccroche. Une histoire déroulée sous les yeux et les cœurs de trois personnages. Des émotions pleins les poches, des sentiments qui éclosent, des marées imprévisibles et pour lesquelles il faut apprendre à faire face, devenir marin de sa vie, la difficile relation à la vie et au monde qui entoure les adolescents.

Un triptyque comme un phare, une lumière qui devient visible, un cap à suivre, une marée qui semble être tempête et pour lequel on apprend très vite à barrer. Un triptyque comme une poésie, des dessins qui séduisent, se dissolvent dans les couleurs bleus-verts de cette mer océan bretonne que l’on aime. Trois illustrateurs, croqueurs de bulles pour une histoire de Séverine Vidal, un regard tendre, touchant et aimant sur ces âges tendres et têtes de rêves de liberté.

Trois bandes dessinées comme trois marées mariant les couleurs, les fils invisibles qui les relient et ce petit quelque chose que l’on aime profondément. Une poésie de l’adolescence, de la mort, de l’amour, une métaphore de ce qu’il faut apprendre  à lâcher pour devenir un adulte, soi, grandir. 
 

 

Les petites marées
Séverine vidal
Mona – Mathieu Bertrand
Jules – Israel Parada
Rose – Victor L Pinel
Les enfants rouges

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