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« Ils parlent de leur petite puce. De son avenir. Ils voudraient le meilleur pour elle. Qu’elle se débrouille. Qu’on la respecte. Qu’elle soit heureuse. Bref. Comme tous les parents. »

Il arrive au cours d’une lecture de rencontrer des auteurs qui vous touchent par leur plume, leur écriture, par cette façon de raconter une histoire et de toucher en plein mille, votre sac d’émotions et de bienveillance. Gaelle Pingault en fait partie. Elle appartient à ce que j’appelle les artistes de l’encre, les écrivEines, celles qu’il faut suivre discrètement pour s’apercevoir de l’étendu et la capacité de leur créativité, de leurs textes, des émotions qu'elles arrivent à transmettre.

Oui Gaëlle Pingault est une artiste des mots.

Par ce recueil de nouvelles, on entre directement auprès de sa double casquette, celle qui révèle sa profession, celle par laquelle elle exerce une activité qui la relie au monde social et économique. Orthophoniste.
Qu’ils soient neurologique, psychologique, simple besoin passager, choc, maladie, terreur de l’oralité, ces facteurs handicapants et émotionnels nous amènent à consulter un thérapeute, un coach du langage. Et qu’il est beau de découvrir sous la plume de Gaëlle, l’exercice terrible de cette paralysie, de la complexité des mots et du langage. Qu’il est doux de lire l’émotion, ces petites anecdotes qui se dégagent au fil du recueil de nouvelles.

« Il aimerait bien aimer l’école, mais il y a les dictées. Les sujets, les compléments d’objets directs, et les verbes. Il y a les a-avec-accent et les a-sans-accent. Les f qui s’écrivent f et les f qui s’écrivent ph. Il y a les s qui font s et les s qui font z. « Et » à la fin de paquet alors que c’est « ai » à la fin de balai. Un genre de jungle. D’abord, il n’y comprend rien. Et, quand par hasard il comprend, il ne retient pas. Et quand par miracle il retient, il ne pense jamais à l’utiliser à la dictée. Il a toujours zéro. »

Il y a la légèreté qui camouffle la dureté de la perte ou la difficulté paralysante, cette forme d’humour que manie Gaelle Pingault comme une peintre manie le pinceau, une talentueuse écrivaine, une artiste du langage. Elle nous amène à rencontrer une vingtaine de patients souffrant de diverses problématiques liés à la perte, un choc, une opération ou un bégaiement, un handicap. De l’enfance à l’âge adulte, on entre par la petite fenêtre et on ressort par la porte de ce « bref, ils ont besoin d’un orthophoniste ».
En filagramme, deux voisines interviennent et nous racontent leurs histoires, une histoire qui ne révèlent rien que la vie qui passe, la jalousie qui se glisse, les difficultés, et la chute qui se glisse comme se glisse la tendresse de l'ecrivEine. Et il y a la magie des mots, de ce lien reliant entre ces chroniques personnelles et ce texte qui se construit autour comme un fil rouge.

Ce recueil est une belle mise en abime de l’exercice du métier d’orthophoniste et l’écriture de Gaelle Pingault est un vrai bijou, un vrai plaisir à lire. Il y a une tendresse folle, un humour déguisé, une bouffée de vitalité d’air pur et de bonté. Chaque mot posé reflète une générosité, une bonté d’âme que l’on a juste envie de rencontrer, de tendre la main. Une main qui s’exerce sur l’épaule sans s’appesantir, juste pour transmettre l’attention nécessaire, le repos consolateur, l’aide à l’handicap. Et juste pour cela, il est bon d’avoir « besoin d’un orthophoniste ». 

Bref, je n'ai plus qu'à consulter.

« Ma bonne fée a encore dû rater un truc dans la distribution des machins à joyeux grelots et à pompons heureux au-dessus du berceau à ma naissance. A se demander si j’ai vraiment une bonne fée ou si les réductions d’effectif des fonctionnaires étaient déjà à la mode à l’époque. Optimiste, moi, zéro patate »

 

A lire il n'y a pas internet au paradis, sublime  et subtile roman de Gaëlle Pingault.

 

Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste
Gaëlle Pingault
Editions Quadrature