9782917897195_cgUne ville où toute vie semble s’être arrêtée, où la moindre particule d’air semble s’être dissoute dans un semblant de canalisations transformées en un vaste réseaux de tuyaux urbains, où la poussière, la polluution, la saleté, les détritus prennent le pas sur le bruit sonore et ambiant, détruisant la nature, le vol des oiseaux et les feuilles restantes.

Une ville où le temps s’éternise, s’écoule au rythme lent de ce qui ne se passe plus, ne s’entend plus, ne se regarde plus. Une ville où finalement les habitants s’habituent à ne plus se parler, se voir qu’entre deux ampoules d’une clarté grisâtre bleutée vacillante, dans un brouillard dense qui obscurcie un ciel gris. Une ville où les feuilles des arbres tombent au gré d’une pollution présente, où les racines ressemblent à de longues griffes sortant des tuyaux sonores et capteurs de paroles, de feuilles volantes.

Emmitouflé dans son pull et écharpe, un homme marche dans la forêt et est interpellé par une feuille d’un bleu phosphorescent, translucide. La ramassant, il entre dans une autre dimension, celle du questionnement, du raisonnement, la raison qui lui fait décider de ne plus entrer dans cet engrenage, dans ce fil d’une tuyauterie-usine qui semble gouverner ce lieu, cette ville, sa vie, dans ce sentiment d’usure et de rythme pernicieux qui l’étreint.

 

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Un roman graphique muet captivant, envoutant, sur ce besoin de nature, d’air, de lumière qui nous entoure, nous envoute, fait réfléchir, agir, rêver, nous bouleverse, sauve, nous fait espérer un monde nouveau, un univers où la nature reprend ses droits et nous donne foi. Un roman graphique construit après le tsunami et la destruction de Fukushima, de la terrible mise en question de l’homme et sa responsabilité face à la nature, son pouvoir destructeur et sa motivation à faire naitre un monde nouveau.

Il y a quelque chose de poétique, d’interrogatif dans ce roman, un graphisme qui devient onirique et qui pourtant nous interpelle dans nos émotions, nos replis humains, dans nos questionnements face à notre monde, notre pouvoir destructeur et cette volonté qui nous réveille, nous procure un choc, un espoir à retrouver, à reconstruire un monde meilleur, un monde lumineux, un monde où les hommes se regardent, se comprennent, s’interpellent, s’humanisent, sont solidaires, se secondent.  

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Le crayonné est, quant à lui, d’une douceur et d’une poésie délicate, folle. Tout en finesse, en trait et crayon gras, pointe de mine grise, agrémentée d’une touche de ce bleu azur et d’un jaune éclatant. Tout en douceur, il raconte à lui seul ce monde qui nous entoure, nous interroge, nous pousse à regarder chaque case comme un trésor, une question, une remise en question face à la nature. Et si la feuille est une ramification, une naissance, un prolongement de l’arbre, cette feuille est aussi une image, une allégorie de la vie silencieuse qui nous pousse, nous interroge face à ce monde qui nous entoure, ces tâches quotidiennes, ces univers polluants, un monde sans vie ni oiseau, ni émotions.
D'une simple page ou de case se repandant en gaufrier, l'univers se tisse, se trame, donne, modèle ce monde fait de canalisations, tuyaux. Tout est en énigme, envoutement, mystère et comme les ombres des personnages, au fur et à mesure des pages tournées, la lumière jaillit, devient, illumine.

Un roman graphique qui demande attention, questionnement, fait réfléchir et mouvoir dans nos idées, nos pensées, nos idéaux. Un roman qu’on pourrait presque qualifier de politique si la poésie qui s’en dégageait n’était pas si délicate, si douce, tendre, juste. Mais n’est-ce pas aussi le rôle de la poésie de nous remettre en question et nous interroger, qu’elle soit faite de mots ou graphismes, de proses ou de traits.

Un roman graphique qui interpelle, fait songer à ces cycles de vie, qui se détruisent et renaissent au rythme des saisons et de la participation de l’homme à sa perte, sa destruction, sa construction.

 

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Feuille
Daishu Ma
Presque Lune

 

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