9782749306551-LC’est l’histoire d’un banc au cœur d’une ville. Un banc classique, simple, fait d’un peu de bois et d’acier. Un banc comme on en trouve dans les jardins publics, au pied des arbres, à l’abri des rayons du soleil et des gouttes de pluie. Un banc sans chichis. Un banc. Un banc qui abrite les amoureux, ceux qui n’ont plus rien à perdre, ceux qui s’essoufflent, ceux qui rêvent. Un banc qui s’en fout pas mal du regard oblique des gardiens poètes et des gens pressés. 

Un banc qui apporte un répit, un instant où se poser, se retrouver, grignoter une part de tarte ou un bout de gâteau avec celle que l’on aime depuis tant d’années. Un banc comme un rendez-vous, le même, immuable, éternel. Un banc comme il y en a des milliers et qui pourtant est unique tant il est chargé de souvenirs, de « je t’aime » gravé au canif, de roues arrières abimées.

 Et il pourrait en dire des choses ce banc s’il lui prenait l’envie de parler. Il pourrait raconter tout ce qu’il voit en une journée, en une vie de banc. 

Il pourrait se plaindre du nombre de personnes qui passe devant lui sans le regarder, de cet homme à l’attaché de case menotté au poignet qui tous les jours de la semaine, le dépasse sans même lui adresser un regard, remarquer qu’il est là, qu’il peut lui offrir une pause, juste le droit de s’asseoir quelques instants avant de replonger dans ce quotidien.
Il pourrait dire qu’il est heureux de servir de lit à ce vagabond, clope au bec, bouteille à la main. Une nuit à la belle étoile sous la voute des astres. Il est heureux dans ces moments là d’exister ce simple banc fait d’un peu de bois et d’acier même si au petit matin, un chien vient lever la patte sur sa monture et que le gardien du jardin fait les gros yeux. Il est heureux le banc d’exister. Il est son gardien, son chevalier à la monture un peu rustre mais généreuse et solide.
Et puis au détour d’un coup de pinceau, histoire de le rendre un peu plus coquet, un brin de maquillage, une esquisse de vert à lèvres ou de bois de santal, le banc fait d’un peu de bois et d’acier, devient émotion, invitation à entrer dans le rendez vous amoureux. Il devient le confident à la lettre reçue, lue, l’ami à qui on peut tout dire, celui sur qui on peut assoir sa peine, camoufler les pleurs, surligner d’un trait sa colère ou au contraire, son amour, ses rires. Il est là éternellement. On peut compter sur lui, s’appuyer, aider à faire les premiers pas, engager sa vie et se lâcher.  

Un banc comme compagnon de vie, comme un ballon, un phare, une ile, une musique, un livre, un repère sacré.

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Les saisons passent, les jours se décomptent au gré de la pluie et des rayons qui s’étiolent. Le banc qui recueillait les amoureux des jardins publics, ne recueille plus que les feuilles jaunies, les premiers flocons de neige, les vents venant de l’Est. Le banc se vide, devient musée. Plus personne à cajoler, à recueillir, à aider ou aimer.

Il faudra attendre le redoux pour voir revenir ceux qui étirent leurs muscles avant d’aller courir, la femme qui en automne, attendait un enfant, qu’elle nourrit maintenant. Il faudra attendre quelques temps encore avant de voir notre homme, attaché de case à la main, passé devant lui sans le regarder, nez droit devant pour finalement jeter en l’air cette menotte au poignet. Attendre les jours de printemps pour retrouver son couple de petit vieux, gourmandise dans le sac, s’aimer comme au premier jour, au premier rendez-vous.

 Un banc… fait d’un peu de bois et d’acier. Un banc pour aimer.

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Pour qui ne connait pas Chabouté, « un peu de bois et d’acier » est un de ses plus beaux et formidables, sensibles romans graphiques (avec Tout seul). Une histoire de banc comme lui seul, peut réussir à nous donner envie de s’y asseoir, de contempler la vie, de se poser, s’accorder un répit, d’aimer y lire une lettre d’amour, un graffiti, une phrase révolutionnaire ou simplement ressentir sous ses fesses, celui qui est là, le compagnon silencieux et éternel. Un banc comme un lieu de vie, un long traveling, une histoire de rien et qui pourtant est toute notre vie.  

Chabouté est immense dans cette histoire sans parole. Il nous conte la vie de ce banc dans ce lieu, ce jardin public. Il nous raconte la vie tout simplement avec son talent inimitable, sa patte d’ours dans un gant de velours, ses tons d’un noir absolu qui ne sont jamais aussi beau, éclatant lorsqu’ils se reflètent dans la page blanche. Il n’y a rien de trop, rien de plus, qu’un banc et sa signature incontestable d’être un maitre, un grand.
Comme un traveling, les cases se répondent, racontent, immortalisent les histoires qui deviennent fil de vie. Et c’est beau à vouloir le lire pour la Xième fois, beau comme si à chaque lecture, on découvrait encore une fois une petite chose que nous n’avions pas lu, vu la fois d’avant. C’est émouvant de reconnaitre l’émotion qui rejaillie, la marque du temps qui passe mais ne flétrie pas. C’est juste ce qui fait que ce banc devient LE banc, celui que lequel on aime s’assoir, respire, renaitre.

328  pages d'un amour absolu qui ne s'use pas. 328 pages de bonheur, 328 pages de plaisir, 328 pages de tendresse, 328 pages d'amour, 328 pages de poésie, 328 pages d'émotion pure... Je crois qu'au delà mes mots ne seraient que purement de trop. Le silence nécessaire, la beauté des mots  et la force des dessins à l'encre noire. Etre nous aussi, en fin de compte, fait d’… un peu de bois et d’acier. (j'avais déjà écrit cela pour Tout Seul)

Merci Monsieur Chabouté d’avoir fait de cet objet une poésie du quotidien, un compagnon éternel à nos sensibilités remplies d’humanité. Un roman graphique que tout le monde devrait posséder. 

 A retrouver chez Moka, l'ensemble des BD de la semaine... Et il risque d'y avoir encore des pépites !!

Un peu de bois et d’acier
Christophe Chabouté
Vents d’Ouest

Un Peu de Bois et d'Acier Trailer