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« Je vais chez Raymond : mon voisin d’à côté. Il n’y a qu’un bout de bois à traverser et on arrive dans un petit hameau où n’habitent maintenant que lui et son frère. » 

Il arrive des fois de lire une bande dessinée où il ne se passe rien ou du moins à pas grand-chose : un vol de palombes, un sentier qui chemine dans la forêt, une cueillette de champignons, une tartine de miel ou de confitures des fruits du verger, un tas de bois à rentrer ou tout simplement une saison qui passe, des feuilles qui roussissent, des jours ordinaires dans une vie ordinaire.
Il ne se passe rien oui. Ou du moins rien de transcendant, la vie avec ses petits instants de répit, ses joies infimes, ses pas lents et paisibles. La vie sans rien demander de plus, sans attendre et vouloir la course poursuite d’un temps qui mouline. La vie a jour le jour, dans ses rencontres et ses délicatesses. 

Mon voisin Raymond est cette invitation à lire la beauté du jour, à se frayer un chemin dans la prairie, prendre son temps. Il ne se passe rien. Juste le signe de la vie qui passe, juste la conscience de ce qui nous entoure, la rencontre entre deux êtres que tout pourrait différencier. Juste un voisin un peu âgé qui nous invite à prendre le temps, s’assoir pour boire un café, discuter de tout et de rien, de la pluie et du beau temps. Juste un instant qui passe, le bonheur fugace de la vie et de ses aléas. 

« Ça va ? Ça va ! » 

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Raymond est un vieux monsieur aux yeux rieurs, un ancien comme on aimerait l’appeler. Habitant au bout du chemin qui traverse la forêt, Raymond est ce petit vieux qu’on aime pour sa tendresse cachée, sa simplicité , son cœur généreux et son absence de méchanceté. Sa cuisine pièce principale respire le bois de la cuisinière où mijote le restant d’une casserole de nouilles, des vieux rideaux qui en ont vu d’autres, le bruit de fond d’une télé allumée et qui retransmet le brouhaha vindicatif d’une assemblée de parlementaires meuglant entre eux, des chats qui miaulent leur pâtée. Dans son jardin, nul trace de pesticides ou de nitrates. Des bidons récupèrent la pluie, les arbres sont chouchoutés, les plants de légumes couvés. Tout est raisonné et serein. Calme et tranquille. Bon comme du bon pain.
Dans son bleu de travail et sa casquette vissée sur sa tête, Raymond regarde le temps passé comme on regarde la vie et ses souvenirs. Doucement, tranquillement avec ses rires et ses bouquets d’instants. Rien d’autres. Délicats moments, tendres instants. Invitant son jeune voisin à venir partagé quelques instants, Raymond nous fait prendre la conscience du temps et de sa valeur. La vie sans crise de vitesse, calcul ou résonnance de ce quotidien qui file trop vite. La vie selon les saisons que l’on regarde sans se poser de questions. La poésie du quotidien. 

« Certains arbres sont encore remplis de feuilles qui tombent toutes ensemble sur le sol. Cette année, depuis le début de l’hiver, un groupe de palombes a élu domicile autour de la maison. Elles sont farouches. Au moindre bruit, elles décollent dans un grand sifflement d’ailes. » 

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Une bande dessinée minimaliste sur la vie, sur des invisibles qui ne demandent qu’encore un peu de vie, histoire de raconter une chanson du temps qui passe, du temps qui vient, du temps qui est là. Une bande dessinée que l’on a envie de prendre avec nous comme un vieil album photos qui nous rappelle la beauté du temps et de ceux qui nous le raconte. Une bande dessinée comme du bon pain, tendre, délicate, douce. 

« Les vieux, ils sont sensibles à ça! Et elle avec ses 87 ans maintenant, elle est dans les âges où ça peut arriver, ça m’a tiré des larmes de la voir comme ça dormir. »

 

A découvrir chez Moka et Jérôme. Les bulles de la semaine sont à retrouver chez Noukette.

 

Mon voisin Raymond
Troubs
Futuropolis

 

Mon voisin Raymond