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Qui soutient l’autre ? Qui est présent et porte une affection à l’autre ? Qu’importe leurs faiblesses, leurs échecs, leurs quêtes, ils marchent, avancent vers cette grande ville qui s’ouvre devant eux, vers la lumière qui semble se lever juste pour Gus et Charlotte. Qu’importe leurs rêves, ils avancent cahin-cahin, main dans la main, le pas déséquilibré se rattrapant dans le pas de l’autre. Ils osent. 

« On commence avec deux forcément. Et puis on en ajoute. On les colle, on les croise et petit à petit ça se construit. »

Mais Paris est immense et les gens qui y habitent ne sont pas forcément souriants. C’est un Paris même fatigué, un Paris qui ne communique que par des regards qui se baissent, des échanges qui se lisent via les téléphones. Un Paris qui se perd dans des rames de métros bondées, où le joueur d’accordéon délivre quelques notes d’une musique que l’on n’écoute plus. Un Paris connecting people qui se déconnecte des autres,. Un Paris comme un livre d’aventures et de mystères, d’énigmes qu’il faut pas à pas découvrir et comprendre pour avancer.
Et dans la quête de son père, Gus, haut comme trois pommes et demie, embarque sous son coude protecteur Charlotte. Une Charlotte toujours aussi silencieuse, secrète, mystérieuse pour le monde des adultes. Une Charlotte qui garde dans sa main une vieille photo comme un talisman, une preuve de sa naissance, comme une mère que l’on recherche et un père qui, peut-être ,pourrait être celui que l’on croise au détour d’un trottoir, d’une rue, d’un instrument de musique… Un grigri qu’elle garde sur elle, qui la rassure un peu comme si ça la protégeait d’une histoire inachevée, d’un cauchemar. Comme si cette photo couleur sépia pouvait détenir le sésame à l'amour qu'elle recherche.
Armés de leur sac à dos et de leur courage haut comme une tour Eiffel de poche, les deux amis arpentent la ville, s’aventurent dans des dédales, s’arriment à leurs vies, leurs recherches, avancent vers leurs rêves, leurs désillusions, leurs espoirs et rencontrent au détour de leurs aventures, la Grande Aventure...

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Il y a une affection réelle qui me lie à « Charlotte et moi », ce sentiment de bienveillance, d’attentions, d’une amitié riche et assez incroyable entre deux personnages dissemblables mais qui pourtant associés forment un duo attachant, attractif, irrésistible, tendre, indispensable l’un à l’autre. « Charlotte et moi » d'Oliver Clert est une histoire d’amitié, une aventure, une quête familiale, une douceur qui se lit comme ce quelque chose que l’on n’a pas envie de quitter dans un Paris sublimé, mystérieux.

Comme dans une aventure on croise des personnages, on colle les morceaux du puzzle, on avance, construit son histoire et petit à petit on perce l’énigme qu’importe les échecs ou les réussites. Parce que si on comprend bien, malgré la vie, malgré des différences, les peurs, les doutes, les invraisemblances, qu’importe les obstacles et les réussites, ce qui compte c’est l’esprit ouvert, la bienveillance et l’amour/amitié que l’on éprouve pour l’autre, l’attention, ce lien indéfectible et juste nécessaire. Si nécessaire pour continuer de croire en ses rêves et ses espoirs.
On retrouve cette dose de douceur, de magie, de promesses que l’on se fait l’un envers l’autre de le protéger des chagrins, des peurs, des joies. On se sent bien auprès de Gus et Charlotte. On a, comme Gus, envie d’être pris à notre tour dans les bras, de se sentir vivant dans le regard de l’autre, de pouvoir compter sur cette petite main qui s’agrippe dans la main.

Le graphisme accompagne tendrement l’histoire. Tout est rondeur, douceur dans des tons qui pourtant manient les ocres, les noirs, les sombres. C’est juste et tout simplement réconfortant, juste ce quelque chose qui nous accompagne dans notre lecture, nous fait tourner les pages et aimer encore plus ce « Charlotte et moi ».

« Réussir. Je ne suis pas sûre que cela soit si important. Réussir pour quoi d’ailleurs ? La vie  c’est plein d’accidents. Des jolis parfois. Des moins heureux aussi. On cherche à comprendre mais cela n’a pas toujours de sens. On ne peut pas tout contrôler,  tout prévoir. Bien souvent il nous faut juste continuer, vivre. Essayer de devenir meilleurs et peu importe vos succès ou vos échecs. C’est le chemin parcouru qui a de la valeur. C’est ce qui nous fait grandir chaque jour davantage. Alors en faites en sorte que cela compte. Ayez l’esprit ouvert. Nourrissez-vous de vos expériences. De vos rencontres. Votre richesse vous savez, c’est ce qui vous anime. Ce sont vos rêves, vos espoirs ; Gardez-les précieusement. N’écoutez pas les sceptiques. Et comme Camus, dites-vous que ce qui est possible mérite d’avoir sa chance. »

A relire le tome 1 avec gourmandise, découvrir le billet de Noukette et partir à la pêche des BD de la semaine chez Moka

 

 

Charlotte et moi
Tome 2
Olivier Clert
Makaka

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