9782922585674_cg« C’est maman Bouillon qui est venue nous réveiller. Nous n’irons pas en classe aujourd’hui. Nous allons enfiler nos vêtements du dimanche et partir au salon funéraire  voir papa bouillon et nous tenir comme il faut. D’accord. Nous avons enfilé nos vêtements du dimanche. Puis nous avons attendu la tante Mélina, qu’elle vienne nous prendre avec son char. Le nôtre il était là, dans l’entrée. Ça faisait drôle de voir notre char dans l’entrée qui n’allait pas bouger de la journée, ni demain, ni après-demain, ni après-après demain, ni après-après-après demain, etc. Maman a toujours refusé d’apprendre à conduire. Mais peut-être que là, j’ai pensé, peut-être qu’en voyant notre char aussi immobile elle va changer d’idée. Mais je luis ai pas posé la question car je ne voulais pas lui donner l’idée de changer d’idée. Et j’ai fait signe à Cantin de se taire à propos de cette pensée, juste au cas où il aurait eue. »

 

Harvey est un petit garçon, petit par la taille malgré le fait qu’il soit l’ainé, qu’il soit le grand de la famille. Son imagination fertile et insatiable l’amène à se raconter des aventures aussi incroyables qu’improbables. Car Harvey est un rêveur, doux, dingue et il n’a pas son pareil pour raconter des histoires notamment celle de Scott Carré, l’homme le plus rapide du monde et qui rétrécit, disparaît dans un ciel remplit de  grains de poussière brillants, bombardé par un nuage. Scott Carré est un héros. Mais un héros qui comprend qu’au fur et à mesure. ll disparait, devient de plus en plus petit,  invisible. Ainsi va la vie de Scott Carré. Ainsi va la vie de Harvey qui voit son père disparaitre un jour de printemps, un jour du mois d’avril, un jour où les dernières plaques de neige plongent dans le puisard et le caniveau qui mène au chemin de la maison. 

« Papa occupait entièrement mon esprit et je trouvais qu’à lui tout seul, ça faisait beaucoup de monde dans ma tête. » 

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Quelle image, quel regard, souvenir gardons-nous de ceux qui partent. Quel est le lien qui nous relie, reste à eux. Qu’est ce qui fait que ceux que l’on aime nous quittent et perdre un visage, deviennent pour chacun d’entre nous un souvenir ou une vision autre que celle que l’on garde au fond de nous ? « Harvey » d’Hervé Bouchard nous interroge sur ces souvenirs qui s’enracinent, sur les dernières images que nous gravons dans nos mémoires, celles qui nous permettront de faire notre deuil, d’accepter la perte, le départ de ceux qui partant. 

« Mais s’ils sont nombreux à voir le même homme et que chacun a de cet homme une image différente, ça veut dire que personne ne voit ce qu’il a pour vrai à lui tout seul. Et le moyen de voir pour vrai c’est peut-être d’écouter ceux qui regardent, car peut-être que ceux qui regardent, ils voient moins qu’ils ne montrent. » 

Il y a une très grande poésie, un très long et lent voyage, une atmosphère de retrait et de rêves à s’imprégner. Le graphique de Janice Nadeau rejoint ce roman graphique extrêmement sensible et émouvant où un enfant devient invisible et accepte le départ de celui qui fut son père. La naïveté, l‘innocence pure, sa façon dont il a de croire aux rêves, de se créer des aventures font la force de cette histoire et de l’enfance qui passe, part dans un nuage de poussière et d’étoiles.  

« Dans ma tête, il y a eu une longue chaîne de mots qu’on ne dit pas. » 

 

Les BD de la semaine sont à retrouver chez Noukette.

 

Harvey
Hervé Bouchard et Janice Nadeau
La Pastèque

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