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« C’est ce jour-là que je suis tombé amoureux de la montagne. C’était la beauté absolue. Et je n’avais qu’une idée en tête : monter. Monter tout en haut. »

 

La montagne a toujours été synonyme d’exploits et d’aventures extraordinaires, de défis incroyables et surhumains, une forme d’odyssée et de lieu d’apprentissage, de conquêtes de l’homme sur soi et la nature, la paroi, le rocher. La montagne comme moteur, comme élévation et verticalité à la prise de vue, de conscience, à la nature humaine. La montagne comme sport de haut niveau, un sport extrême et ne faisant que peu de cadeaux ou du moins un unique, sa beauté pour celui qui réussissait à l’escalader : la beauté du geste, de l’effort, la beauté du lieu et de la grimpe, la beauté de la roche, la pierre, des névés et des glaciers, la beauté des sommets, de la vue, de la perspective. La beauté de ce goût qu’elle laisse en bouche, la victoire et la confiance acquise. La montagne comme terrain à nos conquêtes et victoires intimes. 

Ailefroide, 3954 mètres d’altitude. Une paroi verticale, lisse, glaciale, qui ne laisse que peu de chances à celui qui veut la gravir. Un ensemble de sommets au service du massif des Ecrins. Sa première ascension date des années 1870, une époque où gravir était encore une épreuve à mains nues, sans véritable équipements  « modernes ». Un mythe d’une sauvagerie et rudesse absolues, sans détour possible, avec des prises de risques incroyables.
Ailefroide comme un rêve, un défi, une conquête, une voie à découvrir, tracer, faire, escalader pour devenir à son tour un homme qui marquerait son nom au fronton des écoles d’alpinistes, ceux qui ont vaincu l’invincible, les sommets les plus hauts ou dangereux.
Ailefroide comme une paroi d’apprentissage à la vie, à devenir adulte, à cette montagne qui apprend, donne, reçoit, provoque, déçoit, prend, existe et exige. Une montagne, la haute, celle qui fait rêver tous les adolescents qui habitent à son pied, cette pleine sensation  de maîtrise, de confiance en soi, et qui apprend l’humilité, l’intimité.

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S’il n’avait pas côtoyé d’aussi prés les crayons et autres fusains, peintures et planches à dessins, Jean Marc Rochette sera devenu guide de Haute Montagne, arpenteur des sommets et des cimes, bivouacueurs des monts enneigés.
 

Mais comment faire face à ses parois qui dansent devant les yeux d’un enfant qui ne rêvent que de montagnes, d’escalades et de défis face à la vie qui lui a enlevé un père et une mère qui ne sait comment faire face à son tempérament indocile. Une mère qui le trainait depuis tout petit dans les musées d’art et sur les chemins ardus et montagneux qui cernait la ville. Cette ville de Grenoble entourée de parois, d’écrins montagneux, d’une bâtisse qui donne envie de grimper plus haut, plus loin. Comment ne pas posséder en son sang ce virus ?
Dès l’adolescence et en compagnie de celui qui deviendra son second ou premier de cordée, Jean Marc Rochette escalade, tente, grimpe de plus en plus haut, de plus en plus fort, risquant sa vie comme on risque pour devenir un homme. Apprendre à faire ses pas, porter sa charge, apprendre par de ses propres erreurs et victoires. Son but : devenir guide de haute montagne, être celui qui franchit des voies que personne n’a osé et en particulier cette paroi, la face nord d‘Ailefroide. Mais la montagne n’est pas qu’une amie. Elle est aussi un terrain qui ne laisse aucune possibilité face à sa dangerosité, ses risques, la nature, la foudre et ses secrets.  Ailefroide, un sommet d’aventure, un royaume en son sommet. 

 

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Dans ce récit initiatique, Jean Marc Rochette nous plonge dans ce monde froid et glacial, beau et émouvant qu’est la haute montagne. Avec lui on s’équipe, casque sur la tête, crampons et cordes dans le sac, piolet à la main, et on se hisse sur la paroi. On apprend à faire corps, à éprouver notre instinct, faire face à nos peurs, nos doutes et nos craintes, à surmonter la souffrance, à toujours aller plus loin, plus haut comme une victoire sur soi, comme un respect à celle qui nous reçoit. Plus haut, plus beau, plus fort, plus humble face à son immensité et sa générosité. Un effort surhumain, une confiance dans son coéquipier, la fatigue, les risques qui ne laissent guère de chances si le pied dérape, la corde cède, le piolet décoche. Et puis à, la fin, lorsque le corps y parvient enfin, lorsqu’après un ultime coup de rein, la satisfaction d’avoir réussi, de s’être hissé en son sommet. Se sentir puissant, invincible et à la fois si petit face à l’immensité. 

A coup de crayons gras, de pinceaux, de traits traduisant la beauté et l’âpreté du massif, Jean Marc Rochette nous plonge dans les paysages somptueux et arides. Il nous invite à l’aventure de son enfance, son parcours montagneux, son adolescence et les chutes qu’il a connu, les amis qu’il a perdus. On assiste à sa construction comme on assiste à l’ascension des divers sommets, des massifs, des glaciers traversé.
Le dessin est abrupt, donnant ce sensation d’ivresse des sommets et du manque d’oxygène lors des traversés glaciales ou escalades dangereuses. On flirte avec de grandes montées d’adrénaline ou le silence devient nécessaire et les cris de victoires, de joie lorsque le surpassement fait face à la beauté et la grandeur des lieux. Le mélange pictural avec la peinture, les traits, les couleurs apporte l’harmonie, la sensualité à cette montagne qui peut être une adversaire hors norme. Les passages sur la corrélation entre histoire de l’art, art et sport sont d’une extrême beauté, enrichissant le développement de JM Rochette, la matière brute, minérale et celle qu’il reçoit, picturale.  

Et puis la grandeur et la beauté des lieux, de ce massif des écrins qui surplombent la vallée de la chartreuse, comme une promesse à ces gamins, ces hommes qui apprennent que rien n’est gagné, que toujours la montagne sera célébrée comme une déesse, celle de l’humilité et de sa beauté sauvage et indomptable. Un récit initiatique émouvant et fort. Fort par la leçon de vie et la beauté de ses écrins. 

 Les BD de la semaine sont à retrouver chez Stéphie

 

Ailefroide, altitutde 3954
Jean Marc Rochette
Casterman

 

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