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« Je me suis épanoui telle une fleur,
Je me suis laissé flotter tel un épi de blé,
Je me suis laissé vivre fidèle à moi-même.
Je suis seul à la frontière du monde,
Face à l’immensité des champs désolés, je souris. »
 

Certains soirs lorsque la lumière s’éteint dans la clarté d’un jour absolu, lorsque le soleil termine sa course vers cet ouest résolument marin, la tranquillité d’un monde simple et tranquille nous sourit, nous habite. Rêveusement, nous nous installons face à l’océan, face à la vue qui nous grandit, face à ce qui nous apaise, nous réunit. Tranquillement nous refaisons notre monde, notre vision des choses dans ce vaste champ qu’est la demeure de nos émotions.
Les portes se ferment, les yeux sont mi-clos. Nous laissons l’esprit divaguer, le souffle s’apaiser, un monde simple et tranquille.

Sans heurt ni tremblement dans la mouvance et l’incertitude de ce qui va suivre, on ouvre un livre. Le livre de Lao Shu, « Un monde simple et tranquille ».

Le titre nous convient. Le titre est déjà un chemin et Laoshu un poète qui sait manier la langue classique des anciens lettrés chinois, à celle plus moderne où l’humour survient au détour d’un regard posé, d’une envie. Une caresse des yeux, une main plus lourde qui se pose avec délicatesse et prend la tasse remplit d’un thé vert qui se consume lentement. L’invitation à la méditation s’engage, tout doucement. Sans heurt ni bagage, tout simplement et tranquillement.

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Pour comprendre qui est Laoshu, il suffit de lire le prologue écrit par Jean Claude Pastor, maitre de conférences à l’université de Bordeaux 3 et spécialiste de Confucius dans la société moderne. Pompeux me direz vous et pas très utile lorsqu’on a simplement envie de lire ce monde dans laquelle nous engage Lao Shu. Un monde simple et tranquille. Un monde loin de tout, des glorieux bagages, des longues journées intempestives, bruyantes et inutiles, loin des jardins où pruniers et cerisiers révèlent leurs odeurs sucrées parsemées de pétales de fleurs encore en corolle.

Alors on laisse vite ce passage, ces mots lettrés. On se moque finalement de savoir si Lao Shu est un peintre ou un poète, si il est un de nos contemporains ou s’il a marché au côté des grands lettrés des siècles passés.

Qu’importe, on se laisse aller, on divague et on admire le trait fin, l’encre du pinceau qui joue avec les reflets, les couleurs ou la luminosité. On se surprend à sourire face à un haïku qui n’en est pas un, de simples mots qui donne le la, le reflet de l’instant, l’humeur partagée.

 « Je suis seul dans mon humble bicoque.
Toutes les fleurs ont éclos.
Soudain je pense à toi.
Et je me demande si tu vas bien. »

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La beauté de l’océan, des monts au loin, viennent déposer des quelques clartés, les fleurs de lotus décrites et peintes. Bourgeonnant dans un air de printemps, bourdonnant dans un après midi d’été, elles se fanent à l’entrée de l’automne.
Telle est la vie, accoudée à nos journées et nos ans passés. Telle est la mélancolie, le vague à l’âme qui vient, se dépose et repart comme la marée emportant les idées noires, grises, les humeurs au goût et parfum salés.
 

« La pluie a fait monter de trois pieds les eaux d’automne,
Sur mille lieues le vent a balayé les nuages flottants.
Je suis là et j’attends. C’est merveilleux.
Pas un instant, je ne songe à me mêler à la foule. »

Telle est l’invitation que nous fait Lao Shu en lisant sa poésie moderne et à la fois classique, ses peintures où se glissent un trait de fusain et des visages gracieux élégants sans genre ni besoin. Tel est le poète peintre aux humeurs de chacun et ce monde vaste, simple et tranquille auquel il nous convie. 

 

« Profitant de la faible lueur d’une étoile,
Comme le vent, je vais là où les nuages s’assemblent,
En un lieu où l’herbe verte est encore plus verte :
Là où se trouve le village natal de mes rêves. »

 

 

Un monde simple et tranquille
Lao Shu
Editions Philippe Picquier

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