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« Des centaines d’histoires commencent ainsi. Une nuit tranquille et dégagée, la lune brillant dans une mer d’étoiles. L’enfant de la maison dort paisiblement, quand soudain une étrange créature entre dans sa chambre et lui fait croire une incroyable demande que l’enfant accepte, excité par l‘incroyable et passionnante aventure qu’on lui propose ! Un rêve devenu réalité pour l’enfant mais un véritable cauchemar qui commence pour ses parents. » 

Le pays des rêves et de Neverland n’est pas toujours celui auquel on croit. Que reste-t-il quand les rêves d’une aventure extraordinaire s’éparpillent pour ceux qui ne sont pas partis vers ce pays enchanteur ?
Que reste-t-il pour ceux qui attendent le retour de l’enfant envolé dans les airs au bras d’un Peter, d’une fée ou d’un être mi démon - mi  gros ours fabuleux ?
Que faire pour ces parents qui ne reverront peut-être jamais l’enfant prodigue disparus durant une nuit, envolé dans le pli d’un rideau relevé par le vent ?

Neverland, le pays d’où on ne revient jamais, le pays des rêves de l’enfant disparu, envolé. 

Que reste-t-il quand l’enfant disparait on ne sait où, on ne sait pourquoi, quand la Police, Scotland Yard n’arrivent pas à élucider cette mystérieuse affaire, quand nul ne sait répondre aux questions de ce rapt, cet enlèvement  on ne peut plus inquiétant ? Que font ceux qui restent, que font ces parents qui attendent le retour hypothétique de l’enfant ? Où est-il ? Par qui a-t-il été enlevé ? Reviendra-t-il et si oui dans quel état ? Que faire de sa disparition, que faire de toutes ces questions qui restent sans issues, dans un état permanent d’anxiété et de non réponse, d’angoisse et de terribles désillusions ? Que faire face à l’absence, aux regards et rumeurs du voisinage, de la presse qui s’empare de ce fait divers, de la disparation subite de l’enfant, de la terreur qui frappe aux portes du quartier ? 

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« Ceux qui restent », Neverland n’a jamais aussi bien porté son nom que dans ce roman graphique où les enfants ne reviennent jamais, où l’aventure est tellement plus belle, plus exaltante que celle qu’ils vivent, où l’ennui d’un quotidien nettement moins exaltant ne leur procure pas les rêves et aventures espérés ? Que faire face à un kidnapping volontaire, à une disparition validée et revendiquée par l’enfant ? Neverland et ceux qui restent, ceux qui doivent faire face à l’absence, aux questionnements intimes et publiques, aux médias et voisinages, aux rumeurs absurdes et arrogantes, aux regrets et chagrins.
Nulle empreinte d’un bonheur ou d’une sérénité retrouvée planant au dessus de ces parents désemparés, désespérés. L’affreuse angoisse de savoir si l’hypothétique retour de l’enfant sera réel ou un épisode avant la prochaine envolée vers ce pays où l’aventure fait de lui un héros à l’épée magique, au caillou miraculeux. Est-ce une fugue, une disparition, un enlèvement ? Ben s’est bel et bien envolé dans la noirceur d’une nuit étoilée.  

Busquet et Xoul signe une bande dessinée qui nous invite à voir l’envers du décor de ces pays imaginaires où l’enfant aime se retrouver et imaginer son monde. Un monde fait de terribles batailles gagnées à coups d’épées magiques, de furieux dragons et autres démons aux dents longues et affreuses qu’un simple regard suffit à faire déserter, fuir la bataille sanglante.
On erre dans un monde ténébreux, aux portes et confins de la folie face à la disparition de l’enfant. On ne sait si cela est plausible, véridique, si l’histoire racontée pourrait être une source, une vérité quelconque. Pourquoi pas d’ailleurs. On ne sait où vont les enfants qui disparaissent, s’envolent de leur plein gré par la fenêtre. Doit-on faire preuve d’un regard et caractère bien ordonné, cartésien ou laisser place à l’imagination forcée de l’enfant, lui laisser croire que tout est possible dans un autre monde, au risque de briser les rêves et les échappées ? 

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Grâce à la voix off, aux sous titres laissés comme de maigres indices, Busquet nous emmène dans ce terrifiant et inquiétant monde où les enfants disparaissent. C’est intrigant, décalé, à l’encontre des jolis romans et autres contes de notre enfance, de ce Neverland édulcoré. Une bande dessinée qui ne laisse guère le choix, ne permet guère de croire aux rêves et aux espoirs. On ne sait si on entre dans un thriller ou un roman fantastique tant les ressorts et l’intrigues sont aux portes de ces mondes, tant on pourrait croire que tout est possible, rien n’est fermé. Neverland ou un monde imaginaire inaccessible aux adultes, un monde intrigant et dérangeant à souhait.
Xoul utilise une palette graphique qui chavire entre un monde décalé, emplit d’un certain ordre, une hiérarchie décidée et un monde extraordinaire où règne un désordre, une forme d’ouragan lorsque le danger de la disparation se fait sentir. On erre entre un univers très élisabéthain, fantastique et un décor réaliste, très british, cup of tea s’il vous plait. Dérangeant à souhait là aussi. Dérangeant au point de se demander où se situe la frontière entre un monde parallèle, une quatrième dimension et notre monde bien factuel. 

Ceux qui restent est une bande dessinée qui interroge, dérange, coupe l’herbe sous le pied à tous les contes de fées et d’aventures de pirates. On ne sort pas indemne de cette lecture, ne sachant où placer le curseur, le bouton qui pourrait encore nous faire croire aux pays des rêves et des enfants qui volent dans des nuits étoilées. Frissons garantis. 

 

Les Bd de la semaine sont à retrouver chez Dame Noukette et lire le billet de Brize et ses brizées.

  

Ceux qui restent
Busquet et Xoul
Delcourt

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