l'imparfaite amitié

« On désir davantage ce qu’on ne possède pas et ce qu’on a perdu. Posséder tue le désir, à moins d’aimer extrêmement fort. Plus fort que tout, repousser toutes les tentations. Résister infatigablement. A tous les autres, tous les hommes, toutes les femmes, à toutes les offres, à tous les autres lièvres qui surgissent des fourrés et bondissent jusqu’à toi. Choisir à nouveau l’être aimé, aussi longtemps que possible, jusqu’au bout de l’histoire. Quand on parvient à choisir, on peut aimer encre, aimer très fort, et résister, et le choisir encore, en aimant du mieux qu’on peut. Choisir c’est s’inscrire dans la beauté de la durée. C’est encore ce qu’il y a, dans les relations humaines, de plus émouvant. » 

Que faire quand les bourrasques de la vie vous emporte dans son flot ininterrompu, lorsque pour aimer, il faut vivre, intensément, vivre à s‘en bruler la peau, à résister aux doutes et aux peurs, à endurer la croyance universelle qui nous force à obéir à un et unique amour, à faire de l’amitié une somme improbable de rencontres aussi éphémère qu’est l’instant présent.  

Aimer comme aimer l’amour, comme aimer l’amitié. Comme croire en l’autre peut-être et même encore plus qu’en soi. L’aimer encore plus que soi, y puiser sa source de confiance, de ténacité, d’endurance, sa croyance en l’autre, en soi. Une forme de choix, d’un choix, le choix de choisir l’autre, celui qui devient l’ami, le compagnon, la compagne, celui ou celle qui accompagne.  

Aimer d’une façon totale, dans le souffle de l’incertitude, dans la clarté d’une vie, d’un jour ou d’une nuit, d’une solitude. Peu importe les voyages, les pays traversés, la terre natale qui nous enracine.  Tout vouloir, tout posséder et ne plus rien avoir, perdue au fin fond d’une forêt où il ne reste qu’une boite remplie de souvenirs, souvenirs d’une vie, d’amours et d’amitiés, d’une vie de feux et de croyances, une vie où vivre c’est aimer très fort, choisir, résister. 

Vivre à en désobéir aux codes, aimer à en devenir endurant, endurant dans l’amour et l’amitié. Croire à l’imparfait, se convaincre que malgré lui, il peut être encore présent, définitif, futur, une continuité. Croire en à interrompre le temps qui s’écoule, revenir, flash-back et traverser de nouveau ce qui nous sépare du maintenant au passé, de l’ile enfance au Prague du présent. Choisir l’aventure, celle qui mène à l’amour, qu’importe si on en perd la vue, si la couleur passe, si le désir n’est plus. Qu’importe. 

Aimer.
L’amour.
L’amitié.

Même si cela est une « imparfaite amitié ». Même si amour et amitié ne sont pas compatibles, même si contrairement à l’amitié qui ne connait aucune contrainte, l’amour ligue les devoirs à la vie, oblige l’un à l’autre, conduit à interrompre le temps pour se laisser séduire, être emporté et écrire une histoire semblable, commune.

Aimer l’amour comme l’amitié et « S’inscrire dans la beauté de la durée. » 

Ecrire à l’enfant pour lui transmettre cette passion, la passion de la vie, de vivre intensément, d’aimer l’ami, le conjoint, celui et celle, ceux qui sont là, invisibles, éloignés et pourtant si présents dans une vie. Aimer l’amitié comme un talisman. Protection rapprochée. L’écrire à l’enfant parce qu’elle seule pourra comprendre la distance, pourra entendre ce souffle de liberté, cette page vierge, blanche où tout peut s’inscrire, se noter, comme un carnet de voyage jamais divulgué. Dérouler la vie, lui conter, lui narrer la force de ces émotions, de la force qu’on puise de ce qui parfait et imparfait, de ses entrelacements existentiels, de l’authentique sincérité. 

Aimer.
Fort.
Très fort.
Aimer très fort.
Résister.

S’aventurer en soi, en les autres, aller là où il est impossible de croire, y croire, vaincre mais ne pas tuer les désirs qui emportent encore plus loin, désobéir, se désobéir, repousser se qui n’est pas concevable, ne pas trahir. Choisir c’est résister et aimer. Aimer fort. Aimer très fort. Cesser d’être opaque ou transparent, se transformer et aimer, aimer, aimer, aimer, aimer, aimer. Aimer et être sincère. Dans « l’imparfaite amitié ». 

« La vie est courte et longue, surtout courte. »

Et avoir cette envie de retranscrire dans un carnet, des mots, des phrases, de les lire, les relire, y puiser comme une amitié imparfaite peut nous accompagner le long d’une vie, le temps d’un choix, d’un désir, d’une résistance. Le temps de s’aventurer en soi, de choisir et résister pour continuer. Créer l'écriture, créer une écriture, s'en emparer et se laisser prendre au jeu de "l'imparfaite amitié".

« Retiens bien cela Sabina :
1.       Aimer très fort
2.       Résister.
3.       Choisir. »

 

L’imparfaite amitié
Mylène bouchard
La peuplade