Je veux revenir « prophète en mon pays ».
Fouler son sol en héros.
Y être attendu. Acclamé. Vénéré.
C’est mon rêve de vieil enfant.
Mon rêve de banni en manque.
J’ai été chassé des terres qui m’ont vu naître. Même si c’est moi qui les ai fuies.

Depuis, je fantasme de les retrouver.
Pas comme je les ai quittées, ruiné, exsangue, effrayé. En deuil. Laissant mes larmes couler à mesure que la peur me quittait, sur ces routes dont j’ai bouffé la poussière. Avant la mer.

Je veux retrouver mes terres, non pas en descendant d’une pauvre barque, ou d’un pitoyable camion à marchandises.
Je veux surgir d’un avion, fouler le tarmac de l’aéroport, voir crépiter les flashes des appareils photos, entendre les applaudissements de mon peuple. J’ai lu dans un de ces magazines féminins qui trainent chez le médecin qu’il fallait avoir des rêves proportionnés, sinon gare à la chute. Donc des rêves, mais réalistes. Les miens ne le sont pas. Ils m’aident à tenir.

Un jour, je reviendrai. Pas grâce à l’argent que j’ai amassé ici. Pas comme touriste. Comme acteur de la vie future de mon pays. Ministre ou expert pour le nouveau gouvernement. 
Il n’y aura peut-être pas foule à l’aéroport, peut-être pas de crépitements de Smartphones, mais deux ou trois personnes qui se souviendront de moi, qui m’auront réclamé, qui penseront que l’avenir ne peut se faire sans moi… Pardon, des rêves proportionnés…

Ministre de l’éducation, ou de la santé, ou du sport, même.
Je serai un des hommes du renouveau et je retrousserai mes manches comme jamais. Pour mon pays qui enfin me ferait confiance.

Pour mon pays qui enfin me fera confiance. Pensée positive (un autre magazine féminin). Y croire. Visualiser son objectif, demander à « l’Univers », à Allah ça marche aussi, avancer en direction de mon rêve.

Ne pas le perdre en chemin.

 

Je veux revenir « prophète en mon pays ».
Mélanie Chappuis

 

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Mélanie Chappuis  c’est la femme faite femme, celle qui ose écrire nos doutes, peurs, nos certitude incertaines, nos émotions à fleurs de peau. Mélanie c’est une voix où la mélodie des mots chantent, prennent leur élan pour mieux affronter les phrases, oser sortir ce qui est en vrac, rendre chaud et tendre, doux et violent ce qui bouillonne. C’est une plume qu’il faut savoir attraper, lire, relire pour comprendre que l’écriture est là, présente, vrai, humaine, sincère. Elle ne tremble pas lorsqu’elle parle de nous, des hommes ou des femmes, de ceux qu’elle regarde, anime. Elle ne tremble pas lorsque le Léman rentre en fusion. Elle reste insoumise. Insoumise et libre. Frêle et pugnace à écrire et croire en l’humain, croire qu’il est possible d’être des sœurs, des frères, de continuer à se tenir les coudes, les mains, à défendre la veuve, le veuf et l’orphelin. Elle continue. t c’est cela qui fait de son écriture, une portée mélodieuse, une révolte en douceur et croyance, une colère qui n’emporte pas mais au contraire adoucit nous donne la force.

Mélanie Chappuis c’est oui une femme faite femme, une écrivaine faite écrivaine et une auteure qui demeure, malgré les bruits du monde, au chevet de ces croyances, de sa liberté et de ces envies.