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« Comme elle (Audour Ava Olasdotir), j’écris pour tenter de réparer le monde lorsqu’il perd son sens, et pour mettre la pagaille quand tout est trop propre et trop aligné. J’écris par mégalomanie, pour devenir présidente de l’univers. J’écris de la fiction pour créer le monde qui me manque, pour inventer une autre réalité possible, pour réécrire le passé et projeter le futur, pour fuir et pour plonger les mains dans le cambouis. J’écris pour qu’il y ait un endroit au moins où je me sente à ma place. […] J’écris parce que j’ai l’orgueil de penser que même si je n’ai pas de solution, je peux tout au moins apporter un regard. J’écris pour interroger, pour essayer de comprendre et pour voir mieux. »

  

Chère Coline,
 

Comme vous, j’ai bien longtemps cru que pour aimer les livres, il fallait automatiquement que les fins se terminent sur des champs de batailles où les cœurs s’arrachent à mains nues, que les histoires romantiques n’étaient faites que pour les petites filles en fleurs, les princesses en jupon rose et tutu blanc, les princes de Montségur et autres nobliaux qui partaient conquérir leurs belles sur de beaux destriers blancs. Bien longtemps ces livres, je les ai eu en horreur, l’horreur de découvrir que sous ces mots, tanguer une autre forme de violence loin de la réalité, de l’ironie tragique de la vie, des douleurs qui parsement le quotidien.  

Comme vous « je croyais, alors, que la douleur était la condition nécessaire à la création. Que les destins remarquables étaient le patrimoine exclusif de ceux qui ont vécu des tragédies, qu’il fallait la légitimité d’une histoire difficile ou d’une enfance dramatique pour devenir un.e artiste, pour être quelqu’un d’intéressant. » 

Oui mais voilà à trop vouloir toucher les ronces et les épines, j’ai oublié combien il est bon de se faire un baluchon d’histoires aux fins heureuses, d’histoires où le mot The End vient se coucher au pied d’une lettre et déposer de son encre, le fardeau des petits drames qu’on se construit et bâtit tout au long de sa vie. La souffrance et la tragédie ne résolvent pas la quête de douceur dans laquelle je m’enroule, dédramatise la violence et le tranchant des silex. La littérature peut-être autre chose, une porte qui ouvre une issue de secours, une écriture, une image. « J'ai compris plus tard que la souffrance n'était pas nécessaire pour grandir, qu'on pouvait vivre avec intensité en recherchant la douceur. J'ai découvert que les histoires drôles et lumineuses pouvaient aussi changer notre vie.»

Alors j’ai lu, je vous ai lu. J’ai dévoré des livres, me suis plongée dans les mots. Et pour bâtir un empire, il me fallait commencer par des bases : découvrir ce qu’écrire voulait dire, ce que lire donnait à ressentir. Cet accompagnement vers ce que l’on devine/imagine. Sans être dans la béatitude permanente ou l’absolue vénération d’un ou d’écrivains, lire me procurait/procure, une pensée, me transformait/e, me questionnait/e, me déplaçait/e, me faisait/t rêver, m’interpellait/e, me bousculait/e (et alors à quel sésame elle m’offrait/e), me rend/ait perméable au monde des émotions et de leurs compréhensions. Alors lire, écrire… Il n’y avait plus qu’un pas. Un tout petit pas. Celui qui résiste. 

« Etre optimiste, c’est déjà changer le monde ». Tout en continuant la lecture de votre petit ouvrage jaune-carré jaune, je devinais que derrière les phrases écrites se cachaient la beauté des mots, la douceur, l’éloge des fins heureuses qui ne sont qu’heureuses que pour celles et ceux qui le désirent. Je devinais la tendresse des sensibles, la beauté des émotifs, la caresse de ceux qui se cachent derrière les paravents et la complexité de l’existence, l’humour des sentiments, du bonheur et de l’amour. L’optimiste à l’état pur, pas celui de l’éternel béat, mais celui de la compassion, la gentillesse, celui de la liberté de création, du développement personnel et créatif. Vous deveniez et moi lectrice à vos mots, je prenais.
Je prenais en ayant conscience que les éloges ne sont pas si vains surtout lorsqu’ils s’adressent dans la bienveillance, offrent cette part de confiance que l’on perd en chemin, procurent un regard autre sur la violence qui fait ce monde et fait « de nous de bons petits soldats. ». Je prenais conscience qu’il ne faut pas « casser l’ambition des rêveurs », que la méfiance, le pessimisme qui nous agitent, ne doivent pas nous enraciner vers des fins tragiques, qu’il est important, comme pour l’enfant, de continuer à composer, à croire aux possibles, aux rêves, se relever, accepter les désirs comme on accepte de croire en nous, nous chérir comme cette arme redoutable aux doutes. Les rêves, ce trésor de douceurs, de bonheurs et de croyance qui nous aident à avancer. Toujours. Construire une fin heureuse qui n’est pas forcement une vie heureuse mais qui nous ouvre un vaste champ du possible, un livre où les écueils surgissent mais n’empêchent pas de nager, d’esquisser un futur.  

Votre écriture se lie à cela, relie les points qui mènent vers un choix qui offre un horizon, interroge mais ne ferme pas les portes et les fenêtres, procure l’imagination utile à la pensée. Vous lire pourrait s’apparenter à une forme d’insoumission aux règles préétablies, aux paragraphes pliés, aux bonheurs enjoués. Les fins heureuses de vos romans dits jeunesse, ne sont pas qu’une révolte de personnages malheureux. Non. Il y a une véritable action à l’imagination d’un réel, la désobéissance d’un monde formaté, d’une fin heureuse possible et envisageable. 

Votre petit livre jaune-carré jaune n’est pas qu’un éloge des fins heureuses et de l’écriture optimiste. Il est un réservoir inépuisable contre la morosité, la médiocrité, l’absence de pensées. Il est un courant contraire, une foi dans les rêves, la douceur, la bienveillance, l’insoumission, la différence, le plaisir, l’accompagnement, le devenir. Il est un élan vital vers le limpide, la construction, cette  cabane d’où vous faites trembler le monde, vous les auteurs, autrices, écrivains, écrivaines, illustratrices, artistes. Vous êtes notre réparatrice de jours moroses et gris, de jours sans sens et sans vie. Parce que :  

« Je veux écrire des livres qui donnent de l’espoir et de l’énergie, des livres qui sont des amis et des compagnons, des amours et des modèles, des livres qui donnent envie d’agir, d’être de meilleures personnes et de mettre sens dessus dessous le monde. Des livres lumineux et idéalistes.
Je ne sais pas si j’y parviendrais, mais je ne vais pas me censurer parce que l’échec est possible, parce que l’échec est probable.
C’est mon ambition que de donner de l’ambition. » 


Pour ce livre à la couverture jaune, pour ce doux éloge, cet intelligence des mots... Merci Coline. Merci.

 

(Ce petit « éloge des fins heureuses » est à commander auprès des Editions Monstrograph)

  

Eloge des fins heureuses
Coline Pierré
Monstrograph