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« La vie m’étreint ou me blesse mais ne me délaisse et ne me déçoit jamais. Si je tombe, ce n’est jamais que de ma hauteur, insignifiante comparée à celle, vertigineuse, du bonheur à être dans l’existence, je veux dire à participer à la fabrication de son existence. Sa propre voie. Une vie, une voie. Sinon, c’est qu’on a abandonné la partie, qu’on s’en est remis au religieux. Si on suit tous la même voie, c’est qu’on n’a pas pris le bon embranchement, c’est qu’on a raté la rencontre avec soi-même. C’est vivre à côté de soi. C’est aussi ne démériter jamais trop, les torts sont partagés. » 

J’ai lu ce roman comme on découvre un miroir, on décide d’enlever les zones d’ombre, de nettoyer sa peau et son corps de ces impuretés qu’on amasse, ces résidus et pollutions qui nous atteignent. J’ai lu ce roman comme on accepte de laisser entrevoir, percevoir la lumière qui est en nous, comme on accepte de dire au revoir à nos grisailles, nos fatigues de la vie, nos émotions bourrasques. J’ai lu ce livre comme on rencontre un regard qui nous prend par la main, nous emmène à bifurquer nos chemins, à entrevoir d’autres destins, d’autres façons de se voir, de voir, de marcher, de comprendre nos mémoires enfouis, nos silences qui nous essoufflent, nos peurs irraisonnées. J’ai lu ce roman en me demandant si j’allais l’aimer…
Et puis, telle une envolée, tel un lâché-prise j’ai cédé, les digues ont lâché, je me suis sentie enveloppée, suspendue dans un moment d’évanescence, un tourbillon de gratitude et de bienveillance envers moi, une liberté trouvée.  

  • « Nous sommes constitués en partie de ce qui s’est joué dans la vie de nos aïeux. C’est une sorte d’héritage involontaire et inconscient. C’est même plus que cela. C’est une part de nous, une infime partie de chacune de nos cellules qui nous constituent et nous font penser, agir ou ressentir. Or, cette part de nous qui nous vient du passé pèse parfois si lourd qu’elle entrave notre existence et rend difficile l’accès à notre nature profonde. »  

Je pourrais vous décrire l’histoire, somme toute presque banale, une histoire mille fois racontée, mille fois lue. Mais il n’y a pas d’histoire banale, il n’y a pas d’amour et de beauté qui ne soient d’une caresse, d’une infime particule de vie et d’une banalité. Il y a ce qu’on était, ce qu’on est et ce qu’on accepte d’être. Qu’importe si cela est une banalité, qu’importe si cela semble être répété, acquis. La vie n’est pas un rendez vous fixé. La vie n’est qu’un moment, un passage dans lequel on accepte de vivre pleinement ce qui nous arrive au moment où il nous arrive. La vie n’est qu’une vie, même si elle parait à des moments, des passages, être en survie. Elle n’est que vie. Celle qu’on lui octroie, celle que l’on accepte un jour de laisser venir.

Et il y a « deux stations avant Concorde », deux stations où l’on accepte enfin d’entrevoir autre chose, de changer notre destin, de comprendre les remparts, les peurs et craintes que l’on se dresse, de tendre la main vers soi, de prendre pleinement conscience de cette compassion qu’on ignore. Deux stations comme  un rendez vous avec soi, un instant où l’on tend la main vers autre chose que la souffrance, la douleur,  qui nous étreint. Deux stations comme une lumière qui se diffuse, infuse et laisse percer ce qui est le plus beau et le plus fort de soi, ce qui nous anime, nous laisse entrevoir que sans cette lumière, sans ce soi, nous ne pourrions poursuivre notre voyage.
Deux stations où le possible vient, où la peur se vainc, où le craintes tombent, où le bonheur se lit dans nos mains, sur nos corps abandonnés aux libertés permises, aux libertés naissantes. Deux stations pour apprendre sur soi, apprendre ce qui nous lie, ce qui nous liait, ce qui nous liera désormais. Deux stations comme une liberté que l’on acquit.  

  • «  Chaque pas est une victoire, car le miracle est toujours là. Ce miracle d’être présente, de ne pas rêver d’ailleurs et d’autrement, de se suffire, d’être émerveillée. Ma tranquillité trouve sûrement sa place ici, à l’endroit où je suis quand rien d’autre ne m’appelle. Là où je suis moi, mais aussi l’autre et l’ailleurs. Plus besoin de des limites d’un châssis pour me définir. Je ne suis plus au monde. Je suis le monde. » 

J’aurai pu vous parler de ce roman, vous décrire sa beauté des peaux qui se déshabillent, de ces filets de lumières qui s’en échappe, de la volupté et la sensualité qui naissent, de tous ces silences qui se meurent dans les vérités naissantes. Des silences qui laissent place à la vie, à cette vie que l’on refuse parfois.
J’aurai pu …
Mais il y a mieux que de vous narrer l’histoire, cette histoire d’amour, cette histoire surtout de vie. Il y a mieux, mille fois mieux. Il y a juste deux arrêts, deux arrêts et vous, deux arrêts et un regard qui change tout. Deux arrêts pour une survie ou pour une erreur. Deux arrêts pour la vie. 

  • « Les musées ont toujours été mon havre de paix. Ils sont l’endroit où je ne suis rien d’autre qu’une particule invisible navigant entre le ventre de l’artiste et son œuvre, respirant l’odeur de ses espoirs, de ses illusions et de sa sueur, où rien d’autre ne peut m’atteindre, et surtout pas mes doutes. […] Je suis là où je deviens canal de lumière et j’épouse le sens du monde, là où les résistances s’évanouissent. »
  •  «  Je suis la matière, l’asphalte de mes semelles qui luttent contre l’eau, l’air frais du matin que mes mains balaient en rythme, les larmes ou les sourires que je devine derrière le masque des gens que je croise. Je suis l’un des milliards d’atomes qui constituent le spectacle de la vie en même temps que ce spectacle se joue tout entier en moi. »

 

« Deux stations avant Concorde » de Peire Aussane fait partie de la sélection des 68 premières fois, édition 2018. A retrouver sur le site, toutes les chroniques des éditions passées et de celles en cours ainsi que les diverses opérations menées.

  

Deux silences avant Concorde
Peire Aussane
Michalon

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