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« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. » 

Il est toujours délicat de parler de l'handicap en particulier celui qui ne se voit pas mais se vit dans ses émotions, dans les situations quotidiennes, dans la délicate situation de l'autisme Asperger. L'autisme ce n'est pas que cet enfant qui se balance d'un pied sur l'autre ou fait de sa violence un acte de vie. Ce n’est pas cet enfant qui surgit dans des gestes désordonnés et inconscient, qui éructe la vie comme on éructe les autres. Ce sont aussi les silences, l'incapacité de décrire ses ressentis, de comprendre le mécanisme humain, ses rouages subtiles et incompréhensibles. Ce sont les situations d’échecs et d’incapacités décriés par ceux qui y arrivent. Ce sont ces boules d’émotions, ces angoisses qui électrifient, alourdissent, submergent et empêchent toutes volontés ou envies. 

Et puis il y a l’autisme, celui de l’adulte dont on ne sait plus trop quoi faire ou comment gérer, l’autisme qu’il faut apprendre à maitriser, vivre avec, ressentir toutes ses différences et en faire non pas un chemin de croix, mais un chemin de vie, un chemin à soi.
Il faut passer par les étapes du grandir en soi et avec les autres, affronter le rejet, la diversification policée, l'uniformisation. Compliqué lorsqu'il faut déjà s'accepter, accepter d'être différent, de ne pas « être obligé d'être dans le moule ».
Alors lorsque le narrateur doit faire face à Julien Lepers et ses fameuses questions pour un champion, c'est son histoire qui se raconte. 

Car oui Einstein, le sexe et moi est un livre sur l’autisme Asperger, sur cette difficulté à vivre dans un monde inadapté à cette différence, aux différences. Mais la particularité et la force de ce roman est qu’il ne joue pas sur la corde fragile de la difficulté ou l’acceptation. Olivier Liron nous embarque dans son monde, dans cet univers où les émissions de télévisions, où le fameux « questions pour un champion » devient le centre du monde, ce prisme par lequel le narrateur nous explique pourquoi cela est important pour lui de gagner ce jeu, de devenir le champion et de détrôner ainsi Michel, le héros, le roi, le super de tous les supers champions. 

J'aurai facilement pu passer à côté de ce petit livre à la poésie chantante et subtile. Une écriture qui manquait de finitions, un peu brouillonne, gauche, tendre mais jouant sur la corde sensible du qu’est ce qu’être autiste. J’aurai pu. Et cela aurait foutrement dommage, diaboliquement à côté de la plaque tant Olivier Liron manie avec grâce et humour, la poésie et le lexique des mots, la profondeur de la phrase et la véracité des émotions.
Car oui, il y a ce quelque chose de véritablement attachant, de tendre, de colérique aussi dans « Einstein le sexe et moi » Une colère contre une société qui renvoie l'handicap dans un monde d'inadaptés et inadaptables. Un monde où la différence ne peut être admise. Une colère qui peut paraître violente mais qui est finalement saine. Saine car vrai et sincère, sans ombrage ni haine. Une colère qui nous renvoie dans nos questionnements de la situation d’handicap, de la non ou mal prise en charge des différences organiques ou psychiques.  

  • « Cela restera à jamais pour moi incompréhensible, cette violence. ça marque au fer rouge. S’il n’y avait que les brimades, les blagues sur Forrest Gump et les insultes.  On pourrait essayer d’oublier. Mais la façon ont les autres vous font comprendre votre différence, ça s’inscrit aussi dans le corps. » 

Car non l’autisme n’est pas une maladie. L’autisme est un fait, comme cela est un fait d’écrire avec la main gauche et de ne pas comprendre pourquoi on vous dit que cela n’est pas bien, de ressentir les émotions à fleur de peau alors que d’autres semblent indifférents à la brûlure, de courir après la vie quand certains courent après le temps. C’est un fait d’aimer, d’aimer et le dire, dire que la vie est différente pour chacun de nous et cela quelque soit sa différence. Nous sommes tous des super-champions (sauf à questions pour un champion où j’avoue être une buse lorsqu’il me vient à tomber sur l’ex émission)

Olivier Liron fait de ce récit, une histoire pied de nez où l'humour vient déposer sa tendresse, où l'amour de la vie se fait plus fort, doux, lumineux, où les émotions se vivent intensément et font de cet homme, un homme à part entière, sa part à lui, son soi, son simple soi. Un homme autiste Asperger mais avant tout un homme. 

La différence ne se voit que parce qu'on la désigne, la vit. A chacun de faire en sorte de n'être jamais dans un moule et de faire de sa vie, une fête tendre, la plus tendre possible et de rester insoumis contre ce qui nous révolte.
 

  • «  Dès la naissance on ne le sait pas encore, mais il n'y a plus qu'attendre la mort en essayant d'être tendre avec soi, le plus tendre possible, et révolté contre tout le reste. Il suffit de le comprendre pour que la vie devienne une fête. »

Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron fait parti de la sélectiondes 68 premières fois, éditions 2018. A retrouver sur le site, toutes les chroniques des éditions passées, en cours ainsi que les diverses opérations menées.

  

Einstein, le sexe et moi
Olivier Liron
Alma Editeur

 

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