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« Moi un ange ? Chuis Gru-Mo la pire mésange ! L’alerte orange. Le petit truc qui dérange. Une tarte aux phalanges. Si t’as des amis, j’en fais pas partie. Alors vis ta vie, prends ton peuslip et va voir ailleurs si j’y suis. Wow t’as pigé ? Bouge ou j’te kick la truffe ! »

 

C’est bien connu maintenant : dans la forêt lointaine, on n’entend pas que le hibou qui du haut de son grand chêne répond au coucou. Que nenni ! On y entend les cris et la ola du petit peuple vivant en harmonie, dans l’attente fébrile et excitante de la grande course « rapide et furieux » (ça ne vous rappelle rien) qui rassemble les meilleurs champions.
C’est que cette course de dingos n’est pas comme les autres. Elle est le phénomène où chaque habitant entre en ébullition, se met en quatre pour encourager son héros, son athlète, son bolide préféré. Fanions aux branches, la ligne de départ en point de mire, le village sort les drapeaux, les banderoles et les tuniques aux couleurs des champions. L’écureuil commerçant n’en perd pas une épargne et noisette à gogo ses cakes, saucisses, chips et cornet de lait. Quel suspens dans les gradins, quelle tension dans les terriers ! Le spectacle est garanti et la température à son apogée ! Ça envoie du bois !

Seulement « tout irait pour le mieux s’il n’y avait pas un problème », un ver dans l’arbre, un pyromane du feutre à l’encre rouge indélébile. Tout irait pour le mieux si les affiches n’étaient pas dégradées, taguées à la bombe aux mots de « nul », « trop  nul », « c’est nul cette forêt » !
Qui est ce fou furieux, ce Rambo des arbustes et futaie ? Qui est cet être que même la brigade anti-loup, rendue pacifiste et un poil blaireau depuis la capitulation du grand méchant à poils noirs, n’arrive pas à contenir ? Qui est ce dangereux délinquant qui s’en prend, au plus grand championnat de la forêt lointaine où on n'entend plus le hibou répondre au coucou ?
La peur frappe aux tanières, les genoux tremblent, les moustaches sont en émoi. Le loup, le grand méchant loup, celui en slip, ce slip qui lui scie si bien, l’empêche d’avoir froid à son derrière, le loup donc, celui que plus personne ne craint, est délégué pour trouver le responsable. Car qui peut, à part lui, faire vraiment super peur, faire trembler de genoux et rendre raide les moustaches ? Qui peut à l’aide d’un slip, mais attention hein, un super slip, peut découvrir qui se cache derrière ces actes d’une barbarie sauvage ?

« Qui peut bien se laisser aller à une telle violence ? Un ours ? Un ogre ? Un monstre énorme, repoussant et gluant ? »

Ainsi le loup s’enfonce et « avance à pas de loup en slip. (C’est comme avancer à pas de loup mais en plus, on serre les fesses au fond de son slip) ». Tatammmmm !

 

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Rien à dire le trio Lupano, Itoiz et Cauuet a encore frappé. Droit au but ! Droit dans le mille ! Un vol plané, un tourbillon looping d’émotions, de plumes que l’on laisse aller au bord des chemins, d’ailes que l’on déploie alors que l’on s’en croit dépourvu.  

Sans s’y attendre, on entre dans un monde où tout ne tourne pas rond, où courir à tire d’ailes relève d’un exploit plus que sportif, où la haine et la jalousie, le ressenti et la colère peuvent donner les pires conneries que l’on puisse faire. Car rien n’est facile lorsqu’on est un tout petit oisillon, une mésange de rien du tout, qui du haut de son aile toute pourrite, ne peut voler. Rien n’est facile quand on est handicapé.

« Au pire j’volette ! La défaite ! » 

Le scénario part dans des loopings insensés. Lupano vise fin, sans se départir de son humour et son petit côté anar qui fait que l’on affectionne ce loup en slip à bandes rouges. On l’aime même terriblement. Comme un bon vieux pote, celui qui nous réconcilie avec un monde qui ne tourne plus très rond, qui oublie le long des chemins cabossés, ceux qui ont du mal à avancer, qui ne peuvent pas toujours traverser la route comme il le voudrait, ou voler à tire d’ailes vers les cieux dont ils rêvent. Un loup Lupano qui n’hésite pas à donner son ultime vêtement, porter secours, donner l’élan nécessaire et vital, précieux, pour rêver encore plus haut, atteindre les nuages et s’en foutre d’être le héros. Qu’importe l’aile toute pourrite.

Itoïz apporte sa fraicheur, les couleurs et le graphisme qui mettent en scène tout ce petit monde. Rien est oublier et on a un malin plaisir à fouiller les planches et dénicher les jeux de mots-dessins, les rebondissements qui nous narrent l’histoire. On découvre ainsi une mésange cagoulée, jaune saillant, à la mine patibulaire qui ferait peur au chat potté : ça zinzinule sec à la bombe pyromane rouge écarlate. Et j’avoue que j’ai éclaté de rire devant la jouissance rouge colère d’une petite mésange à la mine brrrrr poc poc. C’est tordant et à la fois  tendre, cette solidarité qui ressort lorsqu’on aborde l’handicap, l’impossibilité de concrétiser ses rêves. On prend de la hauteur, la forêt devient le lieu des possibles et la solidarité rouge slip se met en branle (pardonnez-moi, elle était facile). Ça nous file des frissons, c’est pas pour dire ! Des grands frissons !!

Quand à la scène finale, on retrouve, sous la plume de Cauuet, nos 3 vieux farceurs, nos trois vieux snocks, pas dévissés du fourneau. On jubile, on s’éclaffe et on trouve un poil farceur qu’ils restent tels qu’ils sont : moralisateurs, anars et rien à foutre de ce qui n’est pas possible. Surtout lorsque c’est pour aller chercher Juliette à la garderie. Je like, je rage à fond ! Gnnnnnn ….


Bref un coup de cœur signé les vieux fourneaux pour ce loup en slip slip hip hip ! Et vive les vols planés et loopings à tire d’ailes. Vive les ailes toutes pourrites et les slips qui catapultent au loin les piafs très en colère !  

 

« Si tu crois pas en moi… Crois en mon slip ! » … Telle sera dorénavant ma devise ! 

 

Le loup en slip slip hip hip !
Lupano, Itoïz et Cauuet
Dargaud

 

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