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« Il y a des choses qui me dépassent dans ce monde. Comment des parents peuvent en vouloir à leur enfant d’être différent ? C’est une richesse, la différence. C’est ce qu’on devrait enseigner à l´école. Le problème des adultes, c’est qu’ils sont ratatinés. Ils ne savent plus se hisser à hauteur d’enfant... »

 Il y a des rencontres qui se font longtemps après avoir refermé les dernières pages d'un ouvrage. Des instants de lecture persisiants alors que l‘on avait jugé cet album graphique  loin de ce que j'aimais, des phrases qui reviennent et prennent croissances en nous, des  couleurs, des tons, des images et personnages résistants au temps. Il y a des lectures que l’on juge sur la pointe des pieds et du bout des lèvres, jolies, sympathiques et qui, on ne sait pourquoi, nous imprègnent. Au-delà du joli et du sympathique. Au-delà de tout. Est-ce à dire que finalement Gwénola Morizur et Marie Duvoisin ont réussi leur coup… cela m’en a tout l’air ! Et pour mon plus grand bonheur aussi finalement . 

Alors oui « Nos embellies » utilise les ressorts classiques, les codees d’un bon bouquin qui fait du bien, un bon feel-good. Il y a l’enfant venant de loin et qui se sent abandonné, rejeté. Celle qui le recueille de manière impromptue, une tante lointaine et inconnue, qui n’a jamais eu d’enfant et qui doit faire face à une grossesse surprise et pas forcément désirée. Il y a l’ado limite délinquant, rejeton mal compris, au look destroye dont il va falloir apprendre à faire avec. On y rencontre le paysan un poil ermite au fond de sa montagne, qui est l’hospitalité même, chez qui la délicatesse, la générosité sont les principales qualités. On y trouve le repos des guerriers, la tranquillité des esprits et l’apprentissage de l’autre, des autres. On y  apprend les choses simples, celles qui nous réconcilies, nous font avancer et prendre par la main, l’enfant qui est en nous, celui qui est là et celui qui vient. Tout cela dans un road-movie façon « je vous emmène sur les chemins  des souvenirs dans lesquels vous allez explorer de nouveaux sentiers en apprenant à vous connaitre et vous aimer ». Lumineux !

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Vu comme cela le roman graphique sent bon l’armée des sages, des esprits bienfaisants et bienveillants.Oui et c’est un grand oui. Un grand oui de bonheur et de simplicité, de lumineux justement, de ce quelque chose de bon, de doux qu’il faut rappeler finalement sans cesse. De ces bouts de chaleurs humaines qui se glissent sur les pas des portes ouvertes, de ces mains qui s’emparent des nôtres, parce que la peur, la crainte leur font dire que la personne qui est à leur côté est celle qui est là pour les guider, les aimer, que l’abandon n’est jamais source de solitude mais de découvertes d’un autre monde, son monde, qu’il est bon de ne pas toujours respecter les chemins goudronnés, que les sorties de route ne sont pas que des accidents mais aussi des cheminements qui nous offrent d’autres possibilités.

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Nos embellies de Gwénola Morizur et Marie Duvoisin ont ce quelque chose de tendre. Une tendresse touchante, délicate qui aborde bien sûr les codes de ces romans qui font du bien, mais n’en abusent pas. On ressent ce bonheur a découvrir et lire, ce quelque chose qui vient se glisser là entre la veine et l’aorte, ce quelque chose qui fait battre le cœur, remonter le mécanisme, rendre la vie plus belle,  plus vraie, plus  humaine, qui donne envie de retrouver le goût à la vie, aux bonheurs simples, aux grandes évadées.

Et c’est peut-être pour cela que j’ai aimé cette bande dessinée, pour tout ce qui s’y glisse, pour la sagesse et la douceur du scénario, la beauté des paysages traversés, les couleurs douces et lumineuses employées, la palette d’émotions qui s’y greffe en toute simplicité et respect, la poésie du moment présent, du lieu enchanté. C’est peut-être pour cela que plus d’un mois après j’ai encore envie d’en parler, de la prêter, de la conseiller.
Juste pour cela nos embellies de Gwénola Morizur et Marie Duvoisin est une BD qui se doit d’être lue et aimée. Vraiment. Dans la simplicité et la tendresse d’une lecture lumineuse qui reste amarrée au cœur et à l’âme, à la poésie du moment, à la beauté de l'instant et des rencontres , au goût de la vie.

« - Tu sais Lily, on a les parents qu'on a. Mais un beau jour il faut tourner la page et se réconcilier avec son histoire. Quand on devient parent à notre tour, rien ne nous empêche de faire différemment.
-Mais c'est comment, différemment ?
- Sois indulgente avec toi-même. Et donne le meilleur. Toujours. »

 

L'ensemble des bulles de la semaine est à retrouver chez Moka qui nous présente un superbe illustré !

 

Nos embellies
Gwénola Morizur - Marie Duvoisin
Grand Angle
 

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