Costa-Belgica

« La mer du Nord, son Mercator, son James Ensor et son rat mort, ses châteaux forts, ses ports, ses phares, ses sémaphores, ses boutiques, ses restaurants panoramiques, ses Freddy, ses Candys, Melody, ses Jef, ses Jacq, ses Jan, ses Jos, son Jaco, Mariano, son Arno, San Marin et Marina et son tram longiligne qui travelling le long de l’eau… » 

 

Un petit livret couleur bleu mer, bleu gris, bleu ciel bas et horizons où le regard porte loin. Un petit livret bleu couleur douce marine, couleur qui donne envie de tourner les pages et de laisser voguer les mots et les yeux, de se laisser porter par l’air iodé, l’air qui vient, qui passe, qui fait que la mer est là. Présente. Ensorcelante.
Un livret bleu et une gravure : l’écume blanche, les nuages se reflétant dans l’eau. Rêverie d’une vue marine, poésie d’un instant fugace et inoubliable.
Un petit livret bleu, une gravure et un titre : Costa Belgica. La côte Belge, l’autre côte d’opale, l’autre partie qui borde cette mer du Nord, ces plages de La Panne à Konkke-Heist, ces 66 kilomètres  de sable blanc, de sable flamand, des bords de la frontières française à celle de ce pays haut nommé Nederland.

« Parfois, un vent oblique enfle toiles et K-way. Les yeux piquent, les pique-niques croquent et y’à même pas une petite crique pour s’abriter. »

Quoi de plus beau qu’une côte,  qu’un bord de mer, que le regard qui porte au loin, laisse place à la rêverie, aux jeux d’enfants, aux balades le long du belvédère, de l’avenue qui mène à la plage. On part de la jetée et on se laisse aller : on borde les dunes, les ports où sont amarrés les bateaux qui partent vers d’autre bords marins, vers ces plages de l’autre cote nordique ou polaire, les autres côtes Baltiques.
On croise les joggeurs des matins dynamiques, les enfants bâtissant des châteaux en Belgique aux fleurs en crépon piquées dans le sable jouant contre les vents et les marées. Les mères se prélassent sur les transats rayés, discutant, bouquinant. Des couples se forment. Les casinos se dressent au loin, minarets des arts déco et des heures de gloire de ces villes balnéaires construites à la va-vite. Le tram dresse son pantographe, fier de son accès privilégié aux plages bordant la côte Belge sentant les fricadelles, les crevettes à éplucher, les crêpes suzon. On va de villes en villes, d’un lieu à un autre, de  Nieuwpoort à Zwin en passant par Middelkerke.

« Ici, il y a peu de bleu. Et quand il pleut, les verts sont gris, les gris vernis. »

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On ouvre ce petit livre, délasse le lacet qui l’entoure tel un cadeau que l’on ouvre délicatement et nous vient en tête les mots d’amour de Brel pour ce plat pays, cette mer au rivage unique, ces vagues et dunes qui arrêtent les vagues, ces brumes limitant l’horizon et offrant ces couleurs uniques faites de gris bleutés, de gris vernis, de verts où le soleil transparait entre des nuages chemins de pluie.  Nous vient la poésie d’une mer, de la mer, celle du Nord, celle tant décrié par ceux des autres mers, des autres pointes, celle du Raz, du Cap Martin ou celui que l’on dit Vert, la côte que l’on dit sauvage ou fleurie suivant les endroits. La Costa Belgica, la côte Belge et ce dernier terrain vague, les vents battant ouest.

« Un jour, quand j’ai assez mariné, je pars. Mais comme la marée je reviens toujours à mon point de départ. »

On ouvre ce petit livret accordéon est nous vient toute la poésie, le charme désuet, nostalgique d’un pays plat, la chanson d’un pays loin et à la fois si proche. On se rapproche, on observe le trait fin les mille et un objets qui se rassemblent devant nos yeux, soufflant le rêve et le repos, l’instant fugace du vent qui plie les fleurs de crépons, balaie le sable, offrant aux visages la réjouissance du piquant, de l’air marin.
Le croquis devient esquisse, malice, dessin complet qui s’étire de page en page telle la côte belge qui relie ses quelques 66 kilomètres de plages et de villes, de digues et de dunes.
On joue sur les mots, les rimes, l’humour belge où sonnent les assonances, les évocations à, d’autres lieux. On compare et on sourit, sourit face à la force de la poésie, de ce vent oblique qui nous ramène vers cette côte, ce lieu.

« Les médisants – que je maudis – disent ses maux. Je ne dis mot, mais je consens à ses défauts : cette mer m’est nécessaire. »

Et comme une envie folle d’aller se frotter à la côte, de laisser porter son regard bruisser au vent lointain, au plat pays qui n’est pas le mien et à l’horizon bas, de tendre sn visage à la bruine et de chantonner tel Arno qu’elles sont belles ces côtes du bord de mer, cette côte Belge. 

 

Costa belgica
Geneviève Casterman
Esperluète Editions

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