005927176

« Il était une fois une famille taupe tout à fait comme les autres, on les appelait les Biloba. Ils vivaient dans le creux d’un arbre en été. Il y avait deux sœurs, Esther et Daria. Il y avait une maman et un papa. Elle était comme ça, cette famille là.
Aujourd’hui je vais vous raconter l’histoire de Bartock, le plus petit des Biloba. » 

Bartok Biloba, toute petite taupe  la bouille noire et blanche n’a qu’une seule et unique envie, partir à l’aventure, s’engager au-delà des chemins connus, pénétrer dans la forêt et voir la grande vallée. 
C’est que Bartok n’est pas encore la grande taupe adulte qu’il aimerait être. Il en est même encore un peu loin. Loin d’être aussi grand que ses sœurs qui jouent devant lui à courir par monts et par vaux. 

 « Chez les bartok pendant que les parents s’occupaient de leurs affaires, les enfants pouvaient jouer partout. Ils pouvaient jouer partout sauf houlala jamais jamais houlala jamais dans la grande vallée. »

Lui aussi aimerait s‘échapper, s’enfoncer dans le grandes herbes, se laisser dériver, nez en l’air à faire la planche sur la rivière, partager quelques instants fugaces et rigolotes avec Rita, jolie petite ratonne-laveuse qui a traité son petit frère de bachibouzouk, mettre le nez là où les fleurs parsèment de leurs odeurs les champs fleuris, manger des vers de terre à quatre heures parce que même si les taupes ne voient rien, cela ne les empêchent pas d’avoir faim et encore plus Bartok qui a un bon appétit.
Mais voilà dans la Grande vallée, il y a aussi un loup. Et le loup on le sait tous qu’il ne faut surtout pas faire de mal à son potager, y creuser des galeries ou des trous. Et quand on est une taupe, même une toute petite-taupe de rien du tout, il ne faut pas trop chercher à jour avec le loup…

 mep-echappee-de-bartok-biloba-15

Bartok Biloba est une toute histoire initiatique, simple, poétique ne donnant qu’une seule envie, s’allonger dans un champ de blé ou de fleurs, patauger dans la rivière, s'y glisser et s’amuser avec quelques bulles de savon. Et Que dire quand l’illustratrice, Lolita Séchan nous invite à rester tranquille près d’un petit ruisseau à écouter le bruit de l’eau, la bise du vent, la bulle qui fait ploc, la petite chanson ritournelle des kilomètres « à pattes qui use, qui use, qui use les d’ssous d’pieds ». Que dire quand tout inspire au beau, au délicieux, au repos, au bonheur fugace avant qu’il ne se sauve, avant que le chatouillis des libellules ne soient plus qu’un souvenir, que le bruit du loup couvre le silence rayonnant des galeries et des chemins qui ornent la grande vallée.  

sans-titreLolita Séchan a encore une fois su me séduire avec la grâce d’un feutre à mine fine, très fine même, quasi minimaliste. Deux albums d’un seul et unique ton : noir sur fond blanc. Un feutre noir sur une page blanche. Un feutre fin qui capture un petit monde comme on dessine finement et tout doucement, sans rien omettre pour faire un monde à hauteur de taupes.
La finesse du trait se pose et la poésie entre en scène. Une poésie juste et simplement saine, naturelle. Comme un graffiti, une estampe, une encre de chine. Poétique et irrésistible. L’humour s’installe, la malice l’accompagne. On rit, on sourit, on marche avec Bartok, nous prenant l’envie subite de paresser un poil, de nous réchauffer au feu chez des amis.

C’est quasi craquant de ne pas aimer cete petite bouille noire et blanche, de ne pas, nous aussi, creuser de notre bout du nez, une galerie souterraine nous rapprochant de notre famille qui vit à l’autre bout de la Grande Vallée. On se ramollit pareille à la limace lorsqu’elle est heureuse et se trémousse de joie dans l’herbe et la terre (si si je vous promets qu’une limace quand elle est heureuse se trémousse de joie dans l’herbe et la terre), on joue avec les bulles de savon, onn construit des cabanes et urtout on apprend à savourer le rien.  Et juste pour cela et l’ami hérisson qui parsème les pages (comme un clin d’œil à l’ami Gotlib) on en vient à adorer cet album où la magie réside dans la contemplation, dans le minimaliste et la malice. 

mep-echappee-de-bartok-biloba-26


Une échappée de Bartok Biloba
de Lolita Séchan est un petit bijou qui donne envie de se frotter le nez dans l’herbe, d’imiter le vol de la libellule qui fait chtong chtong, ffle ffle, danser comme un ver de terre chti-ki-ting chti-ki-ting chti-ki-ting plouf dans la suite qui nous est fournie à son échappée, le tout petit livre à la couverture. Bref Barto Biloba c’est juste du bonheur, la simplicité, la finese et délicatesse du trait et le bonheur de l’aventure, celle « de rester tranquille près d’un petit ruisseau et écouter ».

 « Non mais jo dis ho c’est pas un peu fini ce tintamarre ? Dodo les mouches ! »

  

Une échappée de Bartok Biloba
Tout le monde devrait rester tranquille près d’un petit ruisseau et écouter
Lolita Séchan
Acte Sud BD

PlancheA_351523