appelez-moi-nathan

« Je me suis jamais senti fille. Ma mère me forçait à mettre des robes. Je le faisais pour lui faire plaisir. J'étais déguisé. Comme les singes qu'on habille en humains. »

 

Elle s’appelle Lila. Pour les autres, sa famille, ses parents, son petit frère, ses amis, ses potes du collège, les profs, l’administration… Lila. Celle qui doit porter une belle robe jaune le jour de son anniversaire, celle qui ne peut pas jouer avec les gars au water polo parce qu’elle est une fille. Celle qui doit correspondre à tous les clichés d’un Noël rose.
Mais ça veut dire quoi être une fille quand rien ne pousse et ne fait qu’on a envie de le devenir. C’est quoi une fille quand Lila ne ressent rien, aucune émotion face à ce genre qu’elle a reçu à sa naissance ? C’est quoi être une fille quand tout ce qu’il l’inspire à être et devenir, ressentir est d’être un garçon, devenir un homme, de ressentir une pulsion forte et bien plus qu’émotionnelle à être du sexe opposé au sien.

Elle s’appelle Lila été ce n’est pas Lila qu’elle aimerait qu’on l’appelle, qu’elle aimerait être. Elle ce qu’elle veut, c’est être Nathan. Nathan Molina. Se faire appeler Nathan. Devenir Nathan Molina. Ce garçon qui est en elle. Cet homme, ce garçon qui habite son corps, qu’elle a toujours su qu’il était elle, celui qui est née en elle alors que son identité administrative et officielle clame qu’elle est femme. Nathan dans le corps de Lila, Lila dans le cœur et l’âme de Nathan. Lila et Nathan. Nathan et Lila. Nathan pas Lila. Ce corps étranger dans une identité qui n’est pas la sienne, ce corps étranger qui la bouscule, la fait vivre, lui donne une chance de devenir. D’être lui après avoir été elle. Lila. Lila et Nathan, Nathan et Lila. Nathan.

 « Tu comprends rien ! Je suis un garçon ! Un garçon !!! Vous m’avez fait avec des seins pourris et une voix de merde !!! J’suis pas une fille !! Vous n’avez pas de fille. A partir de maintenant, appelez-moi Nathan. » 

nathan

Comment devenir soi, comment admettre une identité quand celle que l’on acquiert à la naissance n’est pas celle/celui dans laquelle on se reconnait, on est. Car au-delà du genre, des sexes, ce qu’aborde cette bande dessinée est une recherche de soi, une décision que nulle ne peut prendre, un changement radical de ce qui est nous, ce qui est soi, un enfant né dans un sexe mais qui ne peut se retrouver que dans un autre, une quête, son identité pure, sa vie même. La souffrance ressentie à ne pas être né dans le bon corps, la bonne âme. La souffrance de devoir vivre, grandir avec le corps d’une autre, de connaitre et ressentir plus qu’un mal être, une quête éperdue de ce genre qu’elle/il ressent en elle/lui et qui ne l’est pas aux yeux des autres, de la société.
Comment être en cohérence avec soi quand le parcours pour y devenir est un parcours du combattant, que le courage, l’abnégation, la bravoure, l’amitié et la confiance en soi, en ces autres qui sont là, soutiennent, épaulent dans les moments de doute ou de folie, comment devenir soi quand tout pousse à l’encontre de cela ? 
Comment accepter qu’il puisse être possible d’être transgenre, transidentité alors qu’il est tout simplement impossible de vivre dans le corps de cette personne avec lequel on est né. Etre transgenre, être un genre, être soi, être quelqu'un. Surtout. Avant tout. Cette personne qui nous ressemble avec le corps qui nous convient. Homme femme. Femme homme. Homme ou femme. Soi. 

« Quitte à devenir quelqu’un autant que ce soit vous-même ! »


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Une bande dessinée qui prend là, dans le plexus solaire, dans cet endroit qui nous fait grandir, réfléchir, regarder autour de soi et différemment. Le plexus qui nous ouvre, nous fabrique notre identité, celle du cœur même si il n’est pas celui défini par le sexe, le genre.

Appelez moi Nathan de Catherine Castro et Quentin Zuttion est bien plus qu’une simple histoire d’une adolescente mal dans sa peau, qui se cherche, ne se retrouve pas dans ce corps qui devient femme, qui est femme, dans ce corps qui se découvre avec des seins, un vagin, des émotions qui la surprennent et ne la définissent pas.
Cette bande dessinée est un vrai roman, un roman graphique, une quête sur l’identité propre, sur ces questions et ce raisonnement qui pousse à devenir soi –même et au-delà de ce qui a été donné, l’inné et l’acquis. L’identité.
Car au delà de la recherche de genre c’est bien de cela que parle «Appelez-moi Nathan ». L’identité pure. Celle avec qui on nait, est, devient. Et cette quête éperdue peut devenir concrète, non plus chimère ou rêve transgenre, transsexuel, mais simplement soi. Soi-même Comme ce plexus qui s’ouvre et devient. Offre, prend, donne, est.

Un roman à mettre dans toutes les mains, à offrir pour faire réfléchir et avancer la perception fermée de cette société qui rejette ce qui n’est normalité. Une bande dessinée qui apporte des réponses, peut paraitre à certains comme un chemin quasi parfait mais qui permettra peut-être à certains parents, ados, jeunes ou moins de se sentir reconnus, de comprendre ce parcours, ce chemin, d’appréhender son identité, son véritable genre, qu’il soit féminin ou masculin. Qu’il soit soi. Véritablement. 

Un roman graphique qui bouscule mais bousculer n’est ce pas le propre d’une vie ? N’est ce pas cela qui fait de nous des êtres à part entière ? Des êtres qui acceptent l’autre tel qu’il est, telle qu’elle est. Soi.

 

Découvrir le billet de Noukette qui en parle divinement bien et l’ensemble des BD de la semaine est à retrouver chez Stéphie.

  

Appelez moi Nathan
Catherine Castro – Quentin Zuttion
Payot Graphic

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