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La fin de l'année 2018 approche et avec elle ses bulles festives de bandes dessinées. Il fallait bien une petite rétrospective pour savourer les coups de coeur de ma bib à bulles !! 
Alors en avant c'est parti. Pour en savoir un peu plus, et si le coeur vous en dit, cliquez sur les liens pour découvrir les cadeaux illustrés. Joyeuses et douces fêtes de fin d'année.

 

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« Certains s’engagent dans un sens ou dans l’autre. Ils font leur choix. Pour la majorité reste le quotidien. Vivre, aimer les siens et attendre. »
Sylvère Denné et Sophie Ladane ont conçu une magnifique bande dessinée qui vibre au gré de ce parfum entêtant qu’est l’odeur de l’iode, de la mer, la pêche, des caractères âpres et durs de ceux qui vivent hors du continent, hors du temps. Les iliens. Une histoire, leur histoire, à l’écart du monde, comme on peut être à l’écart de sa vie. Une histoire comme une page de cet instant qui a rejoint la grande Histoire, une histoire au gout de larmes, au gout de sel, au gout de large et des rêves enfouies, au parfum de la dureté de ceux qui sont oubliés. 

 

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C’est l’histoire d’un banc au cœur d’une ville. Un banc classique, simple, fait d’un peu de bois et d’acier. Un banc comme on en trouve dans les jardins publics, au pied des arbres, à l’abri des rayons du soleil et des gouttes de pluie. Un banc sans chichis. Un banc. Un banc qui abrite les amoureux, ceux qui n’ont plus rien à perdre, ceux qui s’essoufflent, ceux qui rêvent. Un banc qui s’en fout pas mal du regard oblique des gardiens poètes et des gens pressés.
328  pages d'un amour absolu qui ne s'use pas. 328 pages de bonheur, 328 pages de plaisir, 328 pages de tendresse, 328 pages d'amour, 328 pages de poésie, 328 pages d'émotion pure... Je crois qu'au-delà mes mots ne seraient que purement de trop. Le silence nécessaire, la beauté des mots  et la force des dessins à l'encre noire. Etre nous aussi, en fin de compte, fait d’… un peu de bois et d’acier.

 

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«  Le temps se résigne plus vite que l’âme. Le temps le ride, l’injurie, l’humilie, le varice, le ménopause, l’essouffle, le caricature. Il fait avec, le corps, beau jouer. L’esprit, lui, est mauvais perdant. Il met du temps à souffler le même nombre que le corps. Il ne conçoit que par à coups, par révélations douloureuses, par effrois successifs »
Comment vous dire que cette bande dessinée est tout simplement un bijou, une sublime histoire certes d’amour, mais bien plus. Une histoire où des cœurs qui ne croient plus trop aux battements de vie, se remettent à enclencher de la lumière, du désir, de la tendresse, de l’espoir.

 

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« Je sais que tu as peur des monstres et des cauchemars la nuit. J’ai beaucoup réfléchi et j’ai une idée. J’ai une copine qui sera ta gardienne. Elle s’appelle Baudroie. Elle a une drôle de trombine, c’est garanti anti-tout. Tu vas voir, vous allez très bien vous entendre. Rat pousse Baudroie dans la chambre et fait demi-tour sur la pointe des pattes. En partant, Rat jette tout de même un œil par la fenêtre de  la petite chambre et sourit. Les autres sont juste derrière lui.  « Nous aussi, nous aussi ! ». Ils repartent vers le village et chacun rêvasse au jour où l’on l’aimera un peu mieux. »
Au pied des arbres, dans la forêt loin de toute pollution humaine, vivent les animaux moches qui font un petit peu peur. Des animaux rebutants, grotesques, gluants, moches, terribles, effroyables, terrifiants. Des animaux dont personne ne veut, que tout le monde déteste, balaie à coup de pieds hors des maisons et sentiers. Des animaux affreux, repoussants et surtout des animaux qui foutent les chocottes. 

 

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Mars 1956, un enfant vient au monde au PearceHealth Medical Center, Ketbhikan, Alaska. Dans sa chambre, un mobile aérien et spatial, une certaine idée déjà de la galaxie. Sur la commode, qui se dessine dans l’ombre de la porte que l’on ferme, une fusée. L’enfant s’endort.
L’univers de Tom Haugomat est singulier, unique, réaliste et à la fois emplit d’une grande poésie, d’un dessin que seul lui maitrise à la perfection. Des silhouettes qui se découpent dans un paysage ou un intérieur, des ombres et des visages sans expression véhiculant un panel d’émotions qui nous touchent, des couleurs quasi primaires et qui pourtant reflètent une vraie palette nuancée. Des bouts de vignettes vues à travers le prisme d’une lunette, d’un appareil d’optique, fil d’une vie, d’une existence humaine.

 

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«3 août 1914. C’est le jour du départ. La mobilisation est décrétée, il faut partir, quitter femme, enfants, famille. J’ai du courage, il le faut. 9 heures. C’est fini : adieu à tous. Non, au revoir. Car je les reverrai. »
Dans un langage très simple, un vocabulaire emplit d’humanisme et de réalisme, Barroux nous livre le dialogue interne, la vie de cet homme, ses mots déposés dans un vieux cahier comme on dépose sa peine, ses joies et ses peurs et angoisses, son intimité. Durant un mois on chemine ainsi avec lui et on entrevoit son espoir, ses doutes, ses souffrances au fur et à mesure qu’il comprend l’envergure du conflit, de ce qu’est une guerre, des tranchées, un fusil et des armes.

 

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« Longtemps j’ai rêvé d’avoir, dans mon appartement parisien, une porte spéciale qui s’ouvrirait directement sur les prés. Je l’emprunterais à chaque saison, en un rien de temps, en un coup de crayon, j’irais faire des provisions de paysages, d’odeurs, de silence. Peut être que je m’attarderais un peu. »
Catherine Meurisse nous parle de nous en parlant d’elle, de ces petits bouts de cailloux que l’on sème et qui font notre chemin, notre jardin, notre forêt vierge, nos ornes, nos bâtisses, nos racines. Elle aborde son enfance dans le département encore rural et éloigné de toutes idées de grandes politiques. Les Deux Sèvres, l’autre pays du Chabichou, d’une région vouée à un univers tourné vers le futur et la nostalgie d’un monde féodal, despote et mercantile. Et si l’on se promène dans le jardin familial à la recherche d’un monde végétal à replanter, on aborde aussi ce que devient notre  monde, où nous voulons l’y mener, ce que sont devenus les grands espaces, ceux qui nous ont tant donné en oxygène et en art. La campagne, le talisman au tumulte du monde.  

 

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« - Tu es né de la dernière pluie, je t’ai regardé pousser, c’était joli. Je t’ai appelé Alphonse Tabouret. Ça te va bien maintenant que tu sais parler. » «  - Alphonse Tabouret ? Ah oui, ça me plait aussi. »
Il est tout petit ce machin, il n’est pas grand-chose. D’ailleurs quand on le voit on ne sait pas trop ce qu’il est avec sa grosse bouille ronde et ses bras désarticulés, son corps démembré, ses deux yeux comme deux points sur le visage. On ne sait pas trop ce qu’il fout là, au milieu de la forêt, couché sur un gros rocher. Lui-même se pose la question « Je suis quoi, qu’est-ce que je fais là ? »
Parce que pour aimer, il faut apprendre : « les gens, tu les aimes avec ton cœur ». Et le cœur, on n’en a jamais trop assez pour tricoter.

 

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« Il y a le souvenir, il y a la mémoire. Restent des traces. Il y a les taches qui reviennent au bout des doigts. Il y a les amis, au coin d’une pensée qui, tant mieux ne s’efface pas. Il y a le journal. A moins que Charlie Hebdo n’ait été bien plus que quelques feuilles de papier. Il y a le métier que l’on a appris là-bas avec eux et qu’on ne cesse jamais d’apprendre. Dessiner, putain, quel beau métier ! Y a pas moyen : ça part pas. Eux non plus. Indélébiles. »
Que dire de plus que ces mots de Luz. Que dire de plus que cet hommage, cet hymne à l’amour et l’amitié, à eux, ceux, eux qui nous manquent mais qui finalement sont toujours là. Toujours présents. Et même encore plus.

 

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« C’était un bel après-midi d fin d’automne. Un froid sec venait griffer les bonnes joues de taupe. Il n’avait jamais vu la campagne ainsi. Il avait l’impression de découvrir des choses. Les vallons, les taillis, jusqu’ici si secret lui offraient alors leur intimité les plus cachée. Plus questions de colliers de liserons, ni de maquillage de fleurs et de feuilles. La nature s’offrait à lui. Nue. Pauvre. Vraie. »
Comme à son habitude, Michel Plessix nous couronne d’un dessin des plus basiques en termes de littérature enfantine, quasi nostalgique, pour en faire un chef d’œuvre, une ode à l’amitié, à la douceur et la poésie. Chaque couleur déposée est un coin où on aimerait venir se poser, une lumière d’un petit paradis que l’on n’ose plus dénudé. C’est tout simplement beau.

 

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« Tu comprends rien ! Je suis un garçon ! Un garçon !!! Vous m’avez fait avec des seins pourris et une voix de merde !!! J’suis pas une fille !! Vous n’avez pas de fille. A partir de maintenant, appelez-moi Nathan. »

Elle s’appelle Lila. Pour les autres, sa famille, ses parents, son petit frère, ses amis, ses potes du collège, les profs, l’administration… Lila. Celle qui doit porter une belle robe jaune le jour de son anniversaire, celle qui ne peut pas jouer avec les gars au water-polo parce qu’elle est une fille. Celle qui doit correspondre à tous les clichés d’un Noël rose.
Un roman à mettre dans toutes les mains, à offrir pour faire réfléchir et avancer la perception fermée de cette société qui rejette ce qui n’est pas la normalité. Une bande dessinée qui apporte des réponses, peut paraitre à certains comme un chemin quasi parfait mais qui permettra peut-être à certains parents, ados, jeunes ou moins de se sentir reconnus, de comprendre ce parcours, ce chemin, d’appréhender son identité, son véritable genre, qu’il soit féminin ou masculin. Qu’il soit soi. Véritablement.  Un roman graphique qui bouscule mais bousculer n’est ce pas le propre d’une vie ? N’est-ce pas cela qui fait de nous des êtres à part entière ? Des êtres qui acceptent l’autre tel qu’il est, telle qu’elle est. Soi.

 

Tous les coups de coeur BD de l'année 2018 sont à retrouver chez Dame Moka qui nous fait le plaisir de déboucher les bulles de cette année.

 

Les coups de cœur BD 2018
Le petit carré jaune

 

 

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