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« C’est une nuit propice aux souvenirs. Je veux me rappeler toutes celles et ceux qui n’étaient pas à mon anniversaire, qui m’ont accompagné dans la vie, qui m’on tenu la main, qui ont caressé mon front, qui m’ont aidé à traverser les épreuves. Je veux les revoir, être de nouveau avec eux, revivre toute ma vie avec eux, depuis le temps du bac à sable jusqu’à aujourd’hui. Quatre vingt-dix ans.

 

Comment ne pas être touchée par ce roman sensible, pudique, intime et pourtant universel. Un roman familial qui retrace la vie de Francis Cammaerts, son engagement dans un conflit dans lequel il ne voulait pas apparaitre mais que la vie, la mort, ont fait chavirer, modifier le cours de son destin, de sa destinée. Un homme pudique, résolu à trouver une solution pacifique aux conflits mais qui sera contraint d’utiliser les armes et sa volonté, sa croyance et son amour en l’humanité. Un homme comme tout à chacun qui en temps de guerre doit savoir faire des choix, des priorités, prendre des risques et oser. Oser l’amour, la solidarité, l’unisson, la fraternité. Croire en l’amitié et la liberté. 

Un texte pudique de Michael Morpurgo où les silences se lisent entre les mots, où la vie résonne malgré le bruit des armes, des doutes et des peurs, où le courage est à fleur de mots sans être héroïque mais fidèle, vital.
Une écriture comme un bouquet de souvenirs, un album que l’on ouvre et  devient moments de vie, des moments où la vie se lit, lie, se tisse autour d’hommes et de femmes qui combattent pour des idéaux identiques, la paix et la liberté retrouvé. Il y a les souffrances liées à la mort de ceux qui sont chers, les actes de consciences que l’on doit piétiner, le courage qu’il faut pour se jeter dans la gueule de ce loup enragé, la foi dans les compagnons que l’on rencontre, l’amitié de cette armée de l’ombre. Les regrets amères des armes qui ont crépité mais la foi inébranlable en les hommes, les femmes, la résistance, les anonymes ou non qui ont croisé son chemin.

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Un texte comme un hommage à tous ceux qui ont pris un jour le chemin pour combattre les loups, dû faire face à leurs croyances pour retrouver la liberté et la paix. Comme un respect. Un respect pour chacun de ces hommes et femmes qui ont combattu, sont restés derrière les lignes  à attendre le retour du soldat. Un respect et hommage pour chacun d’entre eux, pour ne pas oublier les brebis et les loups, les bergers et les valeurs simples d’une vie à négocier la paix.

(Un roman accompagné par les encres noires de Barroux qui et comme à chaque fois, sait associer son art graphique, sa main d’artiste à l’histoire. Pudique et sensible, encre noire et lavis)

« Tu m’avais répété depuis toujours que c’étaient l’ignorance, les vieilles haines, le pouvoir des hommes politiques qui avaient entrainé l’Europe dans les horreurs de cette guerre ; comme dans les autres, il n’y avait pas de gagnants, simplement des gens qui souffraient. Tu m’as mis de bonne heure sur la voie de mon pacifisme, papa. C’est une bonne philosophie qui m’a guidé et qui m’a tourmenté toute ma vie. »

 

(Petit remerciement intime et pudique à mon neveu qui m’a mis ce livre entre les mains et m’a assuré que certains livres étaient beaux à lire) 

 

Dans la gueule du loup
Michael Morpugo et Barroux
Gallimard jeunesse

9782075107747-475x500-1