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« On dit que l'heure la plus sombre vient toujours avant l'aube. Mais on ne dit jamais rien de la nuit éternelle...
On dit aussi que lorsque l'on meurt, on est aveuglé par un grand éclair de lumière blanche au bout d'un tunnel, et que l'on voit défiler toute sa vie passée.
Mais c'est faux.
Au moment où l'on meurt, tout continue à vivre autour de nous. Et on ne s'aperçoit de rien... Les saisons passent, pareilles à un vol d'oies sauvages qui s'effiloche dans un ciel immobile. Ce n'est qu'après, longtemps après, que tout s'efface. Que la réalité se désagrège lentement.
Comme le sucre fond dans l'absinthe.

A force de voir le mal partout, on finit toujours par l'installer. »

On pourrait qualifier ce roman graphique de roman démoniaque d’un quelque chose que nous n’arrivons pas à qualifier, démystifier. Une beauté noire, un conte à la Edgard Poe ou Conan Boyle, une légende digne des récits celtiques où la mort rode dans son habit de sorcière maléfique, d’Ankou. Une histoire comme seuls savent nous narrer les plus grands conteurs les soirs de pleine lune, quand l’astre est rond, féminin et qu’il donne naissance au mystère, à l’inquiétante inquiétude, à ce paranormal qui sent la mystification et son opposé, la beauté luxuriante, insomniaque. Une histoire qui nous prend dans son manteau blanc, nous enveloppe dès les premières pages d’un halo noir, d’une quête mystique et dénonciatrice, démoniaque, satanique. 

 

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« Même les rêves les plus étranges composent avec des souvenirs de souvenirs... Ce qui fut. Ce qui est. Ce qui sera. Confondus dans une unique brume qui s’évapore au matin. » 

Les flocons se répandent sur la lande d’un Yorkshire désertique, où seul le curé semble encore pouvoir, de son arme précieuse qu’est le crucifix, faire croisade contre l’innommable mort et ce sang répandu par la trace d’un corbeau. Un corbeau comme un oiseau de mauvaise augure, un oiseau qui se cache et apparait laissant derrière lui des empreintes, des saignées. Dans ces marécages immaculés, seuls les êtres sains, vierges de toutes idées ou religion, d’une culture qui tente à dénoncer ce qui parait anormal, un acte signé du diable, savent déchiffrer les traces, le pourquoi des lignes mouvantes, les dédales de l’âme et des sentiments, des croyances populaires ou païennes. Qu’est donc cette terrible maladie qui décime les troupeaux, oblige les bergers à saigner les moutons, à ensevelir sous le manteau neigeux, le bétail qui agonise sous le joug de la croix d’un Seigneur tout désigné ? Qui est cet être maléfique qui semble hypnotiser les villageois du comté, qui ordonne la pendaison comme on ordonne la mort, la terreur ? Pourquoi ce malheur qui se répand comme se répand les ragots, les histoires sans queue ni tête qui alimentent le pub le soir lorsque la chandelle rassemble les hommes autour de sa flamme et des pintes de bières ? La folie ? La démence ? Le diable ? 

« Seul le silence est la condition absolue pour que se fassent entendre en nous la véritable parole, les véritables révélations. »

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il y a quelque chose d’hypnotisant dans le récit mis en place par Thierry Murat, comme une histoire maléfique, un conte où l’on côtoie nos cauchemars, nos fantasmes les plus terribles, mystérieux, comme une quête sur une vérité qui n’est  que légende, mal. Il plante dès les premières pages son scénario sournois, mystérieux, nous mettant mal à l’aise. Mais ce sentiment  fascinant nous ordonne à tourner les pages, à entrer auprès du héro, partir nous aussi en quête d’une vérité qui nous emmènera loin de nos chemins, dans des landes où la neige recouvre les saisons, les nuits nous obligent à baisser les yeux, à ressentir la sensualité des corps et des trames maléfiques.

Un récit comme une prouesse où le graphique prend le pas sur les mots, devient œuvre d’art, jouant sur les cases, rebondissant sur les pages, nous obligeant à changer nos rythmes de lectures, à ralentir la narration ou au contraire accélérer son débit, son mystère druidique, celtique. Un graphisme noir qui devient pleine page blanche énigmatique, mystérieuse, fascinante pour éclater dans un feu hypnotisant, mortifère, d’un romantisme absolu, une communion entre les êtres et les démons, la nature et l’irréel.

« Toutes les choses contiennent un mystère.
Et la poésie est le mystère qui contient toutes ces choses. »

Il y a une poésie folle dans ce conte mystérieux, une poésie noire où chaque mot écrit se lit comme une œuvre d’art, un art du XIXème siècle, une poésie qui glace et d’où sort une histoire d’un amour fou et démonique, impossible, sensuel et interdit, troublant.  

« Le poète écrit sa vérité pour dire au monde d’essayer de trouver lui-même la sienne. […] Le poète, lui parle à l’âme humaine à l’état pur. C’est pour cela qu’il sauvera le monde avec un seul murmure. » 

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A lire chez Moka et Noukette et retrouver l’ensemble des BD de la semaine chez la Dame Moka. 

 

Animabilis
Thierry Murat
Futuropolis