file« Tu ranges
Je dérange
On s’arrange »

Des fois on ne sait pas pourquoi on n’y arrive plus. Plus de jus, plus de dynamo pour éclairer au loin comme au près, plus de lampe frontale, la lumière s’épuise.  Le carburant est mort, le café se disperse, le thé se renverse.  Plus d’envie, plus de grâce, plus de mots qui se surlignent, se glissent sur le post-it du matin, s’arrondissent dans la to do liste du soir pour le lendemain. Raz de marée coefficient  116.

Plus rien. 
Tout de
travers.

On a juste qu’une seule envie de crier, de dire et répéter « Ferme ta gueule s’il te plait, je suis en train de t'écrire un  beau poème d'amour ».  Oui mais dans la bouche de Thomas Vinau le ferme ta gueule s’il te plait devient pêché de beauté, calice de délice, caresse de tendresse, verre de gourmandise, siphon de rire, vers qui grime.

« Où es-tu partie cette nuit
Pour revenir
Si loin de moi ? »

On tourne les petits carrés soigneusement découpés. Un par un. On tombe dans les petits miracles de la vie où les émotions se tissent, les sentiments se dessinent à hauteur d'une poésie de rien, de bien, de tout, des mots d’amour qui ne sont pas de l’amour mais des ribambelles de phrases qui partent en fumée comme partent en fumée tout ce à quoi on se raccroche lorsque l’amour et le corps sont fatigués.

« Tu me connais
comme si tu m'avais
défait»
 

Parce que oui « ferme ta gueule s’il te plait », c’est ce petit billet qui se glisse sous la porte, se dépose dans la main lorsqu’elle s’empare de celle adorée. Ce sont des mots qui s’écrivent dans la rosée du matin et se liset le soir au crépuscule du jour. C’est le cri du beau, de l'amour, du tendre, l’épine qui devient dorsale, matrice du corps, tatouage à la cheville, parcelle de peau. C’est la pulpe de tes lèvres qui s’empourpre sous les mots et les caresses malicieuses, mélodieuses, tendres et gourmandes, la maladresse qui surgit parce que soudain la timidité s’épanche, se déhanche. 

« Ma sauvagerie
s’arrondit
sous tes doigts »

Alors pour ces jours où la lumière faiblie, où plus rien ne tient, où la dynamo se rouille au contact du pneu lisse. Pour ces jours de rien, de tout et surtout de celui, de celle, de cette main, de ton sourire, de tes sourcils froncés comme un bouquet d’orties. Pour la beauté de l'objet qui a lui seul vaut tous les papiers, les origamis ouverts et décorés, les cocottes en papier. Pour les sérénades qui ne perdent dans l’orée des bois et des fossés, les soleils qui se cachent dans le rayon de ta fossette gauche. Pour tout ce qu’on arrive plus à dire, mais juste à lire, à deviner, ressentir, sentir, trembler, rire, sourire, pleurer… « Ferme ta gueule s’il te plait, je suis en train de t’écrire un beau poème d’amour » est la plus belle et délicate pensée, la tendre et déclarante beauté d’un homme amoureux face à sa dulcinée, des matins chantants et des soirs lumineux au gré d'une lune malicieuse.

Bref Un Vinau sinon rien. A prendre en vers, rimes ou proses, matin, midi et soir. S'en resservir une bonne louche la nuit en cas d'insomnies régulières.

« Je m’oublie
dans ta main » 

 

« Je n’écris pas vraiment
de haïkus

tu n’es pas vraiment
une princesse qui rote

ta sueur n’est pas vraiment
un sérum de vérité

mais les lions
n’ont pas peur de la neige »

 

 

Ferme ta gueule s’il te plait je suis en train de t'écrire un beau poème d'amour
Thomas Vinau
Editions Les Venterniers