25 octobre 2016

"Vivre près des tilleuls " L'AJAR

    « Elles m’avaient dit la douleur, comme on répand la menace pour mieux la conjurer. Elles m’avaient conté la douceur, sans vraiment la nommer. Elles avaient commenté l’attente, l’impatience, la lourdeur. Je les avais écoutées sans les croire, ne voulant rien imaginer, persuadée que pour moi, tout serait différent. Rien n’a été différent mais c’était mon histoire. Elles parlaient d’amour intense et immédiat, de symbiose et d’instinct. J’ai eu l’impression – dans la sueur, la lutte, les odeurs de corps et de vie –... [Lire la suite]

11 octobre 2016

La 25ème heure du Mans : la première fois

On me demandait récemment quels étaient mes rêves, mes envies, mes projets lorsque j’étais petite. Des rêves ?? Comme tout le monde oui. Mais je profitais bien plus de mes plaisirs et instants, des balles jaunes cognées contre une raquette, des prairies et forêts grandes comme un champ de blé, de ma Loire déjà, que des plans tirés sur une comète. Je ne pensais pas qu’un jour une aventure humaine, celle que je rêvais finalement dans un coin de ma tête, viendrait toquer à ma porte et qu’une fée, une incroyable Charlotte, une... [Lire la suite]
16 septembre 2016

"Fils du feu " Guy Boley

    «  A quoi bon s’inventer des dieux de pacotille quand on en a sous la main et que l’on parvient, à coups brefs et précis, à leur donner la forme que l’on veut. Pas besoin de légende, ils se créaient la leur, façonnant dans l’acier les mots pour la chanter. »  Quel drôle de livre que voilà. Je ne saurais exprimer ce que j’ai éprouvé à sa lecture. Une force, une poésie certes mais bien plus encore et cela malgré un début un peu laborieux, en attente. Telle Hestia (Vesta chez les romains), j’ai exploré... [Lire la suite]
13 septembre 2016

"Monsieur Origami " Jean Marc Ceci

« A qui sert-il d’avoir si être nous manque. »  Il est des romans comme il est des instants fugaces où le temps s’arrête, où les minutes s’écoulent au rythme des heures qui sont jours puis années, où les secondes s’éternisent dans la contemplation d’une feuille tombant et se déposant délicatement sur le sol, en attendant d’être soulevé par le tourbillon du vent. Assis en position lotus face à ce spectacle, la respiration obéit à la méditation des mots, des bruits de la vie, des saisons qui passent et ne reviennent... [Lire la suite]
29 août 2016

"Lucie ou la vocation" Maëlle Guilllaud

  « Elle tourne sur elle-même devant le miroir de sa cellule. L’étoffe lourde se soulève à peine. « Je suis dans la maison de mon futur époux, chantonne sœur Marie-Lucie.  Il m’a choisie. Il me tend les bras. » Jamais elle ne s’est sentie aussi belle. Sa pureté irradie. Un bonheur profond irrigue son cœur. Elle flotte. Enfin, elle a rejoint les siens. Leur amour est immense. Et l’amour du créateur, fidèle. Elle est confiante, l’avenir est  prometteur. »« Comment peut-on se laisser porter par des... [Lire la suite]
23 août 2016

"Hiver à Sokcho" Elisa Shua Dusapin

  « Ce soir là encore, il n’est pas venu manger. Enhardie par notre promenade, je lui ai apporté un plateau moins pimenté que pour les autres pensionnaires.Voutée sur le bord du lit, sa silhouette se découpait à contre-jour sur la paroi de papier, collant ma joue contre l’embrasure, j’ai vu sa main courir sur une feuille. Il l’avait posée sur un carton, sur ses genoux. Entre ses doigts, le crayon cherchait son chemin, avançait, reculait, hésitait, reprenait son investigation. La mine n’avait pas encore touché le papier.... [Lire la suite]

02 août 2016

"Les grandes et les petites choses " Rachel Khan

  « Ma mère m’a faite noire pour que j’en m’en sorte toujours, pour que ma cachette à moi, ce soit la couleur de ma peau. Mon père m’a faite blanche pour que je n’aie pas à prendre le bateau à fond de cale et que j’aie des papiers en règle. Je n’ose pas leur dire que je n’ai rien à voir avec leurs histoires, parce qu’on a toujours plus à voir avec les histoires des livres. Je ne peux plus me défausser. Alors demain, j’irai en cours, puis à la bibliothèque Cujas, ouvrir des livres comme on ouvre des portes. »  ... [Lire la suite]
30 juillet 2016

"Ahlam" Marc Trévidic

    « En arabe, Ahlam signifie les rêves. » Lorsqu’en 2000 Paul, célèbre peintre français, débarque aux Kerkennah en Tunisie, l’archipel est un petit paradis pour qui cherche paix et beauté. L’artiste s’installe dans « la maison de la mer », noue une forte amitié avec la famille de Farhat le pêcheur, et particulièrement avec Issam et Ahlam, ses enfants incroyablement doués pour la musique et la peinture. Peut-être pourront-ils, à eux trois, réaliser le rêve de Paul : une œuvre unique et totale où s’enlaceraient tous... [Lire la suite]
26 juillet 2016

"Moro-sphinx " Julie Estève

« Elle renifle les parfums des corps qui rapinent l'air et elle regarde les couples s'aimer. On dirait qu'ils le font exprès de s'aimer dehors, de montrer au monde comme ils s'aiment. Elle les condamne à mort dans des phrases qu'elle murmure -Crève ! Toi et toi : tu crèves-. Alors elle vise les yeux des hommes en jouant de ses hanches et de son cul comme le pendule d'une horloge. Ils matent, toujours, sa bouche, ses seins, ses jambes, tout ce qu'ils peuvent glaner pour la baiser quelques secondes avant de s'éloigner et de glisser... [Lire la suite]
23 juillet 2016

"Les brasseurs de la ville" Evains Wêche

  « Quand je descends en ville, je suis toujours impressionnée. On n’explique pas Port-au-Prince.  On vit Port-au-Prince. Je n’ai jamais vu quelqu’un s’habituer à cette ville, elle impressionne toujours. Pour moi, Port-au-Prince est un cri de douleur. L’accouchement de la vie y est un film d’horreur où les acteurs croient que tout est normal. […]Port-au-Prince est un piège. »  Certains romans sont des venins. Ils s'immiscent sous votre peau, vous placent face à la misère, la putain de misère, vous défient... [Lire la suite]