11 février 2019

Capucine et Simon Johannin - Nino dans la nuit

  « J’ai marché et encore marché, je suis passé du Paris où il y a la place pour rien à celui où y en a trop pour tout. Des trottoirs trop grands, des immeubles trop larges, des voitures trop grosses. Rien à faire, ça suffit, ça suffit pas pour remplir tout le vide que les riches d’ici installent autour d’eux. […] C’est comme partout, il y a que le décor qui change. J’aime pas ces endroits, on s’y ennuie trop. »  Nino dans la nuit où le genre de bouquin qui t’envoie du lourd, te fait prendre conscience de la... [Lire la suite]

08 février 2019

Thierry Beinstingel - Il se pourrait qu'un jour je disparaisse sans trace

  « De nos jours, il n’y a probablement plus de terres vierges, ni d’île déserte à découvrir, mais jamais nous ne nous sommes sentis aussi seuls. Chacun court après sa vie, élabore son petit confort comme Robinson sur la gravure : une table pour asseoir sa posture,  un buffet pour un peu qu’on possède sur terre, un perroquet en miroir pour être toujours d’accord avec soi-même. Et comme Robinson, on craint pour bousculer nos habitudes. Le migrant d’aujourd’hui joue ce rôle. L’humanité entière reste à... [Lire la suite]
27 janvier 2019

Claire Genoux - Lynx

  « Des nuages qui apparaissent à l’ouest, descendent vers les cimes. La chaleur, après avoir diminué pendant deux ou trois jours, a repris une belle force. Cet amour que Lynx a pour la forêt, ce besoin des arbres, de se couler dans leurs largeurs, lui évite de regarder au fond de lui-même, dans son étrangeté et dans ses manques. Il perçoit pourtant quelque qui craque et se dévisse. Des voix viennent s’introduire dedans son crâne, elles déferlent, font un bruit impossible. »   Lynx n’a jamais vu la lumière... [Lire la suite]
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12 janvier 2019

Laurence Tardieu - Nous aurons été vivants

  « Elle aimerait parfois saisir le temps, l’attraper comme elle attraperait un poisson, pour le tenir entre les mains, le soupeser, le malaxer, éprouver la matière, son épaisseur, comprendre un peu de quoi il est fait, ce temps qui nous obsède, qui régit nos vies. Oui elle aimerait, une fois au moins dans son existence, le dominer. Mais, en fin de compte, on en parle en permanence et il reste une abstraction, […] à se demander si le temps existe réellement, s’il n’est pas une invention de l’être humain, une invention de... [Lire la suite]
03 janvier 2019

Elsa Flageul - A nous regarder, ils s'habitueront

  « L’espace d’un instant, juste après l’accouchement, Alice a oublié que le bébé était né trop tôt, qu’il était trop petit, que ses organes ne fonctionnaient pas normalement, qu’il n’était pas mûr comme on le dit d’un fruit. L’espace de cet instant elle a eu l’impression d’être la femme la plus puissante du monde : donc elle avait réussi l’impossible, donner vie à cet enfant, inverser la courbe du temps. […] Il y a eu un moment de flottement, le monde entier semblait s’être tu, tout du moins chuchoter, le monde entier... [Lire la suite]
07 décembre 2018

Tiffany Tavernier - Roissy

  « Ici, je suis en sécurité. Personne ne peut me trouver, pas même ce type croisé devant les portes du Rio. Qui à la surface, pourrait imaginer que des hommes ont choisi de vivre à plus de huit mètres  sous terre dans des galeries souterraines ? Boyaux qui se déploient sur des dizaines et des dizaines de kilomètres sous l’aéroport. »  Elle erre. D’un terminal en un autre terminal, d’une zone d’attente à une zone d’embarquement, d’un sas à un autre. Seule. Seule parmi les autres, parmi tant d’autres.... [Lire la suite]

24 novembre 2018

Frédérique Germanaud - Journal pauvre

  « C’est un grand bouleversement que d’abandonner un travail alimentaire, des horaires, un salaire, des collègues. C’est aussi lâcher cette peur qui rend, depuis plusieurs années, chaque matin difficile, chaque journée un espace hostile à traverser. Ma vie, mon temps m’appartiennent, pour la première fois. Je ne sais pas si je suis heureuse. […] Le juste terme est peut-être celui de la langueur. Je suis prête à accueillir cet état. Disposée aux creux, chemins de traverse ou taillis qui se trouveront sur ma route. De cette... [Lire la suite]
16 novembre 2018

Ilo de Franceschi - Ecrivez-moi, Madeleine

  « Chère Madeleine Allain On m’a remis votre lettre ce matin comme je rentrais d’une courte tournée de reconnaissance du côté de Timghis.Vous ne connaissez pas la saveur du goût de cendre de ces retours à un endroit où il n’y a rien pour vous attendre que des souvenirs, et des velléités d’oubli. Cette fois-ci, il y avait quand même vous qui m’attendiez, et avec vous la douceur contenue d’un élan qui m’a touché aux larmes. » Légionnaire dans le régiment étranger de cavalerie en 1939, Ilo de Franceschi parcourt le... [Lire la suite]
05 novembre 2018

Michèle Audin - Oublier Clémence

  « Clémence Jante est née le 2 septembre 1879 à Tournus (Saône et Loire). Sa mère était couturière et son père tailleur de pierres. Elle était ouvrière en soie. Elle s’est mariée le 27 février 1897 à Lyon (5ème arrondissement) et a donné naissance à deux enfants, Antoire (29 août 1987 – 14 septembre 1987) et Louis (13 février 1900 – 23 juin 1977). Elle est morte à Lyon (2ème arrondissement) le 15 janvier 1901). »  Clémence. Un prénom. Un simple prénom. Clémence Jante. Un nom, puis une date de naissance, un... [Lire la suite]
23 octobre 2018

Jacques Gamblin et Thomas Coville "Je parle à un homme qui ne tient pas en place"

  « Je ne sais pas ce que je suis moi non plus à ce moment : un ami récent, un ami long, un ami au long cours, un messager des nouvelles de la terre, un miroir sans tain, une ombre sur ton sol, un … Type descendu du ciel qui a violé ta traversée,  qui en sait trop, un … Type que tu n’a pas envie de voir, de voir maintenant, jamais. […]Tu m’as vu, tu m’as reconnu, m’as étreint à mon tour, comme une excuse de ne pouvoir faire autrement. Nous avons étreint nos étreintes, virilement, pour étrangler, étouffer les... [Lire la suite]