04 septembre 2017

Pierre Derbré : " Luwak "

  « Dans son lit, les bras en croix, il en arriva à la conclusion que les choses ne pouvaient décemment plus continuer comme cela. Il devait se rendre à l’évidence. Les délicieux instants des commencements de sa vie sur l’estuaire, nourris de découvertes et d’activités passionnantes, avaient peu à peu laissé la place à un quotidien morne. Une sorte de mare boueuse, vide de tout sauf de ce ennui grandissant à mesure que le temps passait, et dans laquelle il ne faisait désormais plus que surnager sans visibilité ni foi dans... [Lire la suite]
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28 août 2017

Chantal Thomas - " Souvenir de marée basse "

  « C’est le sable de printemps, frais, un peu humide. La marée est basse. J’enlève mes chaussures et je m’en vais, au loin, tâter l’eau. Le froid me grignote les chevilles. Je laisse mes pieds se réhabituer au sol incertain, à l’eau mouvante sous la pression du courant, au mystère d’une unique respiration animant l’eau et le sable et traversant mon corps. J’ai retroussé mon pantalon. J’ai envie de m’avancer plus profond. Par le jeu de la marée montante, c’est la mer qui vient à ma rencontre. »   Il y a un... [Lire la suite]
25 août 2017

Marie Hélène Lafon "Gordana"

  « Elle s’appelle Gordana. Elle est blonde. Blonde âcre, les cheveux rêches. Entre les racines noires des cheveux teints, la peau est blanche, pâle, elle luit, et le regard se détourne du crâne de Gordana, comme s’il avait surpris et arraché d’elle, à son insu, une part très intime. Sa bouche est fermée sur ses dents. Elle s’obstine, le buste court et têtu, très légèrement incliné, sa tête menue dans l’axe. On devine les dents puissantes, massives, embusquées derrière les lèvres minces et roses. Le sourire de Gordana... [Lire la suite]
06 août 2017

Jacques Josse "Chapelle ardente"

  Il y a des bouquins qui sont comme ça, vous saisissent d’un seul coup et vous laissent sur le flan, dans l’urgence de vouloir crier que ce bouquin « c’est un p*** de bon bouquin », que toute la vie, l’homme, sont incrustés dans ses 32 pages. Pas besoin d’en dire plus. Chapelle ardente de Jacques Josse en fait parti. Il dégage tout ce qui fait un lieu, une émotion, une sensation. Il dégage les odeurs, les regards, les tensions et l’amour. Il est humain. Profondément. Humain à s’en crever les yeux, ranger... [Lire la suite]
31 juillet 2017

" Les Filaos de Cau Thi Vai " Janine Dalmaz-Toroni

  « Je suis née au Nam BôMais qu’est ce que tu nous racontes ?Tu es née en Cochinchine. Tu le sais bien !Non !Nam ! Bô ! Nam ! Bô ! Comme les coups de gong dans la vieille pagode vermoulue de Long Hai, perdue dans les anacardiers, non loin des paillottes des pêcheurs et des poissons qui sèchent au soleil de midi. Le vent du large rabat l’odeur de noc mam loin dans les terres sableuses. Nam Bô, Nam Bô… chuchotaient les filaos de Cau Thi Vai à la saison des pluies. »  Tout... [Lire la suite]
17 juillet 2017

" La demie de six heures " Marie Hélène Lafon

  Ecrire sur une auteure, une romancière que l’on apprécie pour ses mots, son écriture est quelque chose que je ne sais faire simplement. Je meurs d’envie de dire, narrer, laisser place à mes émotions et mes envies d’emphases, de beautés et celles plus intimes qui sont emplies de silences et d’admiration. C’est l’effet que me procure Marie Hélène Lafon. Le sublime et le silence. La beauté et l’admiration. Marie Hélène Lafon, c’est une écriture qui prend au corps, prend corps, se ponce, se travaille, se bâtit dans le silence... [Lire la suite]

03 juillet 2017

" La cucina d'Ines " Philippe Fusaro

  « Mon année avec Inès se résume à cette complicité immédiate, jamais envahissante, à des plats cuisinés ensemble ou à ces portes ouvertes sur un miracle offert dans une assiette, à nos confidences et à nos fous rires, aux rituels parce qu’il y eut Natale et la Befana dans le même élan, la Semaine sainte et ses processions de femmes en noir, les têtes couvertes d’un voile en dentelle, qui pleuraient la mort du Christ juste avant la Pasqua, il y eut San Giuseppe, San Nicolà di Bari, et chaque fois mille choses à manger... [Lire la suite]
23 juin 2017

" Minuit en mon silence " Pierre Cendors

  « Je murmure des mots nocturnes. Peu à peu, je me rapproche de vous à voix basse. Et parce que la parole ne peut aller beaucoup plus loin, j’écris ce silence qui ira seul ouvrir le chemin. Nul chemin qui n’indique ce chemin. Il faut se porter à sa rencontre, endurer jusqu’au bout le fardeau d’une promesse sans repos. Vous avez aggravé la mienne, arraché les voiles qui estompaient sa noire radiance. Comment vous dire cette voix nue sombrée continuellement sous ma peau ? J’écoute son appel décroître, puis reprendre,... [Lire la suite]
16 juin 2017

" L'enfant qui " Jeanne Benameur

  « Dans ta tête d’enfant, il y a de brusques ciels clairs arrachés à une peine lente, basse, impénétrable. Ta mère a disparu. Elle avait beau ne jamais être complétement là, c’est à son odeur, à sa chaleur, à ses mains silencieuses que tu prenais appui pour sentir que tu existais vraiment. » Il y a des auteurs où quoi qu’il  se passe, est écrit, nous savons que nous serons emportés. Quelque soit notre lecture, les mots nous toucherons, seront des couvertures ou au contraire des uppercuts. Jeanne Benameur est... [Lire la suite]
29 mai 2017

" Le saut oblique de la truite" Jérôme Magnier Moreno

  « Partir pour Corte et s’engager dans la vallée du Tavignono est une expérience étonnante en soi, et encore plus pour un Parisien banlieusard. En effet ici, pas le moindre embryon de banlieue, pas même de centre commercial ou de zone industrielle, pas un seul entrepôt ! C’est un peu comme si, marchant dans le centre historique de la ville, on arrivait devant une porte et qu’en l’ouvrant on se retrouvait soudain en pleine nature grandiose, à la manière de ces tableaux oniriques de Magritte. » Une histoire de... [Lire la suite]