18 février 2015

"Ma mère ne m'a jamais donné la main" Thierry Magnier - Francis Jolly

  « La poussière a envahi les lieux, partout de la poussière. Beaucoup. Avant la poussière c’était uniquement dehors. Surtout quand le vent très chaud de l’été soufflait, là il fallait vite fermer les fenêtres et les portes. Aujourd’hui les fenêtres ne servent plus à rien, la plupart ont disparu, pillées, cassées, le vent s’installe comme il veut. Il est le seul habitant. » Subtile et périlleux ouvrage que voilà. Sensible et graphique. Délicat et poétique. Une caresse, un vent chaud, une fenêtre ouverte, un pan de... [Lire la suite]

21 janvier 2015

"A l'abri des regards" Anne Frédérique ROCHAT

« J’ai trente-six ans aujourd’hui. C’est mon anniversaire. Mon anniversaire, comme on dit. Dans la rue, quelques sapins décharnés me regardent passer. Pour eux, la fête est terminée. Et pour moi ?Une odeur de pluie et de goudron mouillé me serre le cœur. Une nausée. Peut-être pas ça ? Pas le temps. Rien à voir avec le temps.Evidemment.Mardi cinq janvier.  Je regarde ma montre : sept heures trente du matin.Je ne suis pas encore née. Ma mère n’est pas encore décédée. Mon père a  toujours l’espoir que... [Lire la suite]
22 décembre 2014

"Petit éloge des amoureux du silence " Jean Michel Delacomptée

« Pour beaucoup de gens, le bruit est un bienfait. Non seulement il ne les dérange pas, mais ils l’aiment. Il leur est impossible de comprendre qu’on veuille s’en délivrer, a fortiori qu’on l’abhorre. Ils le convoitent, ils le cajolent. Le bruit leur est une seconde nature. Ils s’en enveloppent, pareils aux apiculteurs qu’entoure les ruches un essaim d’abeilles. Ils l’enfilent comme on se chausse. Pas une heure sans bruyant cortège. Le silence les inquiète, le bruit les rassure. Ils vivent avec lui, en lui. Ils ne peuvent vivre... [Lire la suite]
11 décembre 2014

"Lambeaux" Charles JULIET

« Si ta mère n’avait pas sombré, qui aurais-tu été ? Souvent tu t’es posé cette question. Un jour, tu as écrit un texte dans lequel tu faisais se rencontrer deux hommes d’une trentaine d’année. Ils ne se connaissent pas, appartenaient à des milieux différents, mais ils avaient beaucoup en commun. L’un était écrivain autrement dis toi-même, et l’autre était celui que tu serais devenu si le destin t’avait imposé de rester dans ton village d’origine.[…]Un jour, il te vient le désir d’entreprendre un récit où tu parlerais de... [Lire la suite]
25 novembre 2014

" A ce stade de la nuit " Maylis de KERANGAL

« Une cuisine, la nuit. L’unique lampe allumée crée au-dessus de la nappe un cône de lumière dorée que matérialisent les particules en suspensions – une fois l’ampoule éteinte, je doute toujours de leur existence. Je suis rentrée tard et je traîne, assise de travers sur la chaise de paille, le journal étalé bien à plat sur la table et lentement feuilleté, le café du matin versé dans un mug, réchauffé aux micro-ondes et lentement bu. Tout le monde dort. Je fumerais bien une cigarette. La radio diffuse à faible volume un filet... [Lire la suite]
22 novembre 2014

Zebraska - Isabelle BARY

« J’aurai voulu être une femme qui ne s’emmerde pas avec tout ça. Une femme qui sait. Et qui ne se laisse pas assaillir par les petits chagrins. Une sorte de mère Pocahontas, rusée et joyeuse qui sauve sa tribu du monde entier. J’aurai voulu partir, loin, chercher dans la nuit du désert comme Laurence d’Arabie, le héros de mon dernier dessin. Etre un bourlingueur, me mêler aux indigènes avec un turban sur la tête et boire du thé brûlant et très sucré. Avaient-ils des enfants ces deux là ? Non, bien sûr. Alors, ils ne... [Lire la suite]
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28 septembre 2014

« Les fleurs d’hiver » - Angélique VILLENEUVE

« Il n'a tué ni sauvé personne, son mari, il est encore couvert de boue, de poux, de froid, de  bruit, de colique et de peur. La guerre a creusé et creuse encore en lui. Il est un creux immense, et Jeanne ignore s'il est possible de l'emplir. Si à eux deux ils en seront capables. Elle pense au grand gâchis des hommes. »  On disait que les romans de la Grande Guerre étaient passés de mode, une histoire de plus dans la pile littéraire. On disait tant de choses, on lisait tant de choses. Et puis comme un rappel,... [Lire la suite]
16 septembre 2014

"Quelques pas de solitude " Pascal DESSAIN

« Un écrivain en arrivera toujours à parler de l’avantage que la solitude lui procure. J’aime être seul jusque dans la foule, oui, seul, parmi les autres, alors que pour beaucoup il s’agirait là de la pire des choses. Dans le flot, la cohue même, rien ne distingue ou presque et je peux devenir très étrange en moi, jusqu’à être libre, si ça me chante, de ne plus me ressembler. Combien de scènes, de personnages, de dialogues ai-je construits, tramés, marchant dans la ville, patientant dans une gare ou un aéroport ! Mes... [Lire la suite]
02 septembre 2014

"le dernier gardien d'Ellis Island" Gaelle JOSSE

« C’est par la mer que tout est arrivé. Par la mer, avec ces deux bateaux qui ont un jour accosté ici. Pour moi ils ne sont jamais repartis, c’est le vif de ma chair et de mon âme qu’ils ont éperonné avec leurs ancres et leurs grappins. Tout ce que je croyais acquis a été réduit en cendres. Dans quelques jours, j’en aurai fini avec cette île dont je suis le dernier gardien et le dernier prisonnier. Fini avec cette île, alors que je ne sais presque rien du reste du monde. Je n’emporte que deux valises et quelques pauvres... [Lire la suite]
30 août 2014

"Une vie à soi" Laurence TARDIEU

« Ce qui l’obsédait : faire tomber les masques, saisir ce que chacun est de l’autre côté du rideau des apparences. Elle cherchait l’autre. Elle disait de son appareil photo qu’il était son passeport. Celui qui lui permettait de franchir les frontières, d’aller vers ceux qu’elle voulait connaître, connaître intimement : ceux dont elle voulait atteindre la vie intérieure. […]Elle photographiait et moi, assise sur mon canapé noir, je regarde ses photos, je regarde ces visages et ces corps. Chaque visage, ou presque, fixe... [Lire la suite]