27 septembre 2014

"Yparkho" - Michel Jullien - Le chapitre du samedi soir

Chapite 1 (extrait)   « Un rondin scié dans la longueur, du bois trapu, dégrossi, de la taille d’un obus, plus gros, moins gros selon l’époque des guerres. Du bois limé à l’usure, un demi-cylindre aux sections effritées. D’un côté, la face arrondie du tronçon sans plus d’écorce est creusée par une entaille en V – tellement pratiquée qu’elle commence à devenir un U, la lettre d’avant -, une échancrure brunie par les passages du cambouis dans laquelle circule l’amarre de la barque d’Ilias lorsqu’il la treuille sur la... [Lire la suite]

25 septembre 2014

« La grande guerre, le premier jour de la bataille de la Somme » Joe SACCO – Adam Hochschild

" Ces hommes qui avaient été tenaillés par la fatigue, fouettés par la pluie, bouleversés par toute une nuit de tonnerre[…] entrevoyaient à quel point la guerre, aussi hideuse au moral qu’au physique, non seulement viole le bon sens, avilit les grandes idées, commande tous les crimes mais ils se rappelaient combien elle avait développé en eux et autour d’eux tous les mauvais instincts sans en excepter un seul : la méchanceté jusqu’au sadisme, l’égoïsme jusqu’à la férocité, le besoin de jouir jusqu’à la... [Lire la suite]
20 septembre 2014

" Réparer les vivants " Maylis de Kerangal - Massage littéraire, battements du pouls

    " Ce qu’est le cœur de Simon Limbres, ce cœur humain depuis que sa cadence s’est accéléré à l’instant de la naissance quand d’autres cœurs au-dehors accéléraient de même, saluant l’événement, ce qu’est ce cœur, ce qui l’a fait bondir, vomir, grossir, valser léger comme une plume ou peser comme une pierre, ce qui l’a étourdi, ce qui l’a fait fondre – l’amour ;  ce qu’est le cœur de Simon Limbres, ce qu’il a filtré, enregistré, archivé, boîte noire d’un corps de vingt ans, personne ne le sait au juste,... [Lire la suite]
16 septembre 2014

"Quelques pas de solitude " Pascal DESSAIN

« Un écrivain en arrivera toujours à parler de l’avantage que la solitude lui procure. J’aime être seul jusque dans la foule, oui, seul, parmi les autres, alors que pour beaucoup il s’agirait là de la pire des choses. Dans le flot, la cohue même, rien ne distingue ou presque et je peux devenir très étrange en moi, jusqu’à être libre, si ça me chante, de ne plus me ressembler. Combien de scènes, de personnages, de dialogues ai-je construits, tramés, marchant dans la ville, patientant dans une gare ou un aéroport ! Mes... [Lire la suite]
03 septembre 2014

" une bibliothèque de nuages" Christian BOBIN

Christian BOBIN est pour moi un écrivain qui a le don de faire voler une feuille, de rendre palpable le chant d'un oiseau, la caresse d une tempête, le goût délicat d’une caresse amie. Avec lui, le silence est roi, la lumière douce, ensorcelante, magnificence. Les sons que j’entends sont la vie, le brouhaha, une irrésistible et insatiable veine éternelle, un  vaisseau de paroles inutiles à dire mais à entendre, à écouter, à s’approcher, à vivre.   Oui Christian Bobin, c‘est une écriture de vie, une écriture sur la vie,... [Lire la suite]
02 septembre 2014

"le dernier gardien d'Ellis Island" Gaelle JOSSE

« C’est par la mer que tout est arrivé. Par la mer, avec ces deux bateaux qui ont un jour accosté ici. Pour moi ils ne sont jamais repartis, c’est le vif de ma chair et de mon âme qu’ils ont éperonné avec leurs ancres et leurs grappins. Tout ce que je croyais acquis a été réduit en cendres. Dans quelques jours, j’en aurai fini avec cette île dont je suis le dernier gardien et le dernier prisonnier. Fini avec cette île, alors que je ne sais presque rien du reste du monde. Je n’emporte que deux valises et quelques pauvres... [Lire la suite]

30 août 2014

"Une vie à soi" Laurence TARDIEU

« Ce qui l’obsédait : faire tomber les masques, saisir ce que chacun est de l’autre côté du rideau des apparences. Elle cherchait l’autre. Elle disait de son appareil photo qu’il était son passeport. Celui qui lui permettait de franchir les frontières, d’aller vers ceux qu’elle voulait connaître, connaître intimement : ceux dont elle voulait atteindre la vie intérieure. […]Elle photographiait et moi, assise sur mon canapé noir, je regarde ses photos, je regarde ces visages et ces corps. Chaque visage, ou presque, fixe... [Lire la suite]
26 août 2014

"Inconnu à cette adresse " Kressman TAYLOR

« Cher vieux Max,   Tu as certainement entendu parler de ce qui se passe ici, et je suppose que cela t’intéresse de savoir comment nous vivons les événements de l’intérieur. Franchement, Max, je crois qu’à nombre d’égards Hitler est bon pour l’Allemagne, mais je n’en suis pas sûr. Maintenant, c’est lui qui, de fait, est le chef du gouvernement. Je doute que Hinderburg lui-même puisse le déloger du fait qu’on l’a obligé à le placer au pouvoir. L’homme électrise littéralement les foules ; il possède une force que... [Lire la suite]
15 août 2014

"Sauf quand on les aime" Frédérique MARTIN

« Bientôt nous serons prêtesAvec nos ailes qui poussent en dedansA couvrir de ferveurTous les fruits du hasard.Tisha sent sa mémoire se déplier. Elle a une brève vision de ses mains en train de lisser des cassures. Une soie défroissée, pense-t-elle. Ce qui a été ne s'effacera pas, pourtant elle devine qu'elle ne reviendra pas ici sans repenser à cette union inattendue. Elle n'est ni seule, ni accompagnée, juste liée à des inconnus aussi vulnérables qu’elle, mais soudés entre eux précisément pour cette raison. Une phrase la... [Lire la suite]
08 août 2014

" La Grande vie " Christian BOBIN

« Ecrire l’inconsolable engendre une paix, comme une lampe qui tourne et propose ses ombres chinoises à l’enfant au bord de s’endormir. Quand je pense aux gens que j’aime et même à ceux que je n’aime pas, quand j’y pense vraiment les bras m’en tombent. La vie s’approche de nous. Elle guette le moment favorable pour frapper puis, à chacun, elle lance : chante, maintenant. Vas-y, chante. Ecris. »     Pourquoi "La Grande Vie" : parce que c'est la seule. La grandeur de conscience, de sentiment, ce... [Lire la suite]