26 août 2016

" Enfants d'exil " une nouvelle de Marie Charrel

Nos pères nous ont dit : ne vous retournez jamais. Nous ne nous sommes pas retournés. Mais nous avons oublié le visage de nos pères. Nos mères nous ont dit : souvenez-vous de la terre des anciens. Nous nous sommes souvenus. Mais nous avons oublié la voix de nos mères. Nous étions enfants lorsqu’il a fallu partir. Un soir, un matin, un après-midi, les adultes se sont agités et soudain, les sacs étaient prêts sur le pas de la porte. Les tantes, les sœurs, les grands-mères ont prétendu qu’il s’agissait d’un jeu. Que l’on... [Lire la suite]

24 août 2016

" Cette chambre à soi" fragment de Silvia Härri

On écrit pour ne pas s’égarer. Cela sert avant tout à cela, les mots, à se dé-perdre. Des balises, des bouées, des points de repères, des pierres d’achoppement auxquelles je m’agrippe de toutes mes forces. Oui, j’écris pour ne pas m’égarer dans la jungle du monde ou dans celle de mon propre tumulte, je débroussaille les forêts à la hache du langage, je marche dans les sillons des phrases, j’explore la page en y disposant mes pattes de mouche pour ne pas être happée par le chaos. C’est ce que j’ai toujours cru. C’est ma façon propre de... [Lire la suite]
23 août 2016

"Hiver à Sokcho" Elisa Shua Dusapin

  « Ce soir là encore, il n’est pas venu manger. Enhardie par notre promenade, je lui ai apporté un plateau moins pimenté que pour les autres pensionnaires.Voutée sur le bord du lit, sa silhouette se découpait à contre-jour sur la paroi de papier, collant ma joue contre l’embrasure, j’ai vu sa main courir sur une feuille. Il l’avait posée sur un carton, sur ses genoux. Entre ses doigts, le crayon cherchait son chemin, avançait, reculait, hésitait, reprenait son investigation. La mine n’avait pas encore touché le papier.... [Lire la suite]
22 août 2016

" Du côté des hommes" Fabienne Swiatly

« I say a little prayer » - Aretha Franklin  « Debout près du lit ses contours se précisent dans la lumière de la fenêtre. Il me croît endormie. la veille j’avais demandé au caviste un vin blanc joyeux et nous l’avions bu avant de faire l’amour. Un pouilly-fuissé avec un léger goût d’amande. Un reste de fromage que l’on grignote avec du pain. Des miettes dans les draps, du rire sous cape, des bras poulpes, le corps de l’autre est un formidable terrain de jeux. La nuit ses fesses chaudes dans le creux de mon... [Lire la suite]
21 août 2016

"L'oiseau" Une nouvelle de Constance Joly Girard

La nuit ne tombera pas ce soir. Elle n’y arrivera pas. Le jour ne finit pas, tendu de rose, vibrant. J’ouvre la marche, perchée sur mes nouveaux sabots à travers le chemin qui serpente entre les vignes. Je suis très fière de mon long jupon à fleurs et de mon petit haut à smocks. Je suis la reine des prés et des marais. Tout à l’heure, mon père m’a prise à la taille et m’a hissée contre un muret de pierres. Sur mes chevilles, la pierre sèche a râpé ma peau, mes sabots ont pendu dans le vide, l’un d’eux a dégringolé par terre, dans les... [Lire la suite]
19 août 2016

" Les étés " Mrie Hélène Lafon

« J’aurais voulu écrire ça, avec ces mots impeccables, cette poignée de points, les virgules, et le point-virgule ; j’aurais voulu l’écrire au corps avec le geste immémorial et la phrase têtue : c’est « la faneuse dans son pré », celle de Ramuz, qui sait tout dire, au plus serré, sans faire le malin. »  Marie Hélène Lafon … «  Les étés ». Une toute petite maison d’édition La Guêpine qui a décidé d’éditer des textes rares, de qualité, difficile à se procurer. Des textes comme un trésor,... [Lire la suite]
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17 août 2016

" Boulder Creek " une nouvelle de Julie Bonnie

16 juin, anniversaire de ma fille. 21 ans, j’arrive pas à y croire. J’ai accouché hier. On l’emmène au restau ce midi, pour fêter ça et pour lui dire au-revoir. Demain, son père, son petit frère et moi, on part pour six semaines en Californie. Elle reste à Paris pour un stage. Je n’ai pas dormi. Je dors mal, les voyages me stressent, les séparations me stressent, je suis stressée. Depuis des mois. Pourtant, je vis les meilleurs moments de ma vie. J’ai renoncé depuis longtemps à chercher une raison à mon état de stress et d’angoisse.... [Lire la suite]
15 août 2016

"L'Insouciance " Une nouvelle de Sophie Lemp

Ce mercredi de janvier, un bandeau rouge s’affiche sur l’écran, une fusillade vient d’avoir lieu à Charlie Hebdo. Les noms des victimes s’affichent les uns après les autres. On reste incrédule. Le téléphone sonne, on a besoin de parler. L’événement est si violent qu’on ne peut le garder pour soi. Deux jours plus tard, l’Hyper Cacher. D’autres noms, d’autres visages. Les hélicoptères, les sirènes, les enfants confinés à l’école. Alors que l’on est opposé à la peine capitale, on se réjouit de la mort des trois terroristes. Le dimanche... [Lire la suite]
14 août 2016

" Pot de colle " Une nouvelle de Camille

Après le naufrage, je me réveille, étendue sur la plage d’une île inconnue. Après avoir repris des forces, je décide d’explorer les alentours quand, soudain, j’aperçois ... Un chat, c’est petit chat qui a lui aussi échoué ici. Il est blanc taché de noir et de marron, il a une tête de coquin et me suis sans arrêt, je décide donc de l’appeler Pot-de-Colle.Celui-ci a faim, très faim car il n’arrête pas de miauler et de fouiller dans mes poches pour voir s’il y a quelque chose à grignoter.  Bref... Je continue mon exploration, mais... [Lire la suite]
12 août 2016

" 76 clochards célestes ou presque" Thomas Vinau

  « Jean Claude Pirotte marche toujours dans le brouillard. Jean Claude Pirotte est né dans la brume, à Namur (1939), et les densités grises ont nourri son muscle cardiaque. Jean Claude Pirotte est un poète et, comme tous les poètes, il a eu mille vies. Il connaît le lait des petites aubes traversées comme un chien féral. C’est un fugitif, un avocat, un buveur, un peintre, un érudit, un vagabond. Souvent, j’écoute sa voix. Une pivoine froissée  me sourit. Aujourd’hui il fait gris. Et c’est comme un hommage des... [Lire la suite]