02 novembre 2018

Guy Boley - Quand Dieu boxait en amateur

  « Il aimerait pouvoir répondre à l’abbé ce qu’il pense du désir, de l’existence, de la neige, ou même du cognassier qui lui ouvre ses bras, mais il n’a pas les mots. Personne ne les lui a offerts. On l’a placé, à l’âge de quatorze ans, dans un atelier, debout devant une barre de fer, un établi et un étau. Et s’il s’est mis tout seul face à un dictionnaire, c’est pour tenter de s’ouvrir les portes du savoir. Il échouera. Jusqu’à sa mort il le dira et le martèlera : qu’il parvint, certes à réussir dans sa vie des... [Lire la suite]

29 octobre 2018

Delphine Roux - QU Lan [Kokoro]

  «  [onwa, tempéré]  Ma sœur et ma grand-mère se ressemblent. La même cambrure du corps quand elles regardent la mer, le même sourire discret.Grand-Mère se laisse aller au gré des jours que nous passons sans autre projet que de profiter du sable, de l’eau, de la forêt, des jappements du petit chien roux de Mitsu.Tout me semble irréel et ancré à la fois.Je nage au loin, me réchauffe les os, bercé par le cri régulier des mouettes. Le plus souvent je suis silencieux. Parfois je cours dans les vagues avec les petites,... [Lire la suite]
04 octobre 2018

Vincent Villeminot "Fais de moi la colère"

  « Ici il y a des chiens, des vrais, des chiens resplendissants. »   Je ne sais jamais comment livrer mes mots quand un roman est si fort, terriblement déroutant et beau. Je ne sais jamais comment parler d’un livre qui ne se raconte pas mais se vit, ressurgit et résiste aux lectures suivantes, futures.Il faut de la puissance et de la douceur pour en parler, une admiration qui surgit alors que l’on ne l’attendait pas. Il faut du sauvage, du déstabilisant pour nous emmener ailleurs dans nos habitudes, nous... [Lire la suite]
01 octobre 2018

Olivier Liron - Einstein le sexe et moi

  « Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. »  Il est toujours délicat de parler de l'handicap en particulier celui qui ne se voit pas mais se vit dans ses émotions, dans les situations quotidiennes, dans la délicate situation de l'autisme Asperger. L'autisme ce n'est pas que cet enfant qui se balance d'un pied sur l'autre ou fait de sa violence un acte de vie. Ce n’est pas cet enfant qui surgit dans des gestes désordonnés et inconscient, qui éructe la vie... [Lire la suite]
23 septembre 2018

Peire Aussane Deux stations avant Concorde

  « La vie m’étreint ou me blesse mais ne me délaisse et ne me déçoit jamais. Si je tombe, ce n’est jamais que de ma hauteur, insignifiante comparée à celle, vertigineuse, du bonheur à être dans l’existence, je veux dire à participer à la fabrication de son existence. Sa propre voie. Une vie, une voie. Sinon, c’est qu’on a abandonné la partie, qu’on s’en est remis au religieux. Si on suit tous la même voie, c’est qu’on n’a pas pris le bon embranchement, c’est qu’on a raté la rencontre avec soi-même. C’est vivre à côté de... [Lire la suite]
10 septembre 2018

Julie Estève - Simple

  « Antoine Orisni est mort et le soleil n’y peut rien. Sous le cagnard, les herbes des jardins, les bougainvilliers, les feuilles des citronniers : tous les bossus. C’est pareil avec  les corps. » Il est toujours délicat de parler d’un roman que tout le monde plébiscite, hurle au génie de la rentrée littéraire, quasi à la belle et grande surprise de l’année. Il n’est jamais facile d’en parler lorsqu’on a lu les chroniques de Nicole, Nicolas, Moka, Alexandra, Joëlle, Charlotte, Amélie Amandine, et tant... [Lire la suite]

03 septembre 2018

Nathalie Yot - Le nord du monde

  « Le Nord vraiment. L’élan devient quête. Avec des bris de verre dans les yeux. Foncer. Il n’y a que ça. Eblouie par ma fuite, je souris. Je n’arrête pas de sourire, je sais que je vais grandir, me lever, décoller. Je suis sur ma base de lancement. Un point de départ comme on dit. Et les départs, faut pas les rater. Pas rater, pas rater, pas rater. Je suis tendue, droite, saisie comme un steak. Avec le sang. Le sang carburant. Non je ne vacillerai pas. Je souris à mon ventre caressé par le chaud du café et l’éclatement... [Lire la suite]
21 juillet 2018

L'été jaune carré Anne-Sophie Monglon "Le sud remonte en moi comme une mer"

  Au commencement, il y a les odeurs sur lesquelles les yeux se ferment comme ceux des poupées quand on les couche. C’est surtout à la tombée du soir, lorsque la chaleur brusquement baisse, qu’elles vous prennent, en vous entrant profond dans le ventre. Le pin, rauque et sucré, la lavande égrenée puis frottée de la pulpe des doigts, et même le mimosa, entêtant comme un parfum de femme endimanchée.Après, il y a le vent. Il faut faire avec, on n’a pas le choix, il est toujours là, qui remue la terre comme une mauvaise pensée.... [Lire la suite]
14 juillet 2018

L'été jaune carré Amélie Muller

  Nous n'étions que trois à la station. Il faisait déjà si chaud. Quand le tram est arrivé, je suis montée seule. Les autres sont restés sur le quai. L'espace d'un instant, je les ai enviés. La possibilité de l'immobilité. Rester là, arrêter le déroulement mécanique des habitudes. Les portes de la rame se sont fermées, j'étais de nouveau en mouvement, en route, encore une fois.L'air étouffant à l’intérieur… il fallait descendre. À la station suivante, j'ai repris mon souffle sur le quai.  Impression plaisante de faire... [Lire la suite]
07 juillet 2018

L'été jaune carré Loulou Robert et ...

          J’ai rencontré Loulou Robert lors de la deuxième édition des 68 premières fois. Pour être sincère, on ne peut pas dire que je sois tombée en émoi devant Bianca, mais j’ai aimé le personnage, et encore plus maintenant. J’ai aimé l'auteure, la personne, cette personnalité sensible et à la fois forte, cette femme qui donne sans chercher à prendre, qui offre sans chercher à compter, cette femme qui d’un sourire, nous amène à penser que le monde est bon, généreux, simple et surtout... [Lire la suite]