06 février 2018

"La revenue" Donatella Di Pietrantonio

 « J’étais orpheline de deux mères vivantes. L’une m’avait cédée, son lait encore sur ma langue, l’autre m’avait rendue à l’âge de treize ans. J’étais fille de séparations, de liens de parenté faux et tus, de distances. Je ne savais plus de qui j’étais issue. Au fond, je ne le sais toujours pas. »  « La Revenue », celle que l’on a oublié et qui revient dans sa famille d’origine un beau jour. Celle que l’on avait effacée comme on efface à l’éponge le dessin d’un enfant abandonné.  Une gamine, qui... [Lire la suite]

31 octobre 2017

Martine Delerm "Les petites émotions"

  « Laisser échapper son cerf-volant. Inviter les mésanges à diner. Prendre le tapis pour une piste de ski. Se croire encerclé par la marée. Recevoir une carte d’anniversaire. Gagner un poison rouge à la tombola. Partager un moment précieux. Retrouver dans sa poche un coquillage de l’été. Libérer les papillons. Rater son dessin juste à la fin. Guetter les premiers flocons. Etre malade un jour de fête. Renverser le bocal. Ramasser un oiseau blessé. Entendre des bruits bizarres le soir. S’apercevoir qu’on se... [Lire la suite]
28 août 2017

Chantal Thomas - " Souvenir de marée basse "

  « C’est le sable de printemps, frais, un peu humide. La marée est basse. J’enlève mes chaussures et je m’en vais, au loin, tâter l’eau. Le froid me grignote les chevilles. Je laisse mes pieds se réhabituer au sol incertain, à l’eau mouvante sous la pression du courant, au mystère d’une unique respiration animant l’eau et le sable et traversant mon corps. J’ai retroussé mon pantalon. J’ai envie de m’avancer plus profond. Par le jeu de la marée montante, c’est la mer qui vient à ma rencontre. »   Il y a un... [Lire la suite]
27 février 2014

"Le dépayement" - Jean Christophe BAILLY

" On pense à tout cela, on allonge un peu le pas, on se souvient : de rivages désolés (ils sont nombreux et toujours efficaces), de gares incertaines, de fortins presques effacés au sein de montagnes pelées ou monotones, et que l'on sait que l'on côtoie une imagerie dont le cinéma, facilement ou magnifiquement a su faire usage. On se dit donc que le bout du monde, c'est ou ce serait d'abord un film au montage halluciné, fait d'embardées lentes, une sorte de condensation panoramique de l'abandon. On dresse des listes, on fait la... [Lire la suite]