29 juillet 2018

L'été jaune carré Adeline Baldacchino - EPISODE 7

  Ce qu'il faut c'est la haute mer - EPISODE 7     6 janvier (Fort-de-France, débarquement) Jour d’épiphanie paraît-il. Je me lève, un arc-en-ciel m’accueille dans la baie de Fort-de-France, par-delà les grues du port, lové contre un morne, à peine échappé de la brume, tout mouillé, resplendissant de beauté contenue. Je quitte le navire avec ce mélange de jubilation et de regret que je connais bien. J’ai aimé ses odeurs, ses lenteurs, ses effarements dans la tempête, ses hommes las, leurs grands rires, leur... [Lire la suite]

28 juillet 2018

L'été jaune carré Adeline Baldacchino - EPISODE 6

  Ce qu'il faut c'est la haute mer - EPISODE 6     1er janvier L’étrange soirée auprès de l’équipage philippin – karaoké dans l’entrepont, trop de musique et de cris, trop d’alcool et de bruit. J’ai joué le jeu un bon moment, puis j’ai fui sous un quelconque prétexte, promettant d’y retourner. Mais j’ai rejoint le silencieux gardien de la passerelle, et nos confuses nostalgies se mêlaient dans le noir à l’heure où l’aiguille de bord marqua le nouvel an. J’ai fini Jankélévitch dans la foulée, bercée par une vague... [Lire la suite]
27 juillet 2018

L'été jaune carré Adeline Baldacchino - EPISODE 5

Ce qu'il faut c'est la haute mer - EPISODE 5   30 décembre Au matin - tôt, enfin, car on a encore reculé d’une heure et je peux chaque nuit dormir sans me faire violence au réveil, la mer est d’un gris métallique, acier. Le long de l’étrave, où elle fend les vagues, elle part en remous bleus translucides très clairs, pareils à la couleur d’un liquide frigorifique, en plus des crêtes blanches de l’écume -je me demande à quoi cela tient. J’interroge le maître d’équipage, quelques marins, personne ne sait me répondre. La mer a... [Lire la suite]
26 juillet 2018

L'été jaune carré Adeline Baldacchino - EPISODE 4

    Ce qu'il faut de la haute mer - EPISODE 4     26 décembre Réveillée par Melvin, qui entre dans la chambre croyant que je n’y suis pas. Nous traversons une brume épaisse. Le pont de Saint-Nazaire surgissant de la ouate. Les ordres à la passerelle. Le pilote à bord. Tout est blanc, gris, vague. Une partie de l’équipage tourne. Nous restons. Le ballet des conteneurs s’active : nous regardons bouger et manier les boîtes comme si elles étaient quelque partie dénervée de notre corps. Je tente d’écrire.... [Lire la suite]
25 juillet 2018

L'été jaune carré Adeline Baldacchino - EPISODE 3

  Ce qu'il faut c'est la haute mer    24 décembre Hier au soir, longue conversation avec le cuisinier de bord, qui entre chez lui pour le Nouvel an. L’équipage, indien et philippin, fête Noël. Je me suis endormie après avoir lu la belle et triste nouvelle de Supervielle, L’enfant de la haute mer, et mon Arsène Lupin, enfin le premier tome de Largo Winch dont toute la série se trouve à bord et que je feuillette par curiosité. J’aime les vibrations de la cabine, les longues siestes, l’approche du large. Je réapprends... [Lire la suite]
24 juillet 2018

L'été jaune carré Adeline Baldacchino - EPISODE 2

Ce qu'il faut de la haute mer - EPISODE 2   23 décembre, départ du Havre   Réveil au son des mouettes. La jubilation commence à diffuser dans le corps. J’appelle la capitainerie : on me confirme un départ entre midi et 14 heures. J’entrouvre les rideaux, les referme aussitôt : je n’avais pas rêvé l’hôtel miteux, mieux vaut ne pas contempler les déchets sur le toit en terrasse noire que ma chambrette surplombe. Je descends régler, sors prendre la température. L’air est doux. Le café du coin ne fait pas de petit... [Lire la suite]
12 février 2018

Adeline Baldacchino "Celui qui disait non"

« Et j’avais vu Dachau, Bergen-Belsen et Buchenwald, vu Auschwitz et pleuré dans la lumière du crépuscule, quand j’essayais encore de comprendre comment il était encore permis d’écrire de la poésie, comment il fallait justement en écrire parce que prier, non, ce n’était plus possible – qui voulez-vous prier : celui qui ne répondit jamais, quand on le suppliait dans les chambres à gaz ? Et les mésanges de Bernburg, et les pivoines d’Auschwitz, n’étaient-elles pas indécentes ? »  Lui c’est August... [Lire la suite]